À la Une
Une part plus importante pour les critères sociaux dans les règles de marché public
La Commission européenne a présenté, le 9 septembre, une proposition de règlement – Public procurement Act – destinée à moderniser le cadre européen régissant les marchés publics et concessions au niveau de l’UE, lesquels représentent environ 15 % du PIB de l'Union (v. communiqué et questions-réponses de la Commission).
La réforme entend mettre un terme au critère du prix le plus bas au profit du « meilleur rapport qualité-prix » qui doit devenir la méthode d'attribution de référence pour ces marchés publics. Ainsi, les critères qualitatifs – environnementaux, sociaux et d'innovation – devront compter pour au moins 30 % de la note globale permettant d’attribuer un marché public, et jusqu'à 50 % pour les marchés à forte intensité de main-d'œuvre, comme le nettoyage, la sécurité privée ou les services sociaux. Le texte prévoit aussi l'interdiction de sous-traiter la totalité d'un marché, pratique associée à des risques de dumping social et d'exploitation de la main-d'œuvre (v. aussi l’analyse d’impact de la Commission).
Le texte a été plutôt bien accueilli par les partenaires sociaux, mais parfois pour des raisons différentes, ce qui laisse présager un intense lobbying lors de l’examen du texte par les institutions européennes. Ainsi, du côté patronal, BusinessEurope soutient les efforts de simplification, mais s'inquiète que « l'accumulation d'objectifs secondaires ne réduise la concurrence et n'alourdisse les charges administratives » (v. communiqué). Cette prise de position prudente masque cependant des lignes de fracture au sein du monde patronal. Plusieurs associations patronales des secteurs à forte intensité de main-d'œuvre, comme celui de la sécurité privée, ont, conjointement avec la fédération syndicale européenne UNI Europa, publié des déclarations communes demandant le dépassement du critère du prix le plus bas et la promotion de la négociation collective (v. déclaration UNI Europa – CoeESS). SMEunited, qui représente les artisans et PME, salue explicitement la fin du critère du prix le plus bas et l'introduction d'un ratio qualité-prix obligatoire avec une pondération minimale sur les critères qualitatifs (v. communiqué). Les employeurs de la construction (FIEC) saluent l'obligation de rejeter les offres anormalement basses et évalueront les mesures proposées pour encadrer la sous-traitance (v. communiqué).
Du côté syndical, la Confédération européenne des syndicats (CES) a salué, par la voix de sa secrétaire générale Esther Lynch, « une occasion décisive de faire en sorte que l'argent public favorise l'emploi de qualité et la négociation collective », rappelant que la course au prix le plus bas s'est « révélée désastreuse pour la qualité des biens et services » (v. communiqué). L’ensemble des fédérations syndicales européennes salue la fin du critère du prix le plus bas, qu'il qualifie de « course vers le bas » néfaste aux travailleurs. Cependant, plusieurs points de critique reviennent de manière convergente. Sur la sous-traitance, plusieurs fédérations (ETF, FETBB, Effat) regrettent l'absence de responsabilité solidaire tout au long de la chaîne et l'insuffisance des mesures contre les abus, certaines réclamant une limitation du nombre de niveaux de sous-traitance. Sur les conditions sociales, ces fédérations déplorent que le non-respect du droit du travail ne constitue pas un motif d'exclusion obligatoire et que les exigences sociales restent largement facultatives (v. communiqué ETF, FETBB, Effat). Sur la négociation collective, UNI Europa et la CES demandent que les entreprises couvertes par des conventions collectives soient systématiquement favorisées lors de l'attribution des marchés (v. communiqué UNI Europa). D’autres organisations pointent des lacunes qui touchent spécifiquement leurs secteurs, comme l’Effat qui regrette des garanties insuffisantes pour le secteur de la restauration collective (v. communiqué). L'adoption du texte n'est pas attendue avant 2027, pour une entrée en application envisagée au premier semestre 2029.

Législation
Rapport de durabilité sociale : à la suite de la directive omnibus adoptée pour simplifier les rapports de durabilité, deux règlements délégués du 3 juillet ont été publiés au JOUE du 21 septembre :
- Le règlement délégué 2026/1560 complétant la directive 2013/34/UE du Parlement européen et du Conseil en établissant des normes d’information en matière de durabilité d’application volontaire par les entreprises protégées par le plafond de la chaîne de valeur ;
- Le règlement délégué 2026/1563 modifiant le règlement délégué 2023/2772 en ce qui concerne la simplification de certaines normes d’information en matière de durabilité.
Les nouvelles normes européennes d'information sur le développement durable (ESRS) entrent en vigueur le 10 novembre et s’imposeront aux rapports à établir pour 2027.
Projets
Des initiatives pour favoriser la mobilité de la main-d’œuvre : la Commission européenne a présenté, le 15 septembre, un train de mesures sur la mobilité équitable de la main-d'œuvre (« Fair Labour Mobility Package »), composé d'une communication et de cinq propositions législatives, pour notamment mieux protéger les travailleurs mobiles contre les abus, faciliter la reconnaissance des qualifications et alléger les démarches transfrontalières (v. communiqué et questions-réponses). Ce paquet cherche à concilier compétitivité des entreprises (simplification, réduction des charges administratives…) et protection des salariés mobiles – y compris les ressortissants de pays tiers qui sont les plus exposés aux abus, mais sans trancher clairement entre les deux, ce qui explique que patronat et syndicats puissent simultanément s'en satisfaire partiellement et s'en inquiéter. Les mesures présentées par la Commission comportent cinq propositions législatives :
- Le règlement instituant le passeport européen de sécurité sociale (ESSPASS) qui numérise les documents de couverture sociale transfrontalière (document A1, carte européenne d'assurance maladie) afin de réduire la charge administrative des entreprises qui détachent des travailleurs dans l’UE.
- Le règlement sur la portabilité des compétences, qui « permettra aux employeurs de mieux comprendre et comparer les qualifications et les compétences acquises dans l'ensemble de l'UE et de vérifier instantanément leur authenticité », précise la Commission.
- La révision de la directive sur les qualifications professionnelles qui raccourcit les délais de traitement et de reconnaissance des qualifications nécessaires pour accéder aux professions réglementées, de quatre mois à onze semaines (et à cinq semaines en cas de reconnaissance automatique).
- Une directive sur la reconnaissance des qualifications des ressortissants de pays tiers déjà présents dans l'Union, fixant des règles communes, des délais et un droit de recours, permettant aux employeurs « d’accélérer le recrutement de talents provenant de pays tiers ».
- Le règlement renforçant l'Autorité européenne du travail (AET) élargissant son mandat, y compris à l’égard des ressortissants de pays tiers jugés « particulièrement vulnérables aux abus », sans toutefois lui donner une réelle autonomie pour déclencher de contrôle.
Dans sa communication, la Commission confirme – comme indiqué dans la communication sur le 28e régime pour les entreprises de l’UE, (v. IR Notes 270) – qu’elle « élaborera en 2027 une proposition législative visant à permettre un télétravail transfrontalier à part entière pour les start-ups et les scale-ups dans toute l’Union ».
La Confédération européenne des syndicats (CES) salue le renforcement de l'Autorité européenne du travail (AET) mais s'inquiète du « télétravail transfrontalier » évoqué via le 28e régime et exige une réunion d’urgence sur ce point avec la vice-présidente Mînzatu. « Toute faille susceptible de favoriser le dumping social ou toute menace de « course vers le bas » doit être écartée », insiste la CES (v. communiqué). BusinessEurope, par la voix de son directeur général Markus Beyrer, salue des avancées bienvenues et réclame la création d'un guichet dédié aux employeurs au sein de l'AET (v. communiqué).
Actualité sociale
Renforcement des effectifs et des conditions de travail dans le secteur du soin : les députés européens ont adopté, le 17 septembre, un rapport d'initiative appelant la Commission européenne à élaborer « une stratégie européenne globale et à long terme pour le personnel de santé », prévoyant notamment une augmentation des effectifs d'au moins un million de professionnels sur la période 2028-2034. Le rapport insiste sur la nécessité d'améliorer les conditions de travail par le biais, d'une part, d'une recommandation du Conseil, qui devrait notamment reconnaître « les niveaux d'effectifs non sûrs comme un risque professionnel », et, d'autre part, d'un cadre obligatoire comprenant des contrôles de la charge de travail et des ratios médecins/patients et infirmiers/patients, ainsi que des mesures d'allègement de la charge physique, psychologique et administrative pesant sur les professionnels de santé.
Aide à la restructuration en Finlande : la Commission européenne a proposé, le 8 septembre, de mobiliser 1,1 million d’euros au titre du Fonds européen d’ajustement à la mondialisation pour les travailleurs licenciés (FEM) afin de venir en aide à 351 travailleurs finlandais licenciés par quatre fabricants de papier (v. communiqué).
Lutte contre les inégalités de genre en matière de santé : les députés européens ont adopté, le 16 septembre, un rapport d'initiative relatif aux inégalités entre les femmes et les hommes dans le domaine de la santé et aux affections sexospécifiques. En matière d'emploi, ils déplorent que, malgré la prévalence chez les femmes de symptômes graves liés à la périménopause et à la ménopause, celles-ci ne soient pas intégrées dans les politiques et stratégies de santé au travail. La ménopause doit selon eux être « reconnue comme un problème de santé publique d'importance » en vue de maintenir la participation des femmes au marché du travail.
Jurisprudence
Un tatouage qui fait barrage au concours de la police : l'avocat général de la Cour de justice de l'UE a rendu ses conclusions dans une affaire italienne concernant une candidate qui, après avoir réussi l'épreuve écrite, a été exclue au motif qu'elle portait un petit tatouage en forme de fleur sur le mollet gauche. L'avocat général conteste cette exclusion automatique « au motif qu'elle présente un tatouage sur une partie du corps qui n'est pas couverte par l'uniforme, alors que ce tatouage n’est visible que lorsqu’elle porte l’uniforme ordinaire prévu pour les services de représentation, lequel prévoit le port d’une jupe et d’escarpins ». Il appartiendra à la Cour de justice de trancher.
Dialogue social sectoriel
Une déclaration conjointe contre le harcèlement et la violence dans le secteur des assurances : les partenaires sociaux européens du secteur des assurances ont signé, le 17 septembre, un nouvel avenant visant à éliminer la violence et le harcèlement sur le lieu de travail qui actualise la déclaration commune sur la diversité, l’inclusion et la non-discrimination signée en 2022. Le texte étend explicitement le principe de la « tolérance zéro » au travail numérique et à distance, « où le harcèlement facilité par la technologie, tel que le cyberharcèlement, constitue un risque croissant », précisent les signataires. Il intègre une perspective de genre – les femmes représentant l’écrasante majorité des victimes, définit des lignes directrices et reconnaît l’impact sur le lieu de travail de la violence exercée par des tiers et de la violence conjugale (v. communiqué).
Tour d’Europe

Espagne
Plus de transparence pour les salariés : le décret royal 723/2026, publié le 9 septembre, transpose la directive 2019/1152 relative à des conditions de travail transparentes et prévisibles dans l'UE. Il remplace intégralement le décret royal 1659/1998, qui encadrait jusqu'ici l'information due aux salariés sur les éléments essentiels de leur contrat, dès le premier jour de travail. À partir du 5 octobre, tout salarié en poste peut demander par écrit à son employeur une information détaillée sur certains aspects de sa relation de travail : description du poste ; rémunération fixe et variable (avec le mode de calcul de cette dernière) ; durée de la période d'essai ; droit à la formation ; identification en cas de mise à disposition par une agence ; procédure et délais de licenciement ; modalités de changement d'horaires ; usage d'algorithmes dans les décisions relatives aux conditions de travail ; plan d'égalité et protocole de harcèlement ; ainsi que des règles spécifiques pour les travailleurs détachés à l'étranger. L'employeur dispose de trente jours ouvrables pour répondre et doit informer par écrit de toute modification ultérieure de ces éléments. Le décret n'introduit pas de nouvelle sanction et le manquement à cette obligation d'information écrite reste qualifié d'infraction légère. Les entreprises devront donc revoir, avant le 5 octobre, leurs modèles de contrat de travail et leurs procédures internes pour être en mesure de répondre dans les délais (v. communiqué du ministère du Travail).
Nouvelles des entreprises

Comités d'entreprise européens
Coordination syndicale sur la fusion TK Elevator – KONE : la fédération syndicale internationale IndustriAll Global Union et son homologue européenne, IndustriAll Europe, ont réuni, le 4 septembre, environ 80 représentants syndicaux issus de treize pays « afin de coordonner une réponse commune au projet d’acquisition de TK Elevator par KONE ». Annoncée en juin dernier et actuellement évaluée par diverses autorités de la concurrence, la fusion devrait être finalisée en 2027 et donner naissance à un groupe de 100 000 salariés à travers le monde, dont environ 45 000 en Europe. Les participants à la réunion ont convenu de mettre en place un groupe de coordination permanent, d’adresser un courrier aux PDG des deux entreprises pour exiger diverses garanties ainsi que le « respect total des droits à l’information et à la consultation », de convoquer une réunion conjointe des deux CE européens et d’intervenir auprès des autorités chargées du contrôle de la concurrence et des députés européens des pays concernés (v. communiqué).
Un CE européen renforcé chez Vinci : la direction du groupe Vinci et le groupe spécial de négociation issu de son CE européen ont signé, le 28 août, une révision de l'accord constitutif du CE européen. Le texte est amélioré sur de nombreux points, notamment par un renforcement du rôle et des moyens de la commission RSE, dont le nombre de réunions passe de deux réunions annuelles d'une demi-journée à trois réunions de trois demi-journées chacune, pendant lesquelles la direction devra communiquer sur tous les accidents du travail mortels. Par ailleurs, les suppléants pourront désormais rejoindre les groupes de travail (jusqu'alors réservés aux titulaires). La clause de protection des salariés a également été renforcée.
Selon Alexandra Charton, secrétaire du CE européen, « cet accord renforce notre capacité à représenter les salariés européens, à mieux anticiper les transformations du groupe et à porter les enjeux sociaux, de santé-sécurité et de responsabilité sociétale. C'est une continuité importante pour un dialogue social européen plus efficace et plus proche du terrain ».
Restructuration
Transfert d’activités vers des travailleurs indépendants : la fédération syndicale européenne des travailleurs du transport (ETF) a réuni à Bruxelles des représentants syndicaux du groupe américain de logistique UPS pour évoquer l'avancée des projets de restructuration touchant notamment le Royaume-Uni et la Belgique. Dans ce dernier pays, le groupe entend supprimer 525 postes sur 800 (v. fiche ERM Eurofound). « Dans chaque pays, plus de la moitié des salariés risquent d'être licenciés, pour être en grande partie remplacés par des travailleurs occupant les mêmes postes, au sein d'une chaîne de sous-traitance, dans des conditions plus précaires », dénonce l’ETF (v. communiqué), qui entend s'appuyer sur cette affaire dans le cadre de la révision de la législation européenne sur les marchés publics et de la future loi sur la qualité de l'emploi, dans les discussions en cours sur la réduction des chaînes de sous-traitance
Droits sociaux fondamentaux
Respect des droits syndicaux chez Mercedes-Benz : la fédération syndicale internationale IndustriAll Global Union et le syndicat américain United Auto Workers ont déposé, le 15 septembre, une plainte officielle auprès du Point de contact national allemand de l’OCDE, exigeant que le gouvernement allemand facilite le dialogue entre Mercedes-Benz et les syndicats concernant le traitement des travailleurs en Alabama. Les « Principes de responsabilité sociale et de droits de l’homme » de Mercedes-Benz stipulent explicitement que l’entreprise respecte les normes de travail internationalement reconnues. Or, selon IndustriAll, « les avocats de Mercedes-Benz ont rejeté ces Principes, les jugeant sans pertinence », faisant valoir qu’il s’agissait simplement d’“un document entre une entité en Allemagne et un groupe de syndicats en Allemagne » (v. communiqué).
Données et rapports

Un guide pour négocier sur la violence conjugale
Traiter la violence conjugale comme un enjeu lié au milieu de travail « nécessite une approche holistique afin de garantir que les conventions collectives et les politiques des employeurs soient coordonnées avec les interventions menées dans les sphères domestique et sociale », souligne une étude publiée par l'Institut syndical européen (ETUI), qui appelle à mettre en place des « lieux de travail sûrs, inclusifs et équitables » notamment par la négociation collective. Celle-ci peut en effet garantir aux victimes l'accès à des congés payés, à une protection de leurs revenus et à des aménagements sur le lieu de travail destinés à prévenir la perte d'emploi et à soutenir leur indépendance économique et leur sécurité. Le rapport contient de nombreuses recommandations à l'intention des négociateurs.
Statistique clé
21
États membres sur les 22 États membres dotés d'un salaire minimum national ont connu une augmentation du salaire minimum national brut en 2025.
Selon la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail (Eurofound), cela démontre un effet positif de la directive sur les salaires minimums adéquats sur la fixation du salaire minimum. Ces données ont été publiées le 1er septembre dans le rapport annuel d’Eurofound sur le salaire minimum. Cette publication de référence souligne que, pour 2026, de nombreux États ont visé à ce que leurs taux nominaux atteignent une certaine valeur, exprimée par rapport aux salaires moyens ou médians.
Gains de pouvoir d'achat chez les salariés percevant le salaire minimum : taux de variation du salaire minimum national brut, en termes réels et nominaux, dans 22 États, de janvier 2025 à janvier 2026 (en %)

Trois questions à...

Aude Cefaliello
Chercheuse senior - Santé, sécurité et conditions de travail à l'Institut syndical européen (ETUI)
À propos du premier rapport exhaustif sur l’encadrement des risques psychosociaux en Europe
« Cette thématique peut être une porte d'entrée pour discuter de sujets fondamentaux comme la façon dont le travail est organisé, un thème insuffisamment investi par les CE européens »
Vous avez produit un nouveau rapport sur les risques psychosociaux dans l'UE. Qu'apporte-t-il de plus que les précédents travaux réalisés sur ce sujet ?
Notre rapport est le premier qui apporte une vision aussi claire et détaillée des 27 États membres de l'UE, grâce aux experts nationaux qui ont contribué à l'ouvrage. Jusqu'à présent, les travaux publiés sur ce thème comportaient des études sur certains pays seulement. La valeur ajoutée est que nous apportons désormais une vision exhaustive. L'autre apport de ce rapport est qu'il ne porte pas seulement sur les risques psychosociaux, mais qu'il s'intéresse aussi aux concepts de stress au travail, de harcèlement et de violence au travail, que ce soit sous l'angle juridique, c'est-à-dire législatif, ou sous celui de la négociation collective et de la jurisprudence dans chaque État membre.
Avec ce rapport, vous tentez aussi de défaire les arguments des opposants à toute initiative législative ?
En effet, sur ce sujet sensible, les chercheurs se sont vu opposer divers arguments : les risques psychosociaux sont trop complexes, on ne peut pas les définir. Les chercheurs se sont accordés sur des définitions claires, qui ont notamment été intégrées dans le récent rapport du Parlement européen demandant une initiative législative. Il nous a ensuite été opposé qu'on ne pouvait pas réguler les risques psychosociaux ; or, notre rapport montre que, dans 19 pays, des législations mentionnent les risques psychosociaux et que, dans 16 d'entre eux, il existe des obligations supplémentaires pour l'employeur afin de les prévenir. Il nous a ensuite été rétorqué que les risques psychosociaux sont très liés aux contextes nationaux, à la culture de chaque pays. Mais là encore, des exemples de régulation existent dans tous les pays, que ce soit dans les pays du Sud, d'Europe centrale ou scandinaves. Il nous a également été opposé que l'adoption d'une législation anéantirait les efforts pour rechercher des solutions par la négociation collective. Or, notre rapport montre que les pays qui ont une législation forte ont aussi un dialogue social actif sur ce sujet. La loi joue son rôle de filet de sécurité, tandis que l'accord collectif la renforce. Enfin, certains estiment que, la directive-cadre de 1989 couvrant déjà tous les risques de santé et de sécurité au travail, il serait inutile d'adopter une directive spécifique sur les risques psychosociaux. Or, nous avons déjà de nombreuses directives spécifiques – pour protéger les travailleurs du bruit, des vibrations, du travail en hauteur… – et nous avons besoin d'une directive qui cible spécifiquement les risques psychosociaux. Plusieurs études ont pointé le coût économique de ces risques et leur impact délétère sur la santé. Il est temps d'agir !
En matière de prévention des risques psychosociaux, les CE européens ont-ils un rôle à jouer ?
Les CE européens ont tout intérêt à s'emparer de la thématique de la santé et de la sécurité au travail, surtout quand il s'agit des risques psychosociaux. Cette thématique peut être une porte d'entrée pour discuter de sujets fondamentaux comme la façon dont le travail est organisé, un thème insuffisamment investi par les CE européens. En discutant de l'encadrement des risques psychosociaux, il est possible d'aborder le déploiement des nouvelles technologies au travail, l'autonomie des travailleurs, la surveillance des salariés ou encore l'intensité du travail. J'ai l'impression que l'on ne réalise pas à quel point les risques psychosociaux sont un levier qui peut, par ricochet, toucher de nombreux sujets de préoccupation comme les canicules ou la digitalisation.
> A voir aussi sur le même sujet : parution en anglais du rapport publié en mars dernier (v. IR Notes 271) par Eurogip, sur les instruments existants au niveau international en matière de prévention des risques psychosociaux (RPS) et une analyse nationale de 12 pays dont 7 États membres (Allemagne, Belgique, Danemark, Espagne, France, Italie et Suède)
IR Dictionary
La libre circulation des travailleurs
La libre circulation des personnes est l’un des droits fondamentaux de l’Union européenne et sans doute l’un des plus importants et des plus concrets pour les citoyens européens. Pour les travailleurs, ce droit à la libre circulation existe depuis le traité de Rome, qui a fondé la Communauté européenne, en 1957. L’actuel article 45 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne précise que cette libre circulation implique l'abolition de toute discrimination fondée sur la nationalité entre les travailleurs des États membres, en ce qui concerne l'emploi, la rémunération et les autres conditions de travail. Elle comporte le droit : 1. de répondre à des emplois effectivement offerts ; 2. de se déplacer à cet effet librement sur le territoire des États membres ; 3. de séjourner dans un États membres afin d'y exercer un emploi conformément aux dispositions législatives, réglementaires et administratives régissant l'emploi des travailleurs nationaux ; 4. de demeurer dans des conditions qui feront l'objet de règlements établis par la Commission sur le territoire d'un État membre, après y avoir occupé un emploi.
Évènements à venir
19 octobre
Luxembourg
Conseil Emploi et Affaires sociales
L’équipe
Ce numéro a été préparé par Inès Bollet, Victoria Fonseca, Sea Ange Gonebo, Ambre Grenier-Boley, Frédéric Turlan, Iris Turlan et Paula Villalobos. Retrouvez l’ensemble de l’équipe de IR Share sur le site.
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