IR Notes

Travailler ensemble pour construire une Europe sociale

Une source d'information indépendante, fiable et impartiale sur les relations professionnelles et le droit du travail en Europe.

IR Notes 155 – La refonte du Fonds européen d’ajustement à la mondialisation est adoptée

  IR Notes 155 – 13 janvier 2021
www.irshare.eu
 
 
  Bonne année !
Chers lecteurs

Toute l’équipe d’IR Share vous souhaite une bonne année 2021 ! Elle sera sans doute difficile collectivement, comme 2020, mais nous espérons qu’elle vous apportera malgré tout du bonheur et de la joie. IR Notes, qui entame sa septième année, aura le plaisir de vous éclairer tout au long de ces prochains mois.

 
  Une question à…
Jonathan Hayward, délégué international du syndicat britannique Unite The Union

Quels changements l’Accord de commerce et de coopération conclu le 24 décembre 2020 entre le Royaume-Uni et l’UE va-t-il entraîner pour les comités d’entreprise européens ?
Cet accord ne contient aucune disposition spécifique relative aux comités d’entreprise européens. En revanche, il marque la fin de la période de transition, au 31 décembre 2020. Cela signifie que le 1er janvier 2021, les décisions précédemment adoptées par le Royaume-Uni concernant le maintien de la législation applicable aux CE européens, sont entrées en vigueur. En 2018, le Royaume-Uni a adopté une loi (1) précisant qu’à la fin de la période de transition, la législation européenne directe et la législation nationale dérivée de l’UE (telle que la directive 2009/38 sur les comités d’entreprise européens) seraient automatiquement transférées dans la législation britannique à la fin de la période de transition. Par conséquent, au 1er janvier 2021, les entreprises qui ont déjà un CE européen établi en vertu de la législation britannique sont obligées de conserver ce comité et doivent nommer un représentant de la direction centrale dans un État membre de l’UE. Toute négociation en cours avant le 31 décembre 2020 concernant la création d’un CE européen peut se poursuivre jusqu’à ce qu’elle soit terminée, mais à partir de maintenant, aucune autre demande de création d’un CEE n’est autorisée.


(1) European Union (Withdrawal) Act 2018

 
  Agenda

 


28 et 29 janvier
En ligne

Séminaire organisé par l’Institut syndical européen (ETUI) sur comment les CE européens traitent de la RSE et des informations non-financières.


3 au 5 février
En ligne

Conférence organisée par la Confédération européenne des syndicats (CES) et l’Institut syndical européen « vers un nouveau contrat social et écologique ».


15 février au 26 mars
En ligne

Première session en allemand du cours en ligne proposé par l’Institut syndical européen (ETUI) sur « les règles du jeu des CE européens ».


22 et 23 février
Vilamoura (Portugal)

Réunion informelle du Conseil Emploi et politique sociale.


24 et 25 février
En ligne

Séminaire organisé par l’Institut syndical européen (ETUI) pour les nouveaux membres de CE européens ou de comité de SE.


15 mars
Bruxelles

Conseil « Emploi et politique sociale ».


7 et 8 mai
Porto

Sommet social européen.

 
  Dictionnaire européen des relations sociales

Si vous souhaitez aller plus loin dans la lecture d’IR Notes nous mettons à votre disposition des liens vers le Dictionnaire européen des relations sociales, publié par Eurofound, et régulièrement mis à jour par IR Share, éditeur d’IR Notes. Les définitions des termes sont disponibles en anglais et facilement convertibles grâce à des outils de traduction en ligne.

 
  Qui sommes-nous ?

 


IR Notes est une lettre d’information diffusée tous les 15 jours, disponible en plusieurs langues européennes (allemand, anglais, espagnol, français, italien) et réalisée par IR Share et son réseau d’experts. Elle propose une veille européenne sur le droit du travail, les relations sociales et la politique de l’emploi. Elle est en vente sur abonnement pour un montant de 18 euros HT par mois sur le site IR Share.


L’équipe : ce numéro a été préparé par Stepanka Lehmann, Pascale Turlan, Frédéric Turlan, Aimee Waldon et Mariangela Zito.
Retrouvez l’ensemble de l’équipe de IR Share sur le site.


S’abonner à IR Notes en quelques clics sur le site IR Share ou par E-mail : frederic.t@irshare.eu
> La lettre d’information IR Notes a été reconnue comme « service de presse en ligne » selon l’article 1er de la loi n° 86-897 du 1er août 1986 portant réforme du régime juridique de la presse. Outre la reconnaissance de la qualité d’IR Notes, le bénéfice du statut de « service de presse en ligne » nous permet de facturer (en France) les abonnements à IR Notes avec une TVA réduite de 2,1%.


Mentions légales. Editeur: IR Share SARL – 5, Les Compères – 89520 Fontenoy – +33 (0)6 81 41 53 95 – capital social 1500 euros – RCS (Auxerre) : 512 567 959. Directeur de la publication: Frédéric Turlan. Hébergeur: Ideal prod – 14 rue  Auguste Morel – 89100 Sens – Tel.: + 33 (0)3 86 83 21 21 – France. N° de CPPAP : 0621 Z 93933

 

IR Share est une entreprise à capitaux privés, indépendante et apolitique, dont l’objectif est d’informer et d’aider l’ensemble des acteurs du dialogue social en Europe et au-delà. Elle est le correspondant de la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail (Eurofound) pour la France depuis 2009.

 

À la Une
La refonte du Fonds européen d’ajustement à la mondialisation est adoptée

Le Conseil et le Parlement européens sont parvenus à un projet de règlement, le 16 décembre, modifiant le Fonds européen d’ajustement à la mondialisation (FEM ou EGF en anglais) en faveur des travailleurs licenciés (v. European Globalisation Adjustment Fund). Ce fonds est destiné à apporter un soutien financier en cas de restructurations de grande ampleur pour aider les salariés et les travailleurs indépendants qui ont perdu leur emploi à retrouver une activité. L’aide doit être demandée par un État membre auprès de la Commission européenne. Les sommes débloquées ne sont pas versées directement aux travailleurs concernés, mais financent des programmes permettant, par exemple, de former les travailleurs, de les requalifier ou de les aider à créer leur entreprise. Ainsi, le fonds permet de compléter les mesures mises en œuvre au niveau national, par la ou les entreprises ayant opéré une restructuration et/ou par les pouvoirs publics, afin de soutenir les travailleurs dans leur reconversion. Les modifications apportées par le futur règlement devraient faciliter le recours à ce fonds qui, jusqu’à maintenant, a été sous utilisé par les États membres : 1° le principal critère de déclenchement du fonds est le licenciement d’au moins 200 travailleurs, un seuil abaissé par rapport au seuil actuel, qui est de 500 licenciements, ce qui permettra d’accroître le nombre de bénéficiaires. 2° Le fonds pourra intervenir pour couvrir jusqu’à 85% des dépenses en faveur des travailleurs, ce qui correspond au taux de financement le plus élevé du Fonds social européen + (FSE +). Cette mesure facilitera le recours au FEM dans les régions les moins développées. Le taux minimum de cofinancement est de 60%. 3° Tout motif de restructuration, y compris les effets économiques de la crise du Covid-19, la décarbonisation et l’automatisation, peut justifier un soutien, au-delà donc des motifs actuellement admis que sont les modifications de la structure du commerce mondial ou les conséquences de la crise financière et économique. Ce fonds, symbole d’une solidarité européenne en faveur des travailleurs qui perdent leur emploi, sera donc sollicité plus souvent. Cependant son budget annuel évolue relativement peu, passant de 150 millions par an à 186 millions. Peu connu, le fonds n’a cependant jamais consommé la totalité de sa ligne budgétaire. Par exemple, selon le rapport d’activité paru en 2019, le fonds a accepté 13 demandes d’aide en 2017 et 2018 pour un total de 37,8 millions d’euros (bénéficiant à un peu moins de 13000 travailleurs). Il gagne donc à être connu, d’autant plus dans un contexte d’accélération des restructurations, dans la mesure où l’aide améliore la prise en charge des travailleurs qui perdent leur emploi. Les représentants des salariés, y compris les CE européens, peuvent utilement se mobiliser pour faire en sorte que les pouvoirs publics concernés s’engagent à présenter un dossier d’aide. Le règlement doit être encore formellement adopté par le Conseil et le Parlement avant d’être publié et entrer en vigueur (v. communiqué du Conseil et de la Commission). Il pourra prendre en charge les demandes introduites depuis le 1er janvier 2021.


1. Union européenne
Projet

  • Convention collective pour les indépendants : la Commission européenne a publié une première analyse d’impact visant à concilier la possibilité pour les travailleurs indépendants, notamment les travailleurs des plateformes, de conclure des conventions collectives sans que ces accords ne soient considérés comme des ententes illégales. Les parties prenantes sont invitées à présenter leurs commentaires jusqu’au 3 février 2021.


Actualité sociale

Présidence portugaise de l’UE : le Portugal qui a pris au 1er janvier la présidence tournante du Conseil (v. site de la présidence), entend notamment promouvoir la confiance dans le modèle social européen. La présidence organisera un Sommet social européen en mai 2021, à Porto, qui « donnera, souligne le programme de travail de la présidence (en portugais), une impulsion politique à la mise en œuvre du socle européen des droits sociaux et de son plan d’action, en soulignant son rôle central dans la relance européenne et dans l’adaptation aux transitions sur les plans climatique, numérique et démographique ». Le Portugal veut parvenir à un consensus sur la directive relative à des salaires minimaux adéquats et donne une « priorité » à la nouvelle stratégie européenne en matière de sécurité et de santé au travail. Elle portera une « attention particulière » aux « mesures contraignantes sur la transparence des salaires et à la proposition de directive relative à un meilleur équilibre hommes-femmes dans les conseils d’administration des entreprises ». La présidence organisera une conférence, en avril, sur l’importance de la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique. Elle veut aussi débloquer les négociations entre les institutions de l’UE sur la révision du règlement relatif à la coordination des régimes de sécurité sociale.




Nouvel agenda social européen : le Parlement européen a défini ses priorités dans une résolution sur « une Europe sociale forte pour des transitions justes » adoptée à une écrasante majorité, le 17 décembre. Préparée par deux personnalités importantes de la commission Emploi et Affaires sociales du Parlement, Agnes Jongerius (S&D) et Dennis Radtke (PPE), cette résolution montre que les députés européens défendront des positions favorables à un renforcement de l’Europe sociale, pendant toute la durée de leur mandat. Les députés souhaitent que le prochain Sommet social européen, prévu en mai 2021 à Porto, sous la présidence portugaise de l’UE, soit l’occasion de « concevoir un programme politique ambitieux assorti d’objectifs et d’indicateurs identifiables, réalisables, durables, clairs et impératifs de durabilité sociale ». Par exemple, les parlementaires demandent à la Commission et aux États, d’ici 2030, de réduire de moitié le chômage des jeunes, de supprimer l’écart salarial entre les femmes et les hommes (actuellement de 16%) ou encore de s’engager à ce que 90% des salariés soient couverts par une convention collective. En matière de démocratie au travail, l’exigence est élevée : les élus demandent : 1° Une nouvelle directive-cadre sur l’information, la consultation et la participation des travailleurs qui inclurait notamment les chaînes de sous-traitance et les franchises. Il s’agit d’établir « des normes minimales, notamment sur l’anticipation des changements et des restructurations ». 2° Une « révision de la directive relative au CE européen afin, entre autres, de garantir une application correcte, l’accès à la justice et des sanctions efficaces en cas de violation » en assurant qu’un « processus transnational d’information et de consultation » soit « mené à bien avant que toute décision ne soit prise ». 3° Un objectif d’« au moins 80% des entreprises couvertes par des accords de gouvernance d’entreprise durable d’ici à 2030, en mettant en place des stratégies décidées avec les travailleurs de manière à avoir une incidence positive sur le développement environnemental, social et économique […] ». 4° Une directive relative à un devoir de vigilance en matière de droits de l’homme et une conduite responsable des entreprises […] (v. communiqué).



Accord global d’investissement avec la Chine : l’UE et la Chine ont achevé, le 30 décembre, leurs négociations relatives à un accord global sur les investissements (v. communiqué de la Commission ; fiche de présentation de l’accord). Les deux parties doivent maintenant finaliser le texte de l’accord, qui n’est pas encore rendu public. Il sera ensuite soumis à l’approbation du Conseil et du Parlement européen. Le texte prévoit des « engagements sur le respect des principes fondamentaux de l’OIT et l’application effective des conventions de l’OIT ratifiées » et un « engagement spécifique sur la ratification des conventions fondamentales de l’OIT concernant le travail forcé ». Reste à savoir si ces engagements convaincront le Parlement européen qui a adopté une résolution, le 17 décembre 2020, sur le travail forcé et la situation des Ouïgours. Les députés prient « le gouvernement chinois de ratifier et de mettre en œuvre les conventions n° 29 de l’OIT sur le travail forcé, n° 105 sur l’abolition du travail forcé, n° 87 sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical et n° 98 sur le droit d’organisation et de négociation collective ». Ils invitent aussi les entreprises « à évaluer leurs engagements au Xinjiang, à exercer leur responsabilité sociale d’entreprise en réalisant des audits indépendants » sur le «respect des droits de l’homme dans l’ensemble de leurs chaînes d’approvisionnement, et à mettre fin à leurs relations commerciales » si nécessaire.



Gouvernance d’entreprises et directive CE européen : le Parlement européen a adopté, le 17 décembre, une résolution « sur la gouvernance d’entreprise durable », à une courte majorité. Ce texte « appelle à la création de normes européennes claires en matière de rapports environnementaux, sociaux et de gouvernance pour les entreprises », souligne le rapporteur (v. communiqué). Les députés saluent l’engagement de la Commission européenne à réviser la directive sur les informations non-financières en 2021, mais réitèrent leur appel à l’élargissement de son champ d’application afin de couvrir tous les grandes entreprises cotées et non cotées établies sur le territoire de l’UE, y compris les entreprises de pays tiers ayant des activités dans l’Union. Le Parlement précise que « les représentants des travailleurs devraient être associés à la définition du processus de publication d’informations non financières et à la vérification des informations, notamment s’agissant des objectifs en matière de durabilité sociale et des questions liées à la chaîne d’approvisionnement et de production, y compris l’externalisation et la sous-traitance ». Les députés insistent aussi sur la nécessité « d’associer davantage les travailleurs aux processus décisionnels de l’entreprise de sorte à mieux y intégrer les objectifs et les incidences sociales et environnementales à long terme ». À cette fin, ils invitent la Commission « à examiner la possibilité de réviser la directive sur le CE européen et d’établir un nouveau cadre pour l’information, la consultation et la participation des travailleurs dans les entreprises européennes ».


Jurisprudence

Détachement de travailleurs intérimaires : la Cour de justice est saisie d’une affaire sensible concernant le détachement d’intérimaires par une entreprise de travail temporaire (ETT) bulgare vers un client situé en Allemagne. L’autorité bulgare chargée de délivrer un certificat A1 aux travailleurs détachés, afin de justifier leur affiliation à la sécurité sociale bulgare, avait refusé d’établir de tels certificats à l’ETT au motif qu’elle n’accomplissait pas des « activités significatives » sur le territoire bulgare, ce qui la disqualifiait pour détacher des salariés. La Commission européenne estime que pour pouvoir détacher des intérimaires, il suffit que les ETT comptent des salariés qui travaillent dans l’État d’envoi et y recrutent des travailleurs qui seront temporairement mis à la disposition des entreprises utilisatrices. Une fois que cette condition est remplie, rien n’empêche les ETT d’engager des travailleurs pour les détacher uniquement auprès d’entreprises utilisatrices établies dans d’autres États membres. De leur côté, les gouvernements belge, bulgare, estonien, français, polonais et finlandais estiment qu’une agence doit réaliser une partie significative de ses activités de mise à disposition de personnel au service d’entreprises établies dans l’État d’envoi, donc en l’espèce, en Bulgarie. L’objectif étant d’éviter une forme de dumping social par la mise en place de « société boîte aux lettres » dans des pays à bas coûts sociaux afin de détacher des travailleurs vers des pays où les coûts de la main-d’œuvre sont plus élevés. Dans ses conclusions  (CJUE, concl., 10 décembre 2020, aff. C-784/19, Team Power Europe), l’avocat général de la CJUE penche en faveur de la position de la Commission et estime que ce serait imposer des restrictions injustifiées d’exiger des ETT de réaliser une activité significative dans le pays d’envoi pour pouvoir détacher des salariés dans un autre Etat membre. Reste à savoir ce que décidera la Cour de justice, dans cette affaire qui inquiète le mouvement syndical notamment IndustriAll Europe et la FETBB (v. communiqué commun).


Dialogue social sectoriel

2. États membres
Allemagne

Renforcement des comités d’entreprise : le ministre fédéral du Travail, Hubertus Heil (SPD), a présenté un projet de loi visant à renforcer les comités d’entreprise (Betriebsrätestärkungsgesetz).  Le texte contient différentes mesures visant à favoriser l’implantation des comités d’entreprise et à renforcer leurs compétences. Ainsi, le texte accorde une plus grande protection contre le licenciement des salariés qui s’engagent à créer un comité d’entreprise. Actuellement, seuls les membres des comités sont protégés, en revanche, les salariés qui prennent l’initiative d’en mettre un en place ne bénéficient d’aucune protection. En matière de numérisation et sur les conditions de mise en place du télétravail (« bureau à domicile »), le comité d’entreprise disposerait d’un droit de codétermination obligeant l’employeur à s’entendre avec les représentants du personnel.  Lorsqu’il est consulté sur la conception des systèmes d’intelligence artificielle que souhaite introduire l’employeur, le comité devrait être autorisé à faire appel à ses propres experts, dont la rémunération doit être prise en charge par l’employeur. Le texte tire aussi les leçons de la crise de la Covid-19 autorisant désormais de façon pérenne les réunions en visioconférences et la signature électronique lors de la conclusion d’accords d’entreprise. (v. analyse de la revue arbrb, de Bund-Verlag et le communiqué de la fédération syndicale Verdi).



Quota de femmes : le gouvernement a adopté, le 6 janvier, un projet de loi afin de contraindre les entreprises à accroître la présence des femmes dans les organes de direction des entreprises. Les grandes entreprises cotées en bourse et celles soumises à la législation sur la cogestion, ainsi que les grandes entreprises contrôlées par l’État, seront obligées d’avoir au moins 30 % de femmes dans leurs organes de direction. Le texte ne fixe pas de limite dans le temps pour atteindre ce plancher. Cette loi est un petit pas dans la bonne direction, car l’Allemagne est très en retard sur la féminisation des organes de direction de ses entreprises par rapport à d’autres pays, ce qui a amené le gouvernement à accepter à contrecœur la mise en place de quotas. Cette option a longtemps été rejetée par le gouvernement qui comptait sur une démarche volontaire des entreprises, mais les progrès dans ce domaine au cours des dernières années ont été jugés beaucoup trop faibles.


Italie

Un algorithme discriminatoire : le tribunal de Bologne a jugé, le 31 décembre 2020, que les conditions d’accès des livreurs à vélo (riders) à la plateforme numérique de livraison de repas Deliveroo, étaient discriminatoires. Par ce jugement, le tribunal a fait droit à la plainte déposée par trois fédérations sectorielles (Filt, Filcams et Nidl) affiliées à la principale confédération syndicale italienne CGIL, contre Deliveroo, établissant le caractère discriminatoire de l’algorithme qui fixe les conditions d’accès des « riders » à la plateforme. Le juge a estimé que le système de réservation utilisé garantissait une priorité aux livreurs ayant une meilleure réputation, pénalisant ceux qui s’absentaient du travail, par exemple pour participer à des grèves ou pour prendre soin d’un enfant, sans tenir compte des motivations de l’absence. Les livreurs qui ont refusé des livraisons parce qu’ils se mettaient en grève subissaient une dégradation de leur note, ce qui les privait d’accéder aux tranches horaires les plus convoitées par leurs collègues, ces derniers, mieux notés, bénéficiant d’une priorité pour les réserver. Avec cette décision, sans doute la première du genre en Europe, Deliveroo a été condamné au paiement de 50000 euros de dommages et intérêts en faveur des trois organisations syndicales, sans qu’un livreur ou un syndicat n’établisse un dommage réel. L’objectif du juge étant de prononcer une sanction dissuasive au-delà du préjudice réel. Le jugement demandait aussi la suppression du caractère discriminatoire de l’algorithme et la publication du jugement dans un quotidien national. Début novembre, presque deux mois avant le jugement, Deliveroo avait déjà corrigé le fonctionnement de sa plateforme en supprimant cet algorithme.


République tchèque

  • Salaire minimum et impôt : deux changements concernant les revenus sont entrés en vigueur au 1er janvier 2021 : 1° le salaire minimum mensuel a augmenté de 600 couronnes (23 euros) pour atteindre 15 200 couronnes (579 €), ce qui correspond à 90,50 couronnes (3,40 €) de l’heure et à 42,4 % du salaire moyen (en 2020, le salaire minimum s’élevait à 40% du salaire moyen). Le salaire minimum augmente régulièrement une fois par an depuis 2015. Mais cette dernière augmentation de 4 % est la plus faible de toute la période. 2° Le calcul de l’impôt sur le revenu des personnes physiques a été modifié. Désormais, il ne sera prélevé que sur les salaires bruts, et non plus sur les salaires « super-bruts », qui comprennent aussi les charges sociales payées par l’employeur.

3. Entreprises
Accord transnational

Transformation numérique : la direction du groupe textile espagnol Inditex et son CE européen ont adopté une déclaration conjointe, le 21 décembre 2020, relative au plan stratégique de transformation numérique. Alors que le groupe, qui détient notamment la marque Zara, a fermé massivement des magasins pendant les périodes de confinement et que les demandes d’achats en ligne explosaient, « les représentants des travailleurs au sein du CE européen d’Inditex ont travaillé avec le géant de la mode », souligne la fédération syndicale européenne UNI Europa, pour adopter cette déclaration commune. Elle souligne la priorité de maintenir l’emploi tout au long du processus de transformation numérique. Lorsque les emplois des salariés sont affectés, notamment par la fermeture de certains magasins, la déclaration prévoit d’impliquer les syndicats dans leur reclassement par la création de nouveaux postes à proximité. La déclaration reconnaît la nécessité de fournir aux salariés dont les emplois sont affectés par les changements une formation adéquate (v. communiqué d’UNI Europa).


Responsabilité sociale

Extension du congé maternité : le groupe chimique belge Solvay a étendu, à partir du 1er janvier 2021, le congé maternité de 14 à 16 semaines partout dans le monde (v. Maternity leave). Il est aussi désormais accessible à tout coparent, quel que soit son sexe ou son orientation sexuelle. Le congé bénéficie aussi aux parents qui adoptent un enfant. Le parent employé par Solvay recevra 100 % de son salaire pendant cette période de congé (v. communiqué). En 2017, le groupe avait conclu un accord mondial sur un socle de protection des salariés prévoyant un congé maternité de 14 semaines et un congé paternité de 10 jours payés à 100%.

 

IR Notes

Introduction

IR Notes est une note de synthèse indépendante, fiable et équilibrée sur les relations professionnelles et le droit du travail en Europe.

Publiée en 6 langues et vendue sur abonnement, cette newsletter vous donne accès à des informations concises, ciblées et pratiques sur les enjeux majeurs de l'Europe sociale et du dialogue social transnational.

Avec l'appui de nos experts et de nos correspondants nationaux, nous adoptons une approche dynamique, pratique et utile de la veille sociale européenne.

Ainsi, nous sélectionnons les sujets les plus pertinents, qui constituent une véritable source d'idées transversales et inspirantes.

Chaque numéro comprend:

  • Une interview d'un professionnel des relations sociales qui offre sa perspective unique sur un enjeu social d'actualité, un accord ou un exemple de bonnes pratiques.
  • Le point sur les évolutions législatives et jurisprudentielles de l'UE.
  • Le suivi de l'actualité du droit du travail dans les États membres de l'UE.
  • Des mises à jour sur les dernières évolutions concernant les comités d'entreprise européens (CEE) et les comités d'entreprise SE.
  • Enfin, IR Notes vous tient informé des principales études et recherches menées sur le monde du travail.

IR Notes
Construire ensemble une Europe sociale

La newsletter IR Notes offre à tous en Europe l'accès à une source d'information indépendante, fiable et impartiale sur les sujets liés aux relations sociales.

Three questions for Delphine Rudelli

Three questions for Delphine Rudelli

Three questions for Delphine Rudelli, Director General of CEEMET (*) On the delays in transposing the ‘pay transparency’ directive “We are calling for the application of the directive to be suspended while we assess what can be simplified – not to reduce rights, but...

read more...
European Union – Social update

European Union – Social update

European Works Councils The Expert Group set up by the European Commission to help Member States transpose the new Directive (EU) 2025/2450 on European Works Councils is due to submit its report this summer. This report may constitute a useful point of reference when...

read more...
A step in coordination of national social security systems

A step in coordination of national social security systems

At last, a step forward for freedom of movement for workers in the EU On 22 April, representatives of the Council and Parliament reached a provisional agreement on revising the rules on coordination of national social security systems, as provided for by regulation...

read more...
Picture of Nora Krokovay

A question for… Nora Krokovay

A question for…Nora Krokovay, Senior Analyst at Kopint-Tárki What changes can we expect in terms of social dialogue and labour law in Hungary following the elections that brought an end to Viktor Orbán’s 16-year leadership? The atmosphere was very euphoric and joyful...

read more...
Improvements in job quality

Improvements in job quality

Eurofound notes improvements in job quality in Europe Now that the European Commission has announced its intention to present a bill on job quality by the year end, the results of the latest European Working Conditions Survey (EWCS) will be scrutinised very...

read more...
Is pay transparency the new enemy to be targeted?

Is pay transparency the new enemy to be targeted?

After seeing off the corporate sustainability reporting and due diligence directives, Member States appear ready to tackle the pay transparency directive, which is due to be transposed in Member States by 7 June 2026.Not only are many countries behind schedule, but a...

read more...
A question to… Lidia Gil Otero

A question to… Lidia Gil Otero

A question for…Lidia Gil Otero, PhD Assistant Professor in Labour and Social Security Law at Santiago de Compostela University In the context of the Digilare project (*), you advocate using the transposition of the Platform Work Directive, which is due to be completed...

read more...