|
| |
IR Notes 182 – 23 mars 2022
www.irshare.eu
|
|
|
| |
| |
Editorial
Faire entrer l’Ukraine dans les CE européens
Comme expliqué dans le précédent numéro,
nous continuons à suivre les initiatives menées par les CE européens
par rapport à la guerre en Ukraine. De nouvelles déclarations de CE
européens nous sont parvenues (v. 4. Entreprises) et nous vous
invitons à nous faire part de toutes initiatives en la matière
(frederic.t@irshare.eu). IR Notes
soutient l’idée d’une action immédiate consistant à amender les
accords de CE européen pour faire entrer l’Ukraine dans le champ
d’application de l’accord. Juridiquement rien ne s’y oppose.
Moralement tout milite pour le faire. Faire entrer les Ukrainiens,
et les autres représentants des salariés de pays européens qui ont
déclaré leur souhait d’intégrer l’Union européenne, est une façon de
préparer l’avenir et de donner espoir à des personnes qui de la
place Maïden en 2014 au conflit actuel, sont prêts à donner leur vie
pour vivre dans cette Union et ses valeurs. Nous réitérons donc cet
appel et serons heureux de publier les premières déclarations ou
avenants aux accords de CE européens allant dans ce sens !
|
|
|
 |
|
|
 |
| |
Qui sommes-nous ?
IR Notes
est une lettre d’information diffusée
tous les 15 jours, disponible en plusieurs langues européennes
(allemand, anglais, espagnol, français, italien) et réalisée par IR Share et son
réseau d’experts. Elle propose une veille européenne sur le droit du
travail, les relations sociales et la politique de l’emploi. Elle est en
vente sur abonnement pour un montant de 248 euros HT par an sur le
site IR Share.
L’équipe :
ce numéro a été préparé par Pascale Turlan
et Frédéric
Turlan. Retrouvez l’ensemble de l’équipe
de IR Share sur le site.
S’abonner à IR Notes
en quelques clics sur le site IR
Share ou par E-mail : frederic.t@irshare.eu >
La lettre d’information IR Notes a été reconnue
comme « service de presse en ligne » selon l’article 1er de la loi n°
86-897 du 1er août 1986 portant réforme du régime juridique de la
presse. Outre la reconnaissance de la qualité d’IR Notes, le bénéfice du
statut de « service de presse en ligne » nous permet de facturer (en
France) les abonnements à IR Notes avec une TVA réduite de 2,1%.
Mentions légales.
Editeur: IR Share SARL – 5, Les Compères – 89520 Fontenoy – +33
(0)6 81 41 53 95 – capital social 1500 euros – RCS (Auxerre) : 512 567
959. Directeur de la publication: Frédéric Turlan. Hébergeur: Ideal prod
– 14 rue Auguste Morel – 89100 Sens – Tel.: + 33 (0)3 86 83 21 21 –
France. N° de CPPAP : 0626 Z 93933.
|
|
|
 |
| |
Dictionnaire européen des relations sociales
Si vous souhaitez aller plus loin dans la lecture d’IR Notes nous mettons
à votre disposition des liens
vers le Dictionnaire
européen des relations sociales, publié par Eurofound, et
régulièrement mis à jour par IR Share, éditeur d’IR Notes. Les
définitions des termes sont disponibles en anglais et facilement
convertibles grâce à des outils de traduction en ligne.
|
|
|
 |
|
|
|
À la Une
Un
intérimaire ne doit pas forcément travailler sur un emploi temporaire
Un salarié allemand a été employé à compter du
1er septembre 2014 par une agence d’intérim. Jusqu’au 31 mai 2019, il a
été mis à la disposition exclusive du constructeur automobile allemand Daimler pour
travailler dans un atelier d’assemblage de moteurs. Son emploi n’avait pas pour
objet de remplacer un travailleur. Il occupait donc un poste permanent. Saisie d’une
demande visant à requalifier cette période d’emploi qui a duré près de cinq ans en
contrat permanent, une juridiction allemande a saisi la Cour de justice sur
plusieurs points dont celui de savoir si un intérimaire pouvait occuper un poste
permanent (CJUE,
17 mars 2022, aff. C-232/20, aff. NP c.Daimler AG). En effet, l’article
1er de la directive
2008/104 précise qu’elle s’applique aux intérimaires « qui sont mis à la
disposition d’entreprises utilisatrices afin de travailler de manière
temporaire sous leur contrôle et leur direction. » (v. Temporary agency work) Est-ce que cette disposition
s’oppose à ce qu’un intérimaire soit mis à la disposition de la même entreprise
utilisatrice, pendant une période de plus de 55 mois, pour occuper un emploi
permanent et non pour remplacer un salarié absent ? Pour la Cour de justice, « les
termes « de manière temporaire » n’ont pas pour objet de limiter
l’application du travail intérimaire à des postes qui n’existeraient pas durablement
ou qui devraient être occupés à titre de remplacement, ces termes caractérisant non
pas le poste de travail devant être occupé au sein de l’entreprise utilisatrice,
mais les modalités de la mise à disposition d’un travailleur auprès de cette
entreprise ». Ainsi, « le législateur de l’Union n’a pas entendu limiter le recours
au travail intérimaire en autorisant uniquement le travailleur intérimaire à occuper
un poste revêtant un caractère temporaire ». La juridiction allemande a aussi
demandé si la mise à disposition pendant 55 mois en raison des renouvellements
successifs de la mission de ce travailleur, est encore susceptible de revêtir un
caractère « temporaire », au sens de ladite directive, ou, au contraire, revêt un
caractère abusif. La Cour de justice souligne qu’aucune disposition de la directive
« ne fixe de durée au-delà de laquelle une mise à disposition ne peut plus être
qualifiée de « temporaire ». De même, aucune disposition n’impose aux États membres
une obligation de prévoir une telle durée. De plus, la directive, n’impose pas aux
États « de limiter le nombre de missions successives d’un même travailleur auprès de
la même entreprise utilisatrice ». Cependant, l’article 5, paragraphe 5, première
phrase, de la directive leur impose de prendre les mesures nécessaires en vue
d’éviter l’attribution de missions successives à un intérimaire dans le but de
contourner les dispositions de cette directive. L’État peut donc fixer une durée
précise au-delà de laquelle une mise à disposition ne peut plus être considérée
comme temporaire. S’il n’adopte pas une telle mesure, il appartient aux juridictions
nationales de la déterminer au cas par cas, en prenant en compte les spécificités du
secteur et les explications objectives données par l’employeur pour recourir à une
succession de mission d’intérim avec le même travailleur. Enfin, autre point soulevé
dans l’arrêt, en l’absence d’une législation nationale qui sanctionne le non-respect
de la directive, l’intérimaire ne peut pas tirer du droit de l’Union un droit
subjectif à la naissance d’une relation de travail avec l’entreprise utilisatrice.
Autrement dit, il ne peut pas demander la requalification de sa relation d’emploi en
contrat de travail permanent sur la seule base du droit communautaire. S’il estime
subir un préjudice en raison d’une législation nationale qui n’est pas compatible
avec la directive, il devra lancer une nouvelle action en justice contre l’État,
pour obtenir réparation de son préjudice.
|
1.Union
européenne
Législation
- Agent cancérigène : la
quatrième révision de la directive 2004/37 concernant la protection des
travailleurs contre les risques liés à l’exposition à des agents cancérigènes ou
mutagènes au travail est parue au JOUE. Il s’agit de la directive
2022/431 du 9 mars 2022 (v. Carcinogens directive
revision).
> À lire : l’entretien
(en français) de Tony Musu, chercheur à l’Institut syndical
européen.
- Protection temporaire pour les réfugiés
ukrainiens : après avoir activé la directive relative à
la protection temporaire afin d’aider les personnes fuyant la guerre en Ukraine
(v. IR Notes
181), la Commission européenne a adopté, le 4 mars, une décision
d’exécution ainsi que, le 18 mars, des lignes directrices (non
disponibles) (v. communiqué).
|
Projets
Transparence salariale : les
commissions des droits des femmes et de l’emploi du Parlement européen ont adopté,
le 17 mars, à une large majorité, leur position sur la proposition
de directive destinée à renforcer la transparence salariale dans les entreprises
en vue de combattre les discriminations salariales (v. communiqué
de presse), présentée il y a un an par la Commission européenne (v. IR Notes 159) (v.
Pay transparency). Les députés
ont aussi approuvé la décision d’entamer les négociations interinstitutionnelles par
71 voix pour et 20 contre. Le Parlement doit encore voter lors de sa séance plénière
du 4 au 7 avril, pour permettre de démarrer les négociations avec le Conseil. Ce
dernier a déjà adopté sa position en décembre dernier (v. IR Notes 176). Dans
leur rapport (non disponible, mais les amendements
de compromis éclairent les points ajoutés ou modifiés par les députés), les
députés ont étendu l’obligation de produire un rapport sur les écarts de
rémunération aux entreprises de 50 salariés et plus, au lieu du seuil de 250
salariés prévu dans la proposition de la Commission. Certains États membres ont
clairement indiqué en décembre, lors de l’adoption de la position par le Conseil,
que le seuil des 250 salariés était une ligne rouge et qu’ils n’accepteraient pas
d’aller en dessous. Ce sera donc un point chaud de la négociation à venir, d’autant
plus que plusieurs organisations sectorielles d’employeurs au niveau européen ont
répliqué immédiatement par un communiqué
commun – une initiative rare – pour dénoncer cet abaissement à un moment où
l’économie européenne se relève à peine du choc de la crise du Covid-19 et doit
faire face aux conséquences de la guerre en Ukraine. Par ailleurs, selon la
proposition de la Commission, une évaluation conjointe avec des représentants du
personnel doit être effectuée lorsque le rapport met en avant une différence de
niveau moyen de rémunération d’au moins 5 %, sauf à ce que l’employeur justifier
cette différence par des facteurs objectifs et non sexistes. Les députés ont aussi
abaissé ce seuil à 2,5%. Enfin, les députés veulent interdire les clauses
contractuelles qui empêchent les salariés de divulguer des informations sur leur
salaire ou de demander des informations sur la même catégorie de rémunération de
travailleurs ou sur d’autres catégories.
|
Responsabilité sociale et environnementale des
entreprises : après la position adoptée par le Conseil, le
24 février dernier (v. IR Notes 181), la
commission des affaires juridiques du Parlement européen a adopté à une
quasi-unanimité (22 voix pour, 1 contre et 0 abstention), son rapport sur la
proposition de révision de la directive relative à la publication d’informations en
matière de durabilité par les entreprises (v. Due diligence). Le Parlement
européen devait approuver, ce mercredi, le mandat afin de débuter les négociations
avec le Conseil en vue de l’adoption de la directive. Les nouvelles règles devraient
couvrir toutes les grandes entreprises telles que définies dans la directive comptable, c’est-à-dire celles remplissant au
moins deux de ces trois critères : employer au moins 250 salariés, réaliser un
chiffre d’affaires d’au moins 40 millions d’euros et afficher un total au bilan d’au
moins 20 millions d’euros. Contrairement à la position du Conseil, les députés
européens ne souhaitent pas faire de distinction entre les entreprises cotées en
bourse et celles qui ne le sont pas. Par ailleurs, ils ont voté pour inclure les
entreprises non européennes opérant sur le marché intérieur. Concernant les
entreprises de moins de 250 salariés, elles pourront adhérer aux normes de
publication d’informations sur une base volontaire. Les députés appellent la
Commission à établir des critères de publication d’informations supplémentaires pour
les entreprises ayant des activités dans des secteurs à haut risque (textile,
agriculture, mines, minéraux). Ils ont aussi proposé d’octroyer aux entreprises un
délai supplémentaire d’un an pour s’adapter aux nouvelles règles, les premiers
rapports publics étant attendus en 2025.
|
Femmes dans les conseils d’administration :
après 10 ans le blocage (v. Women in the labour market),
le Conseil a adopté, le 14 mars, sa position en faveur de la proposition
de directive relative à un meilleur équilibre hommes-femmes parmi les
administrateurs non exécutifs des sociétés cotées en bourse et à des mesures
connexes. Ce texte vise à fixer un objectif quantitatif pour la proportion
de membres du sexe sous-représenté au sein des conseils d’administration des
sociétés cotées. Les entreprises devraient ainsi mettre en place des mesures pour
atteindre l’objectif minimal, d’ici à 2027, soit de 40 % de membres du sexe
sous-représenté pour les administrateurs non exécutifs, soit de 33 % pour tous les
membres de leur conseil d’administration. En cas de non-respect de ces objectifs,
une entreprise serait tenue de procéder à des nominations ou à des élections
d’administrateurs en appliquant des critères clairs, univoques et formulés en termes
neutres (v. communiqué
du Conseil). Du côté du Parlement européen, la décision d’entamer les négociations
avec le Conseil a reçu, le 16 mars, le feu vert des commissions des droits des
femmes et de l’égalité des genres et des affaires juridiques avec une large majorité
(v. communiqué
). Le mandat devait être adopté le mercredi en plénière, et les négociations devrait
rapidement démarrer pour tenter de faire adopter ce texte sous la présidence
française de l’UE. Le texte a reçu l’appui de la plupart des États membres, comme
l’Italie qui s’est félicitée de cette avancée (v. communiqué).
> Pour en savoir plus : voir l’étude
réalisé par le Parlement européen sur les politiques des États membres en faveur de
la présence des femmes dans les conseils d’administration et leurs effets sur la
gouvernance des entreprises.
|
Violence à l’égard des femmes :
la Commission européenne a publié, le 8 mars, une proposition de
directive sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence
domestique (v. communiqué).
Cependant, la proposition est très timide lorsque ces formes de violence s’exercent
sur le lieu de travail ou affectent la relation de travail. La convention 190 de
l’OIT sur le harcèlement et la violence au travail n’est pas mentionnée. Aucune
protection spécifique en matière de droit du travail n’est prévue pour les salariées
victimes de violences conjugales. La proposition évoque cependant la mise en place
de services de conseil externes accessibles aux victimes et aux employeurs en cas de
harcèlement sexuel au travail. Un article est consacré à la formation : les
personnes exerçant des fonctions d’encadrement sur le lieu de travail, tant dans le
secteur public que dans le secteur privé, doivent recevoir une formation sur la
manière de reconnaître, de prévenir et de traiter le harcèlement sexuel au travail,
y compris sur l’évaluation des risques en matière de sécurité et de santé au
travail, la manière d’apporter un soutien aux victimes concernées et de réagir de
manière adéquate. Ces personnes et employeurs doivent recevoir « des informations
sur les effets de la violence à l’égard des femmes et de la violence domestique sur
le travail et sur le risque de violence exercée par des tiers ». La Confédération
européenne des syndicats salue le texte mais exprime sa déception sur le peu de
place accordée à la protection sur le lieu de travail et à l’absence de mention du
recours à la négociation collective pour rendre les lieux de travail plus sûr (v. communiqué).
A noter que la Commission propose d’ériger en infractions pénales le
cyberharcèlement et l’incitation à la violence ou à la haine en ligne.
|
Actualité
sociale
Santé et sécurité au travail :
la résolution
sur le nouveau cadre stratégique de l’UE pour la santé et la sécurité au travail
après 2020, adoptée en commission emploi et affaires sociales, le
1er février dernier (v. IR Notes 179), a
reçu le feu vert du Parlement européen, lors de sa plénière du 10 mars. Les députés
européens ont élaboré une résolution très complète et formulé de nombreuses demandes
d’actes législatifs : la Commission est appelée à mettre à jour « de manière
continue et dans un délai ambitieux » de la directive sur l’exposition aux agents
cancérigènes, mutagènes ou reprotoxiques, « y compris en fixant des valeurs limites
d’exposition professionnelle pour au moins 25 substances prioritaires
supplémentaires dans la directive, sans délai, après la présentation du plan
d’action et d’ici la fin de 2022 ». Les députés souhaitent que la Commission
complète la liste européenne des maladies professionnelles et la transformer en
directive afin de couvrir les troubles musculo-squelettiques d’origine
professionnelle, les troubles mentaux liés au travail, en particulier la dépression,
l’épuisement professionnel, l’anxiété et le stress, toutes les maladies liées à
l’amiante, les cancers de la peau et l’inflammation rhumatismale et chronique. La
Commission devrait aussi présenter un cadre législatif pour l’établissement
d’exigences minimales à l’échelle de l’Union en matière de télétravail ainsi qu’une
directive établissant des normes et conditions minimales afin de garantir que tous
les travailleurs soient en mesure d’exercer effectivement leur droit à la
déconnexion. Les députés invitent la Commission à présenter une initiative
législative afin de préciser les responsabilités et les obligations en matière de
sécurité et de santé au travail en ce qui concerne les systèmes d’intelligence
artificielle et les nouvelles méthodes de travail. Pour les députés, « l’émergence
de nouvelles formes de surveillance et de gestion des travailleurs fondées sur la
collecte de grandes quantités de données en temps réel […] peut conduire à des
problématiques juridiques, réglementaires et éthiques ». Ils demandent en
particulier « l’introduction de protections contre les effets néfastes de la gestion
des algorithmes sur la santé et la sécurité des travailleurs » tout en indiquant que
ces « algorithmes déployés dans des domaines de travail » doivent « être
transparents, non discriminatoires et éthiques ». De plus, « les décisions
algorithmiques doivent être responsables, contestables et, le cas échéant,
réversibles et, par conséquent, être soumises à un contrôle humain ». À noter aussi
une demande pour que la Commission évalue en urgence et de manière approfondie « les
risques nouveaux et émergents associés au changement climatique sur la santé et la
sécurité au travail, afin de mieux protéger les travailleurs contre l’exposition à
des températures plus élevées, aux radiations ultraviolettes naturelles et à
d’autres risques connexes pour la sécurité ».
|
Télétravail et droit à la déconnexion :
lors d’une conférence sur le droit à la
déconnexion et le télétravail organisée par le Parlement européen et
Commission européenne, le 15 mars, le commissaire européen à l’Emploi et aux Droits
sociaux, a précisé la position de la Commission européenne aux demandes répétées du
Parlement européen en faveur de directives sur le télétravail et le droit à la
déconnexion. Sur ce dernier thème, il a considéré qu’« il n’y a aucune raison pour
que, dans certains pays, ce droit existe et que dans d’autres États membres de l’UE,
ce droit soit refusé. Il est donc important, au niveau européen, d’établir ce
droit ». Tout en soulignant qu’il appartient aux partenaires sociaux de traiter ce
sujet, il a cependant précisé « qu’en réponse à la résolution du Parlement sur le
droit à la déconnexion et au télétravail, la Commission s’est engagée à donner suite
à un acte législatif dans le plein respect de la proportionnalité, de la
subsidiarité et de l’amélioration de la législation ». L’adoption de tels actes
étant soumis « à une consultation en deux phases des partenaires sociaux qui peuvent
décider d’agir par le biais d’accords ». Nicolas Schmit n’a pas évoqué de calendrier
et a indiqué que la Commission « a lancé une étude à grande échelle pour soutenir
des mesures législatives et politiques possibles fondées sur des preuves » (v. discours).
|
- Revenu minimum : la
Commission européenne a lancé une consultation
publique en vue préparer une recommandation du Conseil sur le revenu
minimum. Cette initiative vise à soutenir les politiques des États membres
visant à réduire la pauvreté et à prévenir l’exclusion sociale. Elle vise à
mettre en œuvre le principe 14 du socle européen des droits sociaux, qui affirme
que toute personne qui ne dispose pas de ressources suffisantes a droit à des
prestations de revenu minimum adéquates garantissant une vie digne et peut
accéder à des biens et services de soutien. L’adoption de cette recommandation
est prévue pour le 3e trimestre 2022. La consultation est ouverte
jusqu’au 1er avril.
|
Dialogue
social sectoriel
Assurance : les partenaires
sociaux européens du secteur de l’assurance ont adopté, le 9 mars, une déclaration
conjointe sur la diversité, l’inclusion et la non-discrimination. Dans ce
texte, les partenaires sociaux s’accordent sur les définitions de la diversité, de
l’inclusion et de la discrimination au travail et notent que « des lieux de travail
respectueux, tolérants et inclusifs sont essentiels pour la satisfaction,
l’engagement et l’autonomisation des employés, ainsi que pour la croissance, le
succès, l’innovation, la créativité et la durabilité du secteur ». Les signataires
conviennent que les mesures visant à prévenir la discrimination à l’encontre de tous
les groupes protégés existants (y compris les travailleurs LGBTI+, trans et
intersexes, les salariés âgés) devraient faire partie intégrante de la culture et de
la politique de l’entreprise.
- Emploi à domicile : les
partenaires sociaux européens du secteur des particuliers employeurs et de
l’emploi à domicile ont adopté, le 10 mars, une stratégie pour structurer leur
dialogue social pour les deux prochaines années et se reconnaître mutuellement.
Ils n’envisagent pas pour autant demander la mise en place d’un comité de
dialogue social sectoriel (v.
communiqué).
|
2. États
membres
Irlande
|
France
- Crise ukrainienne et chômage partiel :
dans le cadre du Plan de résilience économique et
sociale présenté par le gouvernement pour faire face aux conséquences
économiques de la guerre en Ukraine (v. dossier
de presse), le ministère du Travail a confirmé, le 16 mars, que les
entreprises vont pouvoir recourir aux dispositifs d’activité partielle de droit
commun (chômage partiel) et le d’activité partielle de longue durée (APLD). Ces
dispositifs, utilisés pour protéger l’emploi pendant la crise du Covid-19,
pourront aussi être utilisés par des entreprises russes, biélorusses ou
ukrainiennes implantées en France dont les activités sont impactées par le
conflit. Le ministère du Travail a publié une circulaire
questions-réponses et a préparé deux projets de
décrets.
- Accidents du travail : le
gouvernement a présenté, le 14 mars, le premier Plan
pour la prévention des accidents graves et mortels qui fixe la feuille
de route en matière de réduction de ces accidents pour les quatre prochaines
années. Il vise en particulier les publics les plus exposés : jeunes et nouveaux
embauchés, intérimaires, travailleurs indépendants et détachés, ainsi que les
principaux risques : risque routier, chutes de hauteur et utilisation de
certaines machines.
|
3. Pays
tiers
Royaume-Uni
Violence et harcèlement : le
gouvernement britannique a ratifié, le 7 mars, la Convention 190 de l’OIT sur la
violence et le harcèlement qui reconnaît le droit de chacun à un lieu de travail
exempt de violence et de harcèlement (v. communiqué
de l’OIT). Le gouvernement a annoncé qu’il allait introduire une nouvelle obligation
pour les employeurs, les obligeant à prendre des mesures pour empêcher leurs
salariés de subir un harcèlement sexuel et à introduire des protections explicites
pour les salariés contre le harcèlement par des tiers, tels que les clients. Par
ailleurs, la Commission pour l’égalité et les droits de l’homme doit rédiger un code
de pratique sur le harcèlement sexuel et le harcèlement sur le lieu de travail (v.
communiqué
du gouvernement).
>
À voir aussi : le syndicat écossais
STUC a rendu public un rapport
sur le harcèlement sexuel au travail qui souligne qu’un tiers des femmes ont
été victimes de harcèlement sexuel au travail au cours de l’année écoulée et que 85%
des femmes ont déclaré que leur signalement et leur expérience n’ont pas été pris au
sérieux et traités de manière appropriée. Le rapport contient des préconisations.
- Misogynie
: un groupe de travail indépendant a présenté au
gouvernement écossais son rapport « Misogyny
– A Human Rights Issue » qui suggère au gouvernement de créer une loi
spécifique sur la misogynie et la justice pénale. Le rapport a été accueilli
très favorablement par la Première ministre, Nicola Sturgeon, pour qui le
document « reconnaît que la misogynie est endémique et qu’elle détruit la vie
des femmes chaque jour ». Il souligne que « pour les femmes et les filles, notre
loi est actuellement défaillante » (v. communiqué).
Ce rapport établit à partir de témoignages constitue un travail remarquable sur
la misogynie qui sera certainement un outil utile pour qui réfléchit à la
question de la violence faite aux femmes bien au-delà de l’Ecosse.
|
4.
Entreprises
Comités
d’entreprise européens
Une scission et deux CE européens :
le laboratoire pharmaceutique britannique GlaxoSmithKline (GSK)
a annoncé l’introduction en bourse, à Londres, de sa branche de médicaments sans
ordonnance et de parapharmacie, qui sera baptisée Haleon (7000 salariés). Après la
scission, GSK (34000 salariés) se concentrera sur les produits pharmaceutiques
délivrés sur ordonnance et les vaccins, un marché jugé plus rentables que
l’automédication. Préalablement à cette mise en bourse qui doit intervenir cet été,
la direction a conclu, le 10 septembre 2021, deux nouveaux accords de CE européens
pour couvrir les deux entités (accord
GSK et accord
GSK Consumer healthcare – Haleon). Les deux textes sont très proches et
diffèrent principalement au niveau de leur composition. À noter que le Royaume-Uni
et la Suisse sont couverts et que certains pays de moins de 100 salariés pour GSK ou
150 salariés pour Haleon, sont regroupés en cluster.
- Ukraine : depuis notre
dernier article sur les CE européens face à la guerre en Ukraine, deux autres CE
européens nous en fait parvenir des déclarations : Adecco et Engie.
|
Restructuration
Licenciement collectif par Zoom :
la direction de la compagnie de ferry P&O, filiale du groupe
DP World appartenant à Dubaï, a annoncé, le 17 mars, via un message
video sur Zoom, que les 800 salariés britanniques étaient licenciés avec
effet immédiat le jour même pour être remplacés par des travailleurs intérimaires.
Ces derniers étant, selon le syndicat RMT, non syndiqués, majoritairement de
nationalité indienne et payée 2,38 dollars de l’heure (2,15 euros) (v. communiqué).
La confédération TUC a demandé au gouvernement de présenter de toute urgence un
projet de loi afin de mettre fin aux pratiques de type « licencier et réembaucher ».
Le TUC demande un renforcement des sanctions à l’encontre des entreprises qui ne
respectent pas des droits à information et à consultation du personnel en matière de
licenciements collectifs. Les entreprises qui enfreignent ces droits sont
actuellement condamnées à de très faibles amendes et peuvent s’en tirer en offrant
au personnel des compensations dérisoires. « Ce qui s’est passé chez P&O est un
scandale national – on ne peut pas permettre que cela se reproduise », s’est
exclamée Frances O’Grady, secrétaire générale du TUC. (v. communiqué).
Les fédérations syndicales européenne (ETF) et internationale (ITF) des transports
qui ont condamné cette annonce (v. communiqué),
rappellent le fait que DP World a signé le Global compact des Nations Unis (v. communiqué),
ce qui en dit long sur la faiblesse de ce type d’instruments censés renforcer la
responsabilité sociale des entreprises. Sur un post
, le consultant Tom Hayes (BEERG) qui, de son aveu, a conseillé des directions
sur « tellement de projets » de restructuration qu’il n’ose s’en souvenir, doute
qu’il y ait violation de la loi britannique « avec des navires battant pavillon dans
des pays autres que le Royaume-Uni et des contrats de travail régis par la loi de
Jersey (…) tout est délocalisé et les obligations de consultation peuvent passer à
travers les mailles du filet juridique ». Cependant, « quels que soient les aspects
juridiques, la façon dont P&O a abordé la question est tout à fait consternante
et indéfendable ». C’est un « exemple de ce qu’il ne faut pas faire ».
|
|
|