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IR Notes 51 –6 avril 2016
www.irshare.eu
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Qui est IR Share ?
IR Share est une
agence de partage d’informations, de documentations et de compétences
pour les managers RH et les représentants du personnel. L’agence IR
Share opère via des publications en ligne, des groupes de travail, des
formations consacrées à ces thématiques et un réseau d’experts.
L’équipe : ce
numéro a été préparé par Pete Burgess, Alain Lefebvre, Ekaterina Markova
et Frédéric Turlan. Retrouver l’ensemble de l’équipe
de IR Share sur le site.
S’abonner à IR
Notes En quelques clics sur le site
IR Share ou par E-mail : frederic.t@irshare.eu
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Interview
Ron Oswald, secrétaire générale de la fédération syndicale internationale
UITA
L’UITA et Danone ont signé, le mois
dernier, un accord mondial pour réduire le recours à
l’emploi précaire dans ce groupe agroalimentaire. Est-ce que
l’emploi précaire est répandu partout à travers le
monde ? L’emploi précaire progresse
partout dans le monde y compris en Europe – l’exemple des contrats
zéro heure en Grande-Bretagne, qui touche plus d’un million de
personnes, en est une bonne illustration. C’est une régression qui
rappelle l’époque ou les ouvriers se présentaient devant les grilles
des usines tous les matins pour se faire embaucher ou non pour la
journée. Cette progression se fait surtout par le biais des agences
de travail temporaire. Pour assurer leur croissance, ces entreprises
ne peuvent que chercher à substituer des emplois intérimaires à des
emplois permanents. C’est leur modèle économique.
Quel
a été le point le plus difficile à
négocier ? Le plus difficile a été de
s’accorder sur la nécessité de fixer un cadre tout en laissant
suffisamment de marge au niveau local. Il confie à la négociation
locale le soin de définir l’étendue du recours au travail précaire
légitime et mutuellement acceptable dans le cadre établi par cet
accord.
Quel
est l’apport de cet accord ? L’aspect
fondamental de l’accord est la reconnaissance du fait qu’une
relation de travail précaire avec un employeur principal peut
réduire l’accès des droits fondamentaux et aux droits humains de
travailleurs précaires. Le travail précaire expose les travailleurs
au risque d’être privé de certains de ces droits, comme l’accès au
logement, au crédit, à une couverture santé, à la négociation
collective ou encore celui d’adhérer à un syndicat.
Pourtant les entreprises ont besoin
de flexibilité ? Nous le reconnaissons,
mais nous estimons que les besoins en flexibilité peuvent provenir
d’une meilleure organisation du travail, ou, si nécessaire et par
accord mutuel, par le recours à des emplois directs, en contrat à
durée déterminée, plutôt que via le travail intérimaire ou
l’externalisation des emplois.
Allez-vous négocier sur ce thème
avec d’autres multinationales ? Danone
fait toujours figure de pionnier en matière de relations sociales au
niveau mondial. Pour l’instant, les réactions que nous avons reçues
des autres groupes agroalimentaires suite à l’annonce de cet accord,
montrent que les directions ne sont pas encore prêtes à négocier sur
ce sujet. Mais nous continuerons à lutter contre le travail
précaire. En ce qui concerne l’accord avec Danone nous allons aussi
fournir des recommandations à nos syndicats affiliés sur la façon
nous nous interprétons l’accord afin de faciliter sa mise en œuvre
localement.
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IR Notes est une lettre
diffusée tous les 15 jours, disponible en plusieurs langues européennes et
réalisée par IR
Share et son réseau d’experts. Elle propose une veille
européenne sur le droit du travail, les relations sociales et la politique de
l’emploi. Elle est en vente sur abonnement pour un montant de 15 euros HT par
mois sur le site. IR
Share. IR Share est une entreprise à capitaux privés,
indépendante et apolitique, dont l’objectif est d’informer et d’aider l’ensemble
des acteurs du dialogue social en Europe et au-delà. Elle est le correspondant
de la Fondation de Dublin, pour la France et le Luxembourg, depuis 2009, et pour
la Bulgarie depuis 2014.
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À la Une
Les réformes
du marché du travail finissent aussi par toucher la France
En réponse à la crise économique et financière, de nombreux pays européens, en
particulier ceux qui ont fait appel à une aide financière, ont adopté de profondes
réformes du marché du travail. La Grèce, l’Espagne, le Portugal ont ainsi remis en
cause de nombreux aspects de leur législation. C’est désormais la France, qui ne
parvient pas à sortir de la crise, qui est sous les feux des projecteurs. Et la
mobilisation de certains syndicats étudiants et de salariés, opposés à ce texte,
devrait maintenir ce dossier au premier plan de l’actualité française. Tout d’abord
les faits : le Conseil des ministres a adopté, le 24 mars, le
projet de loi projet de loi dit « El Khomri », du nom de la ministre du
Travail, qui vise à réécrire le Code du travail qui rassemble toute la
réglementation du travail applicable en France (v. communiqué
du Conseil des ministres). Ce Code comprendrait une première partie énonçant les
droits fondamentaux du salarié en 61 articles. Le Code énoncerait ensuite les
dispositions qui relèvent des accords de branche ou d’entreprise, puis les règles
applicables au cas où il n’y aurait pas d’accord. Une commission va donc s’atteler
pendant deux ans à cette réécriture. Mais le projet apporte de nombreux changements
qui entreront en application dès son adoption : la partie du Code du travail sur le
temps de travail est totalement revue. Le projet revoit le droit de la négociation
collective, fait prévaloir les accords d’entreprise sur les accords de branche et
met en place le référendum en entreprise pour faire valider des accords collectifs
directement par les salariés. Il fait évoluer les règles de la représentativité
patronale, du licenciement économique (le licenciement économique pouvant être
justifié dès qu’une entreprise démontre quatre mois de baisse du chiffre d’affaires)
ou de la médecine du travail. Il met en place le « compte personnel d’activité » qui
vise à sécuriser les parcours professionnels des salariés tout au long de leur vie
et allège certaines obligations des employeurs en matière de santé et sécurité au
travail. La législation en matière de détachement des travailleurs est encore
renforcée. Le 31 mars, des syndicats étudiants et de salariés ont mobilisé plusieurs
centaines de millier de manifestants partout en France pour demander le retrait du
projet. Cependant le gouvernement entend lancer les débats au Parlement dès ce
printemps pour une adoption définitive pendant l’été. Si ce dossier national fait la
« Une » d’IR Notes, c’est qu’il s’inscrit dans un contexte européen : pour être
bref, il répond sur de nombreux points aux recommandations de la Commission
européenne, qu’elle a parfois imposé dans le cadre de la Troïka. Des injonctions
inspirées des travaux menées par l’OCDE dans les années 1990 lorsque cette
institution considérait la décentralisation de la négociation collective et la
réduction de la protection de l’emploi (faciliter les licenciements) comme l’alpha
et l’omega des politiques du marché du travail. L’OCDE est revenue sur ces
affirmations. La Commission pas encore. Or faire reposer l’élaboration de la
réglementation du travail sur la négociation d’entreprise dans le pays de l’OCDE qui
affiche le taux de syndicalisation le plus bas fait figure d’un pari assez osé. Si
ce projet de loi est adopté, il renforcera indirectement la Commission. Si le
gouvernement est contraint de le retirer, s’ouvrira pour la Commission une séquence
aussi douloureuse que le rejet de référendum sur le traité européen par les
Français.
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1. Union
européenne
Actualité
sociale
- Dumping social : la
Fédération européenne des travailleurs du transport (ETF) a présenté un rapport
réalisé par le syndicat danois 3F et l’organisation patronale danoise du
transport et de la logistique, qui repose sur des entretiens réalisés avec 225
chauffeurs routiers originaires de trois pays – Bulgarie, Macédoine et Roumanie
– qui travaillaient tous de façon permanente au Danemark ou à partir du Danemark
sans exercer la moindre activité dans leur pays d’origine (voir communiqué
d’ETF, le rapport
ou la synthèse du rapport, en
anglais). EFT dénonce le fait que ces salariés ne bénéficient ni des salaires et
ni des conditions de travail qui s’appliquent à leurs homologues danois.
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2. États
membres
Belgique
- Travail de nuit dans le secteur du
commerce électronique : l’arrêté royal du 13 mars 2016
qui autorise le travail de nuit pour l’exécution de toutes les activités liées
au commerce électronique a été publié au Moniteur belge du 18 mars.
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Bulgarie
- Réforme de la
représentativité : le Parlement a adopté, en janvier, un
amendement au Code du travail qui révise les règles de représentativité des
partenaires sociaux. Pour être représentative au niveau national, une
organisation syndicale devra désormais compter 50000 adhérents (au lieu de
75000).
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Finlande
- Intégration des migrants :
l’Organisation centrale des syndicats finlandais (SAK) a ouvert un
service de conseil gratuit pour les immigrants en Finlande. En fournissant ce
service de conseil en matière d’emploi gratuit, SAK en liaison avec les ONG va
aider les étrangers, immigrés ou réfugiés, à entrer dans le monde du travail et
à s’intégrer dans la société (v. communiqué
en anglais).
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France
- Réforme des instances représentatives du
personnel : en application de la loi n° 2015-994 du 17
août 2015 relative au dialogue social et à l’emploi, le gouvernement a publié,
le 24 mars, deux décrets, l’un précisant le fonctionnement de la délégation
unique du personnel dans les entreprises de 50 à 300 salariés (Décret n°
2016-345 du 23 mars 2016), l’autre celui de l’instance qui peut être
mise en place par accord collectif pour fusionner trois formes de représentation
des salariés (les délégués du personnel, le comité d’entreprise et le comité
d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) en une seule instance (Décret
n° 2016-346 du 23 mars 2016).
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Royaume-Uni
Hausse du salaire minimum : une
augmentation substantielle du salaire minimum légal, pour les salariés âgés de 25
ans et plus, est entrée en vigueur au 1er avril. Le nouveau taux horaire
de ce que le gouvernement conservateur appelle désormais le « salaire minimum
vital » (National Living Wage)
est porté à 7,20 livres (9 euros), ce qui représente une hausse de 7,5% pour les
salariés concernés, alors que les prix à la consommation augmentent seulement de
0,3% en glissement annuel. La proposition du gouvernement, annoncée en juillet 2015,
est de porter ce «salaire vital» à 60% du revenu médian d’ici 2020, avec une
estimation qu’il atteindra alors environ 9,00 livres (11,25 euros) de l’heure et
qu’il devrait couvrir près d’un salarié sur sept. L’impact sur l’emploi est inconnu,
mais une estimation officielle prévoit des pertes d’emplois de quelque 60000,
notamment dans le secteur des soins qui emploie de nombreux travailleurs au salaire
minimum. Par ailleurs, selon l’Institute for Fiscal Studies, les ménages salariés
recevant le National Living Wage vont perdre plus des réductions prévues dans les
prestations de l’Etat qu’ils ne gagneront grâce aux hausses du salaire minimum (The
impact of proposed tax, benefit and minimum wage reforms on household incomes
and work incentives, November 2015).
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Suède
- Accords collectifs pour les salariés
détachés : le syndicat Unionen propose aux entreprises
étrangères qui envoient des salariés détachés travailler en Suède de conclure un
« accord collectif de détachement » (en anglais) afin de pallier l’absence
d’accord collectif applicable. Le syndicat publie sur son site un accord
type pour les métiers techniques.
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3.
Entreprises
Comités
d’entreprise européens
Whirlpool : la direction du
fabricant d’électroménager américain Whirlpool a signé, le 18 mars, un nouvel accord
de comité d’entreprise européen (Whirlpool European Employee Committee – WEEC) qui
couvrira désormais les 24000 salariés travaillant en Europe, au Moyen-Orient et en
Afrique (v. communiqué
d’IndustriAll). L’accord qui entre en vigueur le 1er juillet 2016, a été
négocié suite au rachat par Whirlpool du groupe d’électroménager italien Indesit,
fin 2014, doublant la présence de Whirlpool en Europe. Cet accord prévoit une
« participation pleine et entière des représentants des travailleurs, y compris ceux
de Russie, d’Afrique du Sud et de Turquie », souligne le coordinateur européen
d’IndustriALL au WEEC, Gianni Alioti. Il permettra de « promouvoir l’intégration des
différentes cultures des salariés de Whirlpool ».
- Faurecia : la direction de
l’équipementier français Faurecia a renouvelé, le 11 janvier, son accord de CE européen mis en ligne
sur le site de l’Institut syndical européen. Le comité comprend 25 membres ainsi
qu’un bureau de six membres provenant des pays les plus importants en termes
d’effectif (France, Allemagne, Espagne, Pologne, Portugal, République tchèque).
La négociation a essentiellement porté sur l’abaissement des seuils d’effectifs
touchés par un projet pour permettre une information du comité (la consultation
relevant des attributions du comité d’entreprise européen du groupe PSA
Peugeot-Citroën, la maison mère de Faurecia). Ainsi, l’accord permet des
réunions en cas de circonstances exceptionnelles « justifiant une opération
affectant considérablement les intérêts des salariés » et concernant plus de 3 %
de l’emploi salarié de Faurecia en Europe, dans au moins deux pays. Dès lors une
réunion exceptionnelle sera convoquée. Si ce seuil n’est pas atteint, mais que
plus de 1 300 salariés sont affectés dans quatre pays ou plus (contre 1500
précédemment), une réunion exceptionnelle peut également être convoquée.
- GlaxoSmithKline : la
direction du groupe pharmaceutique britannique Glaxo-SmithKline (GSK, 41 810
salariés en Europe) a renégocié son accord de CE européen avec un nouvel
accord signé, le 11 février, avec les membres du bureau et deux
représentants des fédérations syndicales européennes IndustriAll et Feccia. Le
nombre de membres passe de 33 à 38 (qui devient un seuil maximum) compte tenu de
l’accroissement des effectifs du groupe. Les pays ayant moins de 1500 salariés
sont regroupés pour désigner un représentant, comme pour les trois pays baltes
dont les effectifs ne dépassent pas les 150 salariés.
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Accord
transnational
- Thyssenkrupp : pour
renforcer l’application de l’accord-cadre international signé entre la direction
du groupe allemand ThyssenKrupp (155000 salariés), la fédération syndicale
mondiale IndustriALL Global Union et IG Metall, en mars 2015, la multinationale
a mis en place un système qui permet le signalement en ligne de violations aux
dispositions de l’accord (v. communiqué
d’IndustriAll). L’entreprise, qui a traduit dans le texte de l’accord dans dix
langues, permet de signaler des violations soit au nom d’un plaignant
désigné, soit anonymement par le biais d’un système sécurisé de messagerie
électronique. De plus tous les salariés et leurs syndicats présents au sein de
l’entreprise peuvent signaler une violation par courriel sur une adresse dédiée.
« Toute plainte, précise Matthias Hartwich, directeur chez IndustriALL Global
Union, une fois qu’elle a été acceptée ne peut être déclarée clôturée sans
l’approbation du comité international au sein duquel IndustriALL est représentée
avec ThyssenKrupp ».
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Syndicalisme
DHL : la fédération
internationale des travailleurs du transport (ITF) a publié un communiqué sur un
rapport dénonçant des violations de droits fondamentaux et même du code de conduite
du groupe dans trois pays (Chili, Colombie, Panama). Le rapport se fonde sur des
interviews de salariés et a été réalisé par Victor Figueroa Clark de la London
School of Economics (v. communiqué,
rapport
et communiqué
de presse d’ITF). L’ITF souligne le contraste entre la pratique du groupe
dans ces pays qui va à l’inverse du modèle allemand de relations sociales.
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4. Études et
rapports
- Disparité des coûts salariaux dans
l’UE : les écarts de coûts salariaux restent toujours
très élevés dans l’UE. En 2015, les coûts horaires de la main-d’œuvre (salaire +
charges sociales) dans l’ensemble de l’économie ont été estimés en moyenne à 25
€ dans l’UE et à 29,5 € dans la zone euro (v. communiqué
d’Eurostat). Toutefois, ces moyennes masquent des écarts importants entre les
pays, les coûts horaires de la main-d’œuvre les plus faibles ayant été
enregistrés en Bulgarie (4,1€), en Roumanie (5€), en Lituanie (6,8€), en
Lettonie (7,1€) ainsi qu’en Hongrie (7,5€), et les plus élevés au Danemark
(41,3€), en Belgique (39,1€), en Suède (37,4€), au Luxembourg (36,2€) et en
France (€35,1). De plus les écarts ne se réduisent pas : entre 2004 et 2015,
l’écart exprimé en points de pourcentage entre les cinq pays aux coûts salariaux
les plus bas et les cinq pays aux coûts salariaux les plus élevés est passé de
26,5 points à 31,7 points, ce qui souligne l’échec de la convergence des coûts
salariaux dans l’UE.
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