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IR Notes 181 – 9 mars 2022
www.irshare.eu
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Editorial
Soutenir l’Ukraine
Le Conseil de l’UE va examiner la demande
d’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne, et prochainement
celles adressées par la Géorgie et la Moldavie. Un feu vert au
lancement du processus sera symboliquement important, mais le chemin
de l’adhésion est long. Parmi les autres actions symboliques et
beaucoup plus rapides, il est aussi possible de faire entrer
sans attendre des représentants ukrainiens dans les CE
européens. C’est financièrement un effort parfaitement
surmontable et symboliquement important. C’est une marque de soutien
et une façon d’acculturer progressivement les salariés ukrainiens au
modèle européen de relations sociales. Cet appel, nous le
relaierons sur les réseaux sociaux autant que possible pour que
les directions et les CE européens ouvrent la porte aux
Ukrainiens. Enfin, IR Notes soutient l’initiative de la
Confédération syndicale internationale qui a ouvert un fonds pour
venir en aide aux syndicats ukrainiens qui ouvrent leurs portes aux
civils, et aux organisations syndicales des pays limitrophes qui
accueillent les réfugiés. Les dons peuvent être effectués sur ce
site. IR Notes soutient aussi les
organes de presse ukrainiens qui continuent d’exercer malgré la
guerre le métier de journalisme, tel The Kyiv Independent (dons
ici) et The New Voice of
Ukraine (dons
ici).
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Une question à…
Françoise Geng, vice-présidente de l’EPSU et représentante de la
fédération CGT Santé Action Sociale
Votre fédération syndicale, avec le
soutien de la fédération syndicale européenne EPSU et les
syndicats français FO, a organisé des actions, le 8 mars, à
l’occasion de la journée de la femme, devant le siège d’Orpéa en
France et en Espagne, avec le syndicat CC.OO. Pour quelle
raison ? Depuis les révélations du livre « Les
Fossoyeurs », sur les pratiques du groupe Orpéa concernant
les économies réalisées au détriment des personnes âgées des leurs
maisons de retraite et de la maltraitance généralisée dans ces
établissements du leader européen des résidences médicalisées pour
les personnes âgées dépendantes, nous avons organisé trois réunions
avec les syndicalistes des pays dans lesquels Orpéa est implanté. La
dernière s’est déroulée le 2 mars, l’EPSU a décidé de s’associer à
l’appel à manifester de la Fédération Santé Action Sociale CGT, le
jour de la journée de la femme, car 90% des effectifs du groupe sont
des travailleuses (v. communiqué
EPSU). Chaque organisation nationale
pouvait prendre l’initiative d’organiser des mobilisations dans leur
pays respectif. Des réunions que nous avons tenues, il ressort que
le dialogue social est exécrable dans plusieurs pays, comme
l’Allemagne, la Belgique ou la France. En Allemagne, la secrétaire
du CE européen du syndicat Ver.di, qui a également un mandat local,
a déjà été licenciée deux fois et réintégrée à chaque fois par
décision de justice. Dans ce groupe, la gestion des politiques
sociales est effrayante, c’est une constante. Même en Allemagne, où
les droits des représentants du personnel sont solides, la direction
prend de front les salariés qui s’engagent dans un mandat de
représentant des salariés. Au niveau du CE européen, mis en place
sur la base des prescriptions subsidiaires de la loi française après
l’échec des négociations en 2021, il ne se passe
rien.
La situation
dans le groupe Orpéa pose de multiples questions. En France, il est
clair que la composition de la main-d’œuvre, constituée de 90% de
femmes, est une des explications du non-respect du dialogue social
et du droit du travail. Les travailleuses de ces secteurs de la
santé et des soins aux personnes sont peu revendicatives et quand
elles se mobilisent, elles ne sont pas écoutées ni ne font l’objet
d’une couverture médiatique. Ce qui explique que le niveau de
rémunération des infirmières en France est l’un des plus bas des
pays de l’OCDE. C’est la raison pour laquelle nous avons organisé
une journée d’action ce 8 mars, avec des salariés venus d’Allemagne
et de Belgique ainsi que l’avocate allemande qui s’est occupée de la
défense de la secrétaire du CE européen. Au-delà du cas de la
France, l’affaire Orpéa montre les faiblesses du dialogue social
européen : il ne marche pas. Les groupes ne respectent pas
l’information et la consultation du CE européen, il ne se passe
rien. Il n’y a pas de sanction efficace. Lors de la négociation pour
mettre en place un CE européen chez Orpéa, il n’y avait pas
d’interlocuteur du côté de la direction. Les membres du GSN
pouvaient écrire à une adresse mail générique, et les réponses
reçues, lorsqu’ils en recevaient, n’étaient pas signées. Ces groupes
du secteur privé lucratif sont en quête permanente de rentabilité et
rien ne les arrête. Ils sont peu contrôlés, semblent échapper à
toute sanction, y compris sur l’utilisation des fonds publics,
pourtant utilisés à d’autres fins que ce pour quoi ils sont
attribués. Ils ne craignent pas non plus de violer ou piétiner le
droit du travail, car aucune sanction efficace ne les dissuade. Il
est temps de revoir les législations sociales et de faire respecter
réellement les droits à la négociation collective en France et
ailleurs, mais aussi à l’information-consultation au niveau
européen. Cela empêcherait bien des dérives dans la gouvernance des
entreprises.
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Qui sommes-nous ?
IR Notes
est une lettre d’information diffusée
tous les 15 jours, disponible en plusieurs langues européennes
(allemand, anglais, espagnol, français, italien) et réalisée par IR Share et son
réseau d’experts. Elle propose une veille européenne sur le droit du
travail, les relations sociales et la politique de l’emploi. Elle est en
vente sur abonnement pour un montant de 248 euros HT par an sur le
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L’équipe :
ce numéro a été préparé par Pascale Turlan
et Frédéric
Turlan. Retrouvez l’ensemble de l’équipe
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Dictionnaire européen des relations sociales
Si vous souhaitez aller plus loin dans la lecture d’IR Notes nous mettons
à votre disposition des liens
vers le Dictionnaire
européen des relations sociales, publié par Eurofound, et
régulièrement mis à jour par IR Share, éditeur d’IR Notes. Les
définitions des termes sont disponibles en anglais et facilement
convertibles grâce à des outils de traduction en ligne.
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À la Une
Un premier
pas vers un devoir de vigilance
La Commission européenne a adopté, le 23 février, une proposition
de directive sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de
durabilité. L’objectif est de faire porter une responsabilité des
entreprises multinationales sur les atteintes aux droits de l’Homme et à
l’environnement dans l’ensemble de leur chaîne de valeur (donc à l’ensemble des
fournisseurs et sous-traitants) (v. Due diligence).
Quelles sont les entreprises
concernées ?
Ce texte couvre deux catégories d’entreprises : 1° les entreprises employant plus de
500 salariés et réalisant un chiffre d’affaires net supérieur à 150 millions d’euros
à l’échelle mondiale. 2° Celles opérant dans des secteurs où les risques d’atteintes
aux droits de l’Homme et à l’environnement sont fréquents (textile, agriculture,
extraction de minerais) qui emploient plus de 250 salariés et réalisent un chiffre
d’affaires net de 40 millions d’euros et plus à l’échelle mondiale (article 2). Les
entreprises de pays tiers actives dans l’UE dont le seuil de chiffre d’affaires est
aligné sur ces seuils sont également concernées par ce texte. Seules y échappent,
les PME de 250 salariés et moins. Toutefois, en tant que contractants ou
sous-traitants d’entreprises concernées par la directive, elles peuvent être
touchées tout comme les opérateurs économiques des pays tiers. C’est la raison pour
laquelle la proposition demande aux États membres de mettre en place des aides,
sites Internet et plateformes pour les aider à respecter les obligations de
vigilance.
Quelles seront leurs
obligations ?
Pour respecter ce devoir de vigilance en matière de durabilité, elles devront : 1°
intégrer le devoir de vigilance dans leurs politiques notamment en adoptant un code
de conduite décrivant les règles et principes à suivre par les salariés du groupe et
en décrivant les processus mis en place pour mettre en œuvre la devoir de vigilance
(article 5). 2° Identifier les incidences négatives réelles ou potentielles de leurs
propres activités ou de celles de leurs filiales et, lorsqu’elles sont liées à leurs
chaînes de valeurs, de leurs relations commerciales établies, sur les droits de
l’homme et l’environnement. Pour ce faire, les entreprises « procèdent également, le
cas échéant, à des consultations avec les groupes potentiellement affectés, y
compris les travailleurs et les autres parties prenantes concernées, afin de
recueillir des informations sur les impacts négatifs réels ou potentiels » (article
6). Une disposition qui mériterait d’être clarifiée et renforcée en associant les CE
européens à ce travail d’identification, lorsqu’ils existent. 3° Prévenir ou
atténuer les incidences négatives potentielles en adoptant un plan d’action de
prévention assorti d’un calendrier d’actions et d’indicateurs qui « est élaboré en
consultation avec les parties prenantes concernées » (article 7). Là aussi, on peut
supposer que les CE européens devraient être consultés aussi sur ces plans. 4°
Réaliser les investissements nécessaires et apporter un soutien aux PME qui
pourraient être mises en péril par le code de conduite ou le plan de prévention. 5°
Mettre un terme aux effets négatifs réels ou les réduire au minimum y compris par le
versement de dommages et intérêts (article 8). 6° Établir et maintenir une procédure
de réclamation et de plaintes concernant l’activité des entreprises, celle des
filiales et leurs chaînes de valeur qui doit être accessible aux personnes
concernées mais aussi aux « syndicats et autres représentants des travailleurs
représentant les individus travaillant dans la chaîne de valeur concernée » (article
9). 7° Contrôler l’efficacité de la politique et des mesures de vigilance par des
bilans, au moins annuel, reposant sur des indicateurs qualitatifs et quantitatifs
(article 10). 8° Communiquer publiquement une déclaration annuelle sur le devoir de
vigilance dont le contenu reste à préciser.
Quelle prise en compte du changement climatique
?
En outre, les plus grandes entreprises devront adopter un plan permettant de garantir
que leur modèle et leur stratégie sont compatibles avec la transition vers une
économie durable et la limitation du réchauffement planétaire à 1,5 °C conformément
à l’accord de Paris. Le plan devra inclure des objectifs de réduction des émissions
en cas de risques ou d’impacts identifiés. La rémunération variable des dirigeants
« administrateurs », directeurs généraux et directeurs généraux adjoints devrait
intégrer des objectifs liés à la lutte contre le changement climatique (article
15). La Commission entend conférer un rôle central aux dirigeants et
administrateurs des entreprises pour prendre en compte les conséquences de leurs
décisions sur les questions de durabilité, y compris, le cas échéant, les droits de
l’homme, le changement climatique et les conséquences environnementales, notamment à
court, moyen et long terme. Ils sont priés d’«adapter la stratégie de l’entreprise
aux impacts réels et potentiels identifiés et à toute mesure de diligence
raisonnable prise ». Les États membres, qui devront transposer la directive dans
les deux ans après l’adoption, déterminent le régime des sanctions applicables.
Elles doivent être efficaces, proportionnées et dissuasives (article 20). La
responsabilité civile des entreprises est engagée si elles ne respectent pas leurs
obligations fixées aux articles 7 et 8 alors qu’un un impact négatif aurait dû être
identifié, prévenu, atténué, supprimé ou réduit au minimum (article 22). Sans
attendre l’adoption et la transposition de cette proposition de directive dans les
droits nationaux, rien n’empêche, lors de la révision des accords de CE européens ou
la conclusion de nouveaux accords, d’intégrer ces thèmes dans les champs de
compétences du CE européen et, mieux encore, de l’associer à la définition des plans
d’action.
> Voir aussi : les réactions des
partenaires sociaux européens (ci-dessous, Actualité sociale)
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1. Union
européenne
Législation
Activation de la protection temporaire :
le Conseil de l’UE a adopté, le 4 mars, à l’unanimité, une
décision instaurant une protection temporaire prévue par la Directive
2001/55 du Conseil du 20 juillet 2001 relative à des normes minimales pour
l’octroi d’une protection temporaire en cas d’afflux massif de personnes
déplacées. Cette initiative a été présentée, le 2 mars, par la Commission
(v. communiqué).
L’objectif est d’alléger la pression exercée sur les régimes d’asile nationaux et de
permettre aux personnes déplacées de jouir dans toute l’UE de droits harmonisés. Ces
droits concernent le séjour, l’accès au marché du travail et au logement,
l’assistance médicale et l’accès des enfants à l’éducation (v. communiqué
du Conseil). L’article 12 de la directive prévoit que les « États membres
autorisent, pour une période ne dépassant pas la durée de la protection temporaire,
les personnes qui en bénéficient à exercer une activité salariée ou non salariée,
sous réserve des règles applicables à la profession choisie, ainsi qu’à participer à
des activités telles que des actions éducatives pour adultes, des cours de formation
professionnelle et des stages en entreprise ». De plus, « le droit commun en vigueur
dans les États membres s’applique en ce qui concerne les rémunérations, l’accès aux
régimes de sécurité sociale liés aux activités professionnelles salariées ou non
salariées, ainsi que les autres conditions relatives à l’emploi. »
- Directive agents cancérigènes, mutagènes
et reprotoxiques : après le feu vert donné par le
Parlement, le 17 février (v. IR Notes 177),
le Conseil de l’UE a adopté définitivement, le 3 mars, la révision de la
directive sur les agents
cancérigènes et mutagènes, qui désormais prendra également en compte
l’exposition substances reprotoxiques, des substances chimiques susceptibles
d’interférer avec le système reproducteur humain (v. Carcinogens directive
revision). Les États membres ont deux ans pour transposer la
directive, qui sera publiée prochainement au JOUE, dans leur législation
nationale (v. communiqué
du Conseil).
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Actualité
sociale
Réactions à la proposition de directive sur le
devoir de vigilance (v. à la Une) : : le premier reproche
fait par la Confédération européenne des syndicats (CES) est l’insuffisance de
l’implication des salariés et des syndicats dans l’élaboration et le suivi des
stratégies de vigilance raisonnable des entreprises. Pour Isabelle Schömann,
secrétaire générale adjointe de la CES, « la Commission semble avoir opté pour le
plus petit dénominateur commun, comme base de référence » (v. communiqué
de la CES). « Il va sans dire, ajoute la fédération syndicale européenne EFFAT, que
l’intense activité de lobbying des groupes industriels a mise en péril le texte, qui
apparaît plein de lacunes et d’exemptions » (v. communiqué
de l’Effat). Si IndustriAll Europe salue l’initiative, elle demande instamment que
des solutions soient apportées aux importantes et inacceptables lacunes du texte (v.
communiqué
d’IndustriAll Europe). La fédération est notamment préoccupée par la marge de
manœuvre laissée aux entreprises pour décider seules de leur code de conduite et de
leur stratégie de vigilance raisonnable. « Parce que les travailleurs ne sont pas
une partie prenante parmi d’autres, un dialogue spécifique avec les syndicats et
leurs représentants doit avoir lieu au niveau de l’entreprise sur la conception, la
mise en œuvre et le rapport des plans de diligence raisonnable. Par ailleurs, la CES
juge que les seuils d’application en termes de salariés sont trop élevés. Côté
patronal, BusinessEuropoe estime que cette proposition s’ajoute à une accumulation
de charges imposées au cours des dernières années qui est excessive et qu’il n’est
« pas réaliste d’espérer que les entreprises européennes puissent contrôler
l’ensemble de leurs chaînes de valeur à travers le monde, y compris les fournisseurs
tiers “indirects” ou même les clients » (v. communiqué).
De son côté, SGI Europe « se félicite du fait que la proposition prévoit que seules
les « grandes entreprises » ayant un chiffre d’affaires net élevé » soient
concernées (v. communiqué).
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Journée de la femme et pauvreté :
les inégalités de rémunération et les discriminations dont les
femmes sont victimes demeurent un problème phare dans l’Union européenne et plus
largement dans le Conseil de l’Europe, dont la secrétaire générale a appelé les
hommes à réagir pour lutter contre les inégalités (v. communiqué).
Au-delà de la question de l’écart de rémunération, se pose aussi le problème de la
pauvreté au féminin souligné par plusieurs organisations syndicales à travers l’UE.
En Allemagne, le relèvement du seuil des Mini-jobs à 520 euros au 1er
octobre 2022 inquiète toutes les organisations syndicales. « Pour les femmes en
particulier, le Mini-job est souvent le ticket d’entrée assuré vers la pauvreté des
personnes âgées », a déclaré Anja Piel, membre du directoire de la DGB (v. communiqué).
Pour le président de Ver.di, Frank Werneke, « les Mini-jobs sont un poison » (v. communiqué).
« Il est scientifiquement prouvé qu’un petit job permanent conduit à la
déqualification et diminue ainsi les qualifications péniblement acquises », ajoute
Christiane Benner, vice-présidente d’IG Metall (v. communiqué).
Au Portugal, une récente étude de la confédération syndicale CGTP consacrée à la
pauvreté au féminin montre que les femmes ont un risque de pauvreté plus élevé que
les hommes (19,2% contre 17,5%), en raison de leurs salaires très bas – encore plus
bas que ceux des hommes (v. communiqué).
Depuis 2020, le nombre de femmes en risque de pauvreté s’est accru plus vite que
celui des hommes (+138 000, contre + 120 000). En Espagne, la confédération
syndicale UGT pointe l’impact du temps partiel subi sur la pauvreté et rappelle que
« le travail à temps partiel des femmes n’est pas volontaire, puisque seule une
femme sur dix qui travaille à temps partiel le fait pour des raisons liées à
l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, contre un homme sur trois » (v.
communiqué).
- Lutte contre le racisme et
l’antisémitisme : le Conseil de l’UE a adopté, le 4
mars, des conclusions
sur la lutte contre le racisme et l’antisémitisme. Ce texte invite les
États membres à élaborer des plans d’action et des stratégies d’ici fin 2022,
pour mettre en œuvre le plan d’action de l’UE contre le racisme (2020) et la
stratégie européenne de lutte contre l’antisémitisme (2021) (v. communiqué
du Conseil). Pour élaborer ces plans d’actions, les États membres sont invités à
associer diverses parties prenantes dont les partenaires sociaux (point 6).
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Jurisprudence
- Temps de travail de nuit :
la Cour de justice a précisé l’application des dispositions
relatives au travail de nuit de la directive 2003/88 du 4 novembre 2003,
concernant certains aspects de l’aménagement du temps de travail (v. Night work). Elle a
indiqué que le droit de l’UE n’impose pas aux législations nationales de prévoir
une durée maximale du temps de travail de nuit plus courte que le temps de
travail de jour. Par ailleurs, la durée du travail de nuit peut être différente
entre le secteur privé et le secteur public dès lors que cette différence de
traitement est fondée sur un critère objectif et raisonnable, c’est-à-dire
qu’elle est en rapport avec un but légalement admissible poursuivi par
législation nationale, et qu’elle est proportionnée à ce but (CJUE,
24 février 2022, aff. C-262/20, VB).
- Couverture chômage des employés de
maison : embauchés par des particuliers employeurs, les
employés de maison en Espagne sont soumis à un régime spécial de sécurité
sociale qui couvre tous les risques classiques comme pour tous les salariés,
mais pas l’assurance chômage. Par conséquent, les employés de maison ne peuvent
y cotiser et ne bénéficient donc pas d’allocation chômage lorsqu’ils perdent
leur emploi. La Cour de justice y voit une discrimination indirecte à l’égard
des femmes et ne trouve aucune justification valable (CJUE,
24 février 2022, aff. C-389/20, CJ).
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2. États
membres
Belgique
- Réforme du marché du travail :
le gouvernement fédéral a présenté un projet de réforme du
marché du travail en vue d’atteindre un taux d’emploi de 80% en 2030. Les
propositions (v. communiqué)
portent notamment sur l’accroissement de la flexibilité du temps de travail avec
la possibilité qui serait laissée aux salariés de regrouper leur temps de
travail hebdomadaire sur quatre jours ou de travailler plus une semaine et moins
la suivante. Ce projet entend aussi faciliter le travail de nuit dans
l’e-commerce, mieux protéger les travailleurs des plateformes ou encore étendre
le droit à la déconnexion dans les entreprises de plus de 20 salariés. Les
confédérations syndicales dénoncent un manque de concertation et critiquent
certaines mesures annoncées (v. communiqué de la FGTB et de la CSC). De
leur côté les employeurs de la FEB sont globalement satisfaits mais y voient un
risque de « surabondance de règles » (v. communiqué).
Le projet de texte a été transmis pour avis aux partenaires sociaux.
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3.
Entreprises
Comités
d’entreprise européens / Spécial Ukraine
Les CE européens face à la guerre en Ukraine :
IR Notes a interrogé plusieurs secrétaires de CE européens. Ces
instances européennes se sont fortement mobilisées pour aider leurs collègues
ukrainiens. Le bureau du CE européen de BNP
Paribas a consacré une réunion sur la situation en Ukraine
où travaillent 5000 salariés au sein de la filiale Ukrsibbank. « Nous avons contacté
la direction pour qu’elle organise une réunion extraordinaire du bureau, explique
Gabriel Di Letizia, secrétaire du CE européen de BNP Paribas. Les collègues qui
s’engagent auprès des organisations humanitaires venant en aide aux réfugiés
ukrainiens, doivent pouvoir recourir à plus « d’heures solidaires ». Chez Veolia, le sujet de l’Ukraine où
travaillent environ 300 salariés est abordé aujourd’hui dans le cadre d’une réunion
entre la direction et les secrétaires du comité de groupe France et du CE européen.
Chez SAP, « le CE européen est
tenu informé quotidiennement de la situation générale en Ukraine ainsi que de la
situation de nos salariés et de leurs familles », souligne Catherine Bordelon,
membre du CE européen de SAP. De même, chez Nexans, une réunion du bureau du
CE européen s’est tenue le 2 mars, pour faire un point de situation des 2800
salariés des trois sites situés en Ukraine. « Les membres ont interrogé la direction
sur les actions de solidarité qui pourraient être envisagées notamment à partir des
pays limitrophes », précise Bertrand Jullian, secrétaire du CE européen. Le 2
mars, Frédéric de Fondaumière, secrétaire adjoint du CE Européen de la Société Générale a adressé un
courrier à la direction, après une réunion des membres du bureau, pour demander une
réunion extraordinaire du CE européen. La direction a donné son accord dès le
lendemain pour tenir une réunion le 10 mars, en ligne. Les membres du CE européen
demandent à la direction des informations sur les conséquences économiques de la
guerre sur les activités de la banque et sur les impacts directs ou indirects dans
les pays européens où le groupe est présent (Pologne, République Tchèque, Roumanie,
Allemagne, France….), mais également en Ukraine et en Russie. Ils s’interrogent sur
les mesures prises pour les salariés présents en Ukraine, pour les ressortissants
français mais également pour les citoyens Ukrainiens qui souhaiteraient
temporairement ou définitivement être accueillis en France, en Pologne, en
République Tchèque, en Allemagne ou encore en Roumanie. Une autre demande porte sur
la sécurisation des 12000 salariés des implantations en Russie.
Même dans les groupes qui n’ont pas de salariés en Ukraine, les CE européens ont mené
des initiatives. Chez Safran,
le CE européen a adopté un message
de solidarité pour les salariés impactés par le conflit notamment ceux des
sites polonais proches de la frontière russe et les salariés ukrainiens « qui
travaillent chez Safran Cabin Plzeň et leurs familles ». Des échanges réguliers ont
également lieu entre la direction et le comité en particulier sur la situation des
salariés Safran en Russie. Chez Generali, le CE européen a
interpellé la direction sur le sort des pays frontaliers dans lesquels le groupe a
des salariés (Pologne, Roumanie et Slovaquie). Il a adopté un communiqué
à l’attention de tous les salariés en demandant à la direction de le diffuser sur
l’intranet du Groupe. Il a aussi adressé un message à la direction proposant des
initiatives qu’elle devrait mener comme la mise en place d’un fonds de soutien, ce
qui a été fait, ou la prise en charge du mieux possible les salariés Ukrainiens qui
travaillent dans le groupe et de leur famille, la participation du CE européen à la
cellule de crise mise en place par la DRH Monde ou encore l’embauche en CDD de
réfugiés ukrainiens dans les pays limitrophes avec un accès à la formation.
Chez Orange, les membres du CE
européen seront informés le 9 mars, à l’occasion d’une réunion ordinaire du CE
européen, sur la situation. « Elle portera essentiellement sur les actions décidées
par les entités Orange des quatre pays frontaliers, explique Anne Lelong-Nakhlé,
responsable relations sociales: transformation d’un centre de formation en Pologne
en centre d’accueil de réfugiés, mise à disposition des réseaux de
télécommunications aux associations d’aide humanitaire et des services d’urgence,
appel à projets lancé auprès des salariés par la Fondation Orange, distribution de
cartes SIM aux migrants au passage de la frontière ».
« En tant que CE européen, nous avons demandé à notre direction de faire un don au
CICR, ce qu’ils ont fait, et nous avons demandé à tous nos salariés de faire un don
aux organisations d’aide locales pour aider les réfugiés ukrainiens, explique
Stephan Seiffert, secrétaire du CE européen du groupe irlandais Ardagh qui fabrique des
conteneurs en verre et en métal, avec quelques sites en Pologne.
À l’avenir, l’Ukraine ayant demandé son entrée dans l’Union européenne, une action
plus immédiate pourrait être d’amender les accords de CE européen pour faire entrer
l’Ukraine dans le champ d’application de l’accord. Juridiquement rien ne s’y oppose.
« L’intégration symbolique immédiate ne s’est pas posée pour le moment », explique
Michaela Sofer-Ayadi (Veolia). « Notre priorité est l’aide sur le terrain, mais la
question de l’intégration des salariés ukrainiens au sein du CE européen sera posée
à la direction », assure Gabriel Di Letizia (BNP Paribas).
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Accord
d’entreprise
Droit de retrait : un accord
innovant a été signé, le 2 mars, par la société d’autoroute Autostrade per l’Italia (5300
salariés) et les syndicats FILT-CGIL, FIT-CISL, UIL-Trasporti, SLA-CISAL, UGL
Viabilita, Fillea – CGIL, Filca – CISL, Fenealuil, au ministère du Travail en
présence du ministre Andrea Orlando (v. communiqué.
Cet accord prévoit la création, pour la première fois en Italie, d’un droit de
retrait, c’est-à-dire le droit pour chaque salarié, indépendamment de sa position,
de son ancienneté ou de son rôle, d’arrêter le travail lorsqu’il estime qu’il n’est
pas effectué en toute sécurité et qu’il pourrait entraîner des accidents, des
blessures ou des maladies professionnelles pour lui-même ou pour d’autres personnes.
L’accord prévoit également l’organisation périodique de « Safety walk »,
c’est-à-dire des visites périodiques de la direction sur les lieux de travail pour
observer et écouter les travailleurs en vue de promouvoir les bons comportements.
Le protocole prévoit la mise en place d’un comité stratégique de sécurité paritaire
afin d’orienter et de suivre les initiatives en matière de santé et de sécurité au
travail et d’établir des objectifs à court, moyen et long terme en accord avec la
stratégie du groupe.
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