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IR Notes 120 – 22 mai 2019
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Une question à…
Francisco Javier Gómez Abelleira, professeur de droit du travail et de la
sécurité sociale, Université Carlos III de Madrid
Comment le gouvernement a réagi au
jugement de la Cour de justice (v. À la Une) obligeant les
employeurs à mettre en place un système d’enregistrement des
heures de travail des salariés ? Le gouvernement a anticipé le jugement en
adoptant un décret-royal
8/2019, en mars dernier, qui est
venu modifier le Statut des travailleurs. Ce dernier ne prévoyait
qu’une obligation pour les employeurs d’enregistrer les heures
supplémentaires effectuées par les salariés à temps plein, mais pas
les heures de travail normales. De plus, un
jugement de la Cour suprême espagnole du 23 mars 2017 avait confirmé que rien n’obligeait les
employeurs à décompter le temps de travail des salariés à temps
plein en dehors du seul décompte des heures supplémentaires. Cette
décision a été très critiquée par les syndicats et l’inspection du
travail, car sans décompte des heures normales de travail, il est
difficile d’établir le nombre d’heures supplémentaires réellement
effectuées. De fait, il était courant que les heures supplémentaires
qui donnent lieu à des cotisations sociales majorées ne soient pas
déclarées à la sécurité sociale, la privant ainsi de ressources. La
nouvelle disposition, entrée en vigueur le 12 mai, impose désormais
aux employeurs de décompter toutes les heures de travail effectuées
par les salariés. Le texte est très strict : cette obligation
générale s’applique à toutes les entreprises, quelle que soit leur
taille, et à tous les salariés, quel que soit leur niveau
hiérarchique, de l’ouvrier au directeur financier, à l’exception du
dirigeant. Cette règle ne pose pas de difficulté pour de nombreux
salariés, mais elle est plus compliquée à respecter pour les
salariés qui disposent d’une grande autonomie dans leur travail sans
être soumis à des horaires de travail définis. Elle ouvre aussi une
controverse sur ce qui relève du temps de travail effectif ou non,
par exemple pour les personnes qui vont effectuer un déplacement à
l’étranger : faut-il décompter le temps de vol en temps de travail ?
La nuit passée à l’étranger ? Ou bien sortir du décompte le temps de
travail le moment passé par le salarié à visiter un musée pendant
son déplacement ? Ce qui ouvre de nouvelles questions sur le respect
de la vie privée des salariés. Des adaptations seront sans doute
nécessaires et la nouvelle législation renvoie pour cela à la
négociation collective, en particulier dans les entreprises, où
l’employeur devra négocier la mise en place du système
d’enregistrement des heures de travail avec les syndicats et/ou les
représentants du personnel élus.
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À la Une
Une
obligation de décompter le temps de travail
La Cour de justice a rendu, le 14 mai, un arrêt très important dans une affaire
espagnole, où une fédération syndicale CCOO reprochait à la Deutsche Bank de ne pas
avoir mis en place un système d’enregistrement du temps de travail journalier
effectué par les salariés (v. IR Notes n° 113).
La Cour de justice souligne « qu’en l’absence d’un tel système, il n’est possible de
déterminer de façon objective et fiable ni le nombre d’heures de travail ainsi
effectuées par le travailleur ainsi que leur répartition dans le temps ni le nombre
des heures effectuées au-delà du temps de travail normal, en tant qu’heures
supplémentaires » (aff.
C-55/18, Federación de Servicios de Comisiones Obreras (CCOO)/Deutsche
Bank). « Dans ces conditions, ajoute la Cour, il apparaît excessivement
difficile, sinon impossible en pratique, pour les travailleurs de faire respecter
les droits qui leur sont conférés par l’article 31, paragraphe 2, de la Charte des
droits fondamentaux de l’Union européenne et par la directive 2003/88, en vue de
jouir effectivement de la limitation de la durée hebdomadaire de travail ainsi que
des périodes minimales de repos journalier et hebdomadaire prévues par cette
directive. » En conséquence, afin d’assurer l’effet utile de ces droits, « les États
membres doivent imposer aux employeurs l’obligation de mettre en place un système
objectif, fiable et accessible permettant de mesurer la durée du temps de travail
journalier effectué par chaque travailleur » . Cependant les États bénéficient d’une
marge de manœuvre pour décider de «la forme que celui-ci doit revêtir » en tenant
compte « des particularités propres à chaque secteur d’activité concerné, voire des
spécificités de certaines entreprises, notamment leur taille […] ». (v. communiqué
de presse). Cet arrêt ne s’impose pas seulement aux États mais aussi aux
employeurs. En effet, la Cour précise qu’un tel système « permettant de mesurer la
durée du temps de travail journalier effectué par chaque travailleur relève de
l’obligation générale, pour les États membres et les employeurs, prévue à
l’article 4, paragraphe 1, et à l’article 6, paragraphe 1, de la directive 89/391,
de mettre en place une organisation et les moyens nécessaires pour protéger la
sécurité et la santé des travailleurs ». Plusieurs fédérations syndicales
européennes se sont félicitées de cette décision. IndustriAll Europe évoque « une
étape importante pour mettre fin aux heures supplémentaires abusives non
rémunérées » (v. communiqué) tandis que
l’EPSU y voit un arrêt important pour les pays qui ont autorisé les employeurs à
introduire une dérogation individuelle à la durée maximale moyenne de travail de 48
heures (v. communiqué).
Pour Esther Lynch, secrétaire confédérale à la Confédération européenne de
syndicats, « la meilleure façon pour les employeurs de réagir à cette décision est
de rencontrer les syndicats et de convenir de systèmes équitables et transparents
[…]. » (v. déclaration).
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1. Union
européenne
Actualité
sociale
Stratégie de l’UE pour 2019-2024 :
réunis au Conseil informel de Sibiu (Roumanie), les dirigeants
de l’UE ont débattu de la prochaine stratégie de l’Union pour la période 2019-2024
sur la base d’une « note
décisionnelle » élaborée par Donald Tusk, le président du Conseil (v. communiqué
de presse). L’un des chapitres inclut les objectifs de « réduire les
inégalités, assurer une protection sociale adéquate et des marchés du travail
inclusifs, et réduire les disparités grâce à la cohésion ». Ils ont également
adopté, à l’unanimité, la « Déclaration
de Sibiu » qui comporte dix engagements comme celui « toujours le principe
d’équité, que ce soit sur le marché du travail, en matière de protection sociale,
dans le domaine économique ou sur le plan de la transformation numérique ». La
Confédération européenne des syndicats souscrit aux engagements mais demande un plan
avec des actions concrètes (v. communiqué).
- Progression du taux d’emploi dans l’UE
: en 2018, le taux d’emploi de la population âgée de 20
à 64 ans dans l’UE s’est établi à 73,2 %, en hausse par rapport à 2017 (72,2 %),
selon Eurostat (v. communiqué).
L’objectif de la stratégie Europe 2020 est d’atteindre un taux d’emploi total
d’au moins 75 % dans l’UE d’ici à 2020. Chaque pays a également son propre
objectif à atteindre. Déjà 13 États membres l’ont rempli.
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Jurisprudence
Un congé parental à temps partiel ne doit pas
réduire les indemnités liées à la rupture du contrat de travail :
la Cour de justice de l’UE a rendu un arrêt dans une affaire
française concernant une assistante commerciale licenciée dans le cadre d’une
procédure de licenciement collectif (CJUE,
8 mai 2019, aff. C-486/18, Praxair). Embauchée à temps plein, elle a été,
les deux années précédant son licenciement, employée à temps partiel dans le cadre
d’un congé parental pour éduquer ses enfants. Son indemnité de licenciement et une
allocation versée pour favoriser son reclassement ont été calculées sur la base du
temps partiel et non de sa rémunération perçue avant le congé parental, lorsqu’elle
était à temps plein. Confirmant sa jurisprudence (CJUE,
22 octobre 2009, aff. C-116/08, Meerts, et CJUE,
27 février 2014, aff. C-588/12, Lyreco Belgium), la Cour explique qu’un tel
calcul peut dissuader des salariés de prendre à congé parental à temps partiel et va
à l’encontre de la finalité de l’accord-cadre
européen sur le congé parental. L’indemnité de licenciement et l’allocation
de reclassement doivent être calculées « entièrement sur la base de la rémunération
afférente aux prestations de travail effectuées à temps plein par ce travailleur ».
De plus, la Cour de justice ajoute que les dispositions françaises qui prévoient la
prise en compte des périodes à temps partiel dans le calcul de l’indemnité sont
contraires à l’article 157 du traité sur le fonctionnement de l’UE (principe de
l’égalité des rémunérations). En effet, elles constituent des discriminations
indirectes à l’égard des femmes au motif qu’elles forment la très grande majorité
des travailleurs prenant un congé parental à temps partiel. C’est important, car en
se basant sur le non-respect de l’article 157, la Cour autorise le juge national à
écarter les dispositions nationales contraires au droit de l’UE et réparer
directement le préjudice subi par la salariée (v. communiqué
de presse).
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2. États
membres
Croatie
- Salaire minimum : le
ministère du Travail et des Pensions a mis en place, le 16 mai, un groupe de
travail chargé de déterminer le montant du salaire minimum. Jusqu’à maintenant,
le salaire minimum était fixé par le gouvernement après consultation des
partenaires sociaux. Dorénavant, le montant sera proposé par le groupe de
travail, qui se compose de représentants des employeurs, des syndicats et
d’universitaires. Il devrait dévoiler sa proposition d’ici le début septembre.
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Slovaquie
- Chèque vacances : depuis le
1er janvier, les employeurs de 50 salariés et plus doivent prendre en
charge à 55 % des dépenses d’hébergement et de restauration des salariés qui
passent, pendant leur congé, au moins deux nuits dans un établissement
d’hébergement situé dans le pays, avec un plafond de 275 euros par an. Cette
indemnité, versée aux salariés ayant plus de deux ans d’ancienneté, vise à
soutenir le tourisme en Slovaquie. Pour le salarié, elle n’est ni soumise à
l’impôt ni aux cotisations sociales. Pour l’employeur, elle est considérée comme
une dépense déductible.
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3.
Entreprises
Accord
transnational
Limitation du recours au travail intérimaire :
la direction d’Unilever et les fédérations
syndicales internationales IndustriAll Global Union et UITA ont signé, le 10 mai, un
accord mondial visant à limiter le recours aux intérimaires et à protéger les
emplois permanents dans les usines d’Unilever. Cet « engagement
conjoint sur l’emploi durable dans l’industrie manufacturière d’Unilever »
s’applique aux salariés de plus de 300 usines Unilever dans 69 pays, qu’ils soient
employés directement par Unilever ou par un fournisseur. Cet accord limite
l’embauche d’intérimaires à des tâches de courte durée ou non récurrentes, et
empêche le recours à des contrats temporaires sur des emplois permanents. L’accord
prévoit que les intérimaires seront informés suffisamment à temps de leur emploi du
temps, et qu’ils recevront une rémunération lorsqu’ils seront en régime d’astreinte
sans pouvoir accepter un autre travail (v. communiqué d’IndustriAll
et de l’UITA).
- Droits fondamentaux :
Après le renouvellement de l’accord-cadre
mondial sur la responsabilité du groupe français EDF, plus de 25
représentants syndicaux et du management se sont réunis au centre de formation
de l’OIT, à Turin, pour améliorer la mise en œuvre du respect des droits humains
et sociaux dans le groupe (v. communiqué).
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Syndicalisme
Interventions syndicales devant les
actionnaires: fait rare, les fédérations syndicales
internationales IndustriAll Global Union et l’IBB ont pris la parole, le 15 mai,
devant l’assemblée générale des actionnaires de LafargeHolcim, pour dénoncer
certaines violations des droits des travailleurs. Le communiqué
intègre les liens vers les prises de parole diffusées sur YouTube.
- Réseau syndical mondial :
un réseau syndical a été mis en place dans le groupe Fresenius (280 000
salariés), spécialisé dans les soins de santé, afin de négocier un accord-cadre
international (v. communiqués d’UNI
Global Union, de PSI
et de l’EPSU).
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4. Études et
rapports
Condition de travail dans le monde :
dans le cadre de son 100e anniversaire,
l’Organisation internationale du travail a publié un rapport conjoint avec la
Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail
(Eurofound) sur les « conditions
de travail dans une perspective mondiale ». Ce rapport présente la première
analyse comparative d’enquêtes menées sur la qualité de l’emploi et du travail dans
41 pays, pour l’essentiel au cours des cinq dernières années. Il couvre les 28 pays
de l’UE, la Chine, la République de Corée, les États-Unis, la Turquie, les pays
hispanophones d’Amérique centrale, l’Argentine, le Chili et l’Uruguay (v. communiqué).
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