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IR Notes 40 – 21 octobre 2015
www.irshare.eu
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IR Share est une
agence de partage d’informations, de documentations et de compétences
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Share opère via des publications en ligne, des groupes de travail, des
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L’équipe : ce
numéro a été préparé par Stepanka Lehmann, Ekaterina Markova et Frédéric
Turlan. Retrouver l’ensemble de l’équipe
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Interview
Dr. Raphaël Callsen, avocat au sein du cabinet dka Rechtsanwälte
Vous
avez reçu le prix Brian Bercusson pour votre thèse portant
sur une approche comparée franco-allemande de l’application
des règles de conflit de loi applicable aux contrats de
travail conclu avec des salariés exerçant leur activité sur
deux ou plusieurs États membres. Quel est l’apport de votre
travail ? Ce travail s’intéresse en
effet aux règles de conflits de loi qui gouvernent la relation de
travail transfrontalière. L’enjeu est de déterminer quelle est la
loi applicable en matière de droit du travail à un salarié qui
exerce son activité dans au moins un autre État membre que celui où
se situe son employeur. Pour déterminer quelle est la loi
applicable, par exemple lorsque le salarié veut contester son
licenciement, il existe un règlement européen, appelé « Rome I » qui
a unifié les règles en vigueur auparavant. Ce règlement prévoit que
la loi applicable est celle choisie par les parties, ou bien si elle
est plus favorable au travailleur, la loi où le travail est
accompli, ou bien celle du lieu de l’établissement d’embauche du
travailleur, ou bien encore la loi du pays qui présente les liens
les plus étroits avec le contrat de travail.
Votre travail consiste à articuler cette norme avec les
dispositions de la Charte européenne des droits fondamentaux
? En effet, cette charte a valeur de
traité, et devrait avoir une influence sur l’interprétation du
règlement « Rome I ». Mon approche est de démontrer qu’il faut
interpréter ces règles de conflit de lois à la lumière des droits
fondamentaux. La loi applicable est déterminée par l’article 8 du
règlement, mais l’article 9 ouvre la possibilité aux tribunaux de ne
pas appliquer la législation désignée si elle est contraire à une «
loi de police », une règle visant à sauvegarder les intérêts publics
du pays où siège le tribunal. L’idée de la thèse est que l’on doit
interpréter cette notion « d’intérêt public » à la lumière des
droits fondamentaux de l’UE. C’est-à-dire que si un droit
fondamental donne droit à une protection contre le licenciement
injustifié, comme le prévoit l’article 30 de la Charte européenne
des droits fondamentaux, le juge national ou européen ne peut pas
dire que par principe les règles de protection contre le
licenciement qui existent au niveau national ne font pas partie des
lois de polices qui s’imposent à la relation de travail.
Les
tribunaux seraient obligés d’assurer une protection minimale
reposant sur les droits fondamentaux ?
S’il existe au niveau national des règles
de protection contre le licenciement, les tribunaux seraient obligés
de les appliquer si la loi désignée en application de l’article 8 du
règlement européen accordait une protection inférieure à celle
garantie par la Charte européenne des droits fondamentaux. La
lecture du règlement « Rome I » à la lumière de la Charte conduit à
améliorer la protection des travailleurs exerçant leur activité sur
plusieurs pays.
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IR Notes est une lettre
diffusée tous les 15 jours, disponible en plusieurs langues européennes et
réalisée par IR
Share et son réseau d’experts. Elle propose une veille
européenne sur le droit du travail, les relations sociales et la politique de
l’emploi. Elle est en vente sur abonnement pour un montant de 15 euros HT par
mois sur le site. IR
Share. IR Share est une entreprise à capitaux privés,
indépendante et apolitique, dont l’objectif est d’informer et d’aider l’ensemble
des acteurs du dialogue social en Europe et au-delà. Elle est le correspondant
de la Fondation de Dublin, pour la France et le Luxembourg, depuis 2009, et pour
la Bulgarie depuis 2014.
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À la Une
Le principe
à travail égal, salaire égal pour lutter contre le dumping social
Le Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, semble déterminé à
faire avancer l’une de ses promesses de campagne : « dans notre Union, un même
travail effectué au même endroit devrait être rémunéré de manière identique ». Il a
rappelé cet objectif, devant le collège des commissaires, le 6 octobre (v. communiqué de
la Commission), après l’avoir annoncé, le 15 juillet, dans ses orientations
politiques (p. 7). Désormais, la commissaire Marianne Thyssen, qui en
octobre dernier prônait d’ouvrir ce dossier seulement dans deux ans, a mandat pour
mettre en musique la décision de Jean-Claude Juncker. « Nous allons voir si nous
pouvons ancrer le principe de salaire égal à travail égal au sein du même lieu de
travail », pour les travailleurs détachés, a expliqué Marianne Thyssen. L’objectif
est de lutter contre le dumping social dont les effets sont ravageurs sur l’opinion
publique européenne. L’intention est évidemment louable. Actuellement, la directive
96/71 sur le détachement des travailleurs impose qu’un travailleur détaché
par son employeur dans un autre État membre pour y effectuer une mission soit au
moins rémunéré au niveau du salaire minimum applicable, par voie de convention
collective ayant force obligatoire ou par la législation de cet État. Conscients des
nombreuses fraudes ou « optimisations » pratiquées par les entreprises en matière de
détachement, les Vingt-huit ont adopté la directive
2014/67 dite « d’exécution » qui vise à renforcer l’application de la
directive 96/71. Mais Jean-Claude Juncker semble vouloir aller plus loin : un
salarié détaché sur le territoire d’un autre État membre devrait être payé non pas
au moins au niveau du salaire minimum, mais au niveau d’un salarié comparable
effectuant le même travail. Autrement dit, il ne serait plus possible pour des
entreprises situées dans des pays de l’Union à faibles coûts salariaux de bénéficier
de l’avantage compétitif des bas salaires pour décrocher des marchés dans des États
membres où les salaires sont plus élevés. Cependant, le principe « salaire égal pour
travail égal », se heurte au lobbying intense des employeurs : BusinessEurope a
adressé un courrier
à Marianne Thyssen, le 5 octobre, pour lui demander « de ne pas ouvrir la boîte de
Pandore des problèmes et des litiges en proposant la révision de la directive
détachement » avec de sérieux arguments. Les problèmes pratiques et juridiques
soulevés par le concept de « salaire égal pour travail égal » sont nombreux: que
doit couvrir la notion de salaire ? Comment déterminer le travail égal ? Le salarié
d’un pays à coût salarial élevé détaché dans un pays à faible coût salarial
devra-t-il être aussi rémunéré au même niveau que les salariés locaux ? De plus, une
telle proposition ne peut susciter que l’opposition de tous les pays dont les
entreprises réussirent grâce aux prestations de services réalisés dans d’autres
États membres. De son côté, la Confédération européenne des syndicats a exprimé sa
position dans son programme
d’action 2015-2020 (point 312) : il s’agit d’assurer tout d’abord une bonne
application de la directive « exécution », avant d’envisager la révision de la
directive « détachement » qui pourrait alors comprendre le principe d’un
« traitement égal pour un travail égal » ce qui va au-delà de la formule du
« salaire égal, travail égal ». La Commission disposera prochainement d’un rapport
qu’elle a commandé sur les modes de détermination des salaires dans les pays de
l’Union et la notion de salaire minimum au sens de la directive 96/71. Ce document
va nourrir la réflexion de la Commission qui entend présenter des mesures (un
« paquet mobilité ») avant la fin de l’année. Les discussions ne font que commencer,
et elles seront âpres.
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1. Union
européenne
Législation
- Information et consultation pour les gens
de mer : la directive
n° 2015/1794 du 6 octobre 2015 qui permet d’appliquer le droit commun de
l’information et de la consultation aux gens de mer est parue au Journal
officiel de l’UE. Elle modifie cinq directives qui excluaient les gens de mer
des droits à information et à consultation, ou bien permettaient aux États
membres d’y déroger. Un point intéressant et qui pourrait être évoqué à
l’occasion d’une éventuelle révision de la directive 2009/38 sur les CE
européens, qui leur est désormais applicable, est l’ajout à l’article 10,
paragraphe 3 de la directive, de permettre en cas d’impossibilité d’un membre
du groupe spécial de négociation ou du CE européen de participer à une réunion
de l’instance, « d’utiliser, le cas échéant, les nouvelles technologies de
l’information et de la communication » pour permettre sa participation.
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Actualité
sociale
- Égalité de salaire entre les femmes et les
hommes : le Parlement européen a adopté, le 8 octobre, à
une très large majorité, une résolution
pour renforcer l’application de la directive
2006/54 du 5 juillet 2006 (refonte) sur l’égalité des chances et de
traitement entre hommes et femmes en matière d’emploi et de travail. Selon la
résolution, la directive est encore mal appliquée, seuls la France et les
Pays-Bas l’ayant transposé correctement. Les députés européens proposent
plusieurs initiatives comme 1° rendre obligatoire « des audits salariaux pour
les entreprises (…), à l’exception des petites et moyennes entreprises, visant
à mettre en exergue l’écart de rémunération » ; 2° instaurer des sanctions
contre les entreprises qui n’assument pas leurs responsabilités en matière
d’égalité afin de les exclure de leur participation aux marchés publics financés
à partir du budget de l’Union. Les États membres devant prendre des mesures
similaires au niveau national.
- Volet social de la zone
euro : la présidence luxembourgeoise de l’UE a organisé
une réunion informelle des ministres de l’Emploi et des Affaires sociales de la
zone euro, le 5 octobre, à Luxembourg, pour évaluer l’intérêt de tenir une telle
réunion dans le cadre de l’approfondissement de la gouvernance de l’Union
économique et monétaire. Il s’agit de débattre « sur les défis spécifiques
auxquels sont confrontés les États membres partageant une même monnaie »,
explique Nicolas Schmit, le ministre du Travail luxembourgeois (v. communiqué).
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2. États
membres
Bulgarie
- Crise dans le patronat de
l’électricité : deux producteurs d’électricité
appartenant à des sociétés américaines ont décidé de quitter la Confédération
des employeurs et des industriels bulgares (CEIBG) après avoir adopté une
déclaration avec d’autre entreprises privées du secteur accusant quatre
organisations patronales dont la CEIBG de promouvoir une « feuille de route » (en bulgare)
pour le secteur de l’énergie qui va à l’encontre des principes du marché en
prônant des nationalisations afin de défendre des intérêts nationaux, ce qui
porte atteinte aux investissements.
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Italie
Fusion syndicale dans le secteur
bancaire : les fédérations syndicales du secteur bancaire
FIBA-CISL et DIRCREDITO ont fusionné, le 15 octobre, pour donner naissance à plus
importante organisation syndicale du secteur, FIRST-CISL (affiliée à la
confédération CISL), qui pourra négocier pour toutes les catégories de salariés du
secteur (v. communiqué).
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République
thèque
- Pas de retour de la participation au sein
des conseils de surveillance : le gouvernement n’a pas
soutenu une proposition de loi visant à rétablir la participation obligatoire
des travailleurs au conseil de surveillance des sociétés par actions de plus de
50 salariés, qui avait été abolie au 1er janvier 2014. Le
gouvernement a pris une position neutre sur ce texte en raison de l’absence
d’évaluation des effets sur les travailleurs de l’abolition de la précédente
législation. Quant aux employeurs, ils sont opposés au rétablissement en raison
d’expériences négatives avec des représentants des salariés siégeant dans les
conseils de surveillance. La décision d’examiner ce texte dépend désormais du
Parlement.
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3.
Entreprises
CE
européen
- ArcelorMittal : les
syndicats kazakhs et ukrainiens du groupe sidérurgique ArcelorMittal ont demandé
au P-DG du groupe, Lakshmi Mittal, d’autoriser leurs représentants à siéger au
CE européen d’ArcelorMittal, au moins en tant qu’observateurs. Une initiative
soutenue par Jean-Luc Ruffin (CGT), le secrétaire du CE européen (v. communiqué
d’IndustriAll).
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Société
européenne
- Airbus Group SE : un
groupe de travail a été mis en place, le 25 septembre, pour réfléchir sur les
moyens à mettre en œuvre afin d’assurer une participation des salariés des pays
européens non représentés au comité
d’entreprise d’Airbus Group SE. Actuellement une dizaine de pays dans
lesquels Airbus SE a des effectifs, ne sont pas représentés au sein du comité de
la SE, du fait d’un nombre de salariés inférieur au seuil d’effectifs retenu
dans l’accord pour assurer un siège au sein du comité. L’objectif est de trouver
des modalités de les associer aux travaux du comité.
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Syndicalisme
- SKF : le réseau syndical
mondial formé par IndustriAll Global Union au sein du groupe suédois SKF (50 000
salariés) s’est réuni à Francfort (Allemagne), pour sa réunion annuelle, du
29 septembre au 1er octobre pour examiner « la possibilité d’intensifier » la
coopération entre les syndicats (v. communiqué).
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4. Études et
rapports
Portrait des comités d’entreprise
européens : l’Institut syndical européen a publié un ouvrage
(European
Works Councils and SE Works Councils in 2015) fort utile qui dresse le
portrait des CE européens, près de 20 ans après l’entrée en vigueur de la directive.
L’ouvrage, illustré par des infographies, est indispensable à la fois pour les
acteurs, dans une perspective de benchmark, et dans le cadre du travail d’évaluation
en cours de la directive 2009/38 qui pourrait conduire à une révision du texte.
- Rapport d’évaluation de la directive
2009/38 sur le CE européen : l’Institut syndical
européen apporte aussi sa pierre à ce processus d’évaluation avec un autre
ouvrage (« Variations
on a theme ? The implemntation of the EWC recast directive »), plus
érudit, coordonné par Romuald Jagodzninski avec les contributions d’éminents
universitaires (Jan Cremers, Filip Dorssemont, Sylvaine Laulom et Pascale
Lorber). Il apporte une vision critique de la transposition de la directive
2009/38 et enjoint à la Commission européenne à la faire appliquer correctement.
- Situation sociale et négociation
collective en Grèce : la Fondation Friedrich Ebert livre
une excellente étude sur
l’effondrement de la négociation collective en Grèce suite à l’application des
recommandations de la Troïka : 19 accords de branche ou couvrant une profession
ont été signés en 2015, contre 63 en 2011 et plus de 150 par an depuis le début
des années 2000 ; 70% des accords conclus dans les entreprises entre fin 2011 et
fin 2013 l’ont été avec des représentants des salariés non syndiqués. L’auteur,
Torsten Schulten, qui évoque les projets en cours pour restaurer un système de
négociation collective, montre que l’issue dépendra beaucoup du rapport de force
entre les représentants des créanciers et l’Organisation internationale du
travail qui doit épauler le gouvernement grec. Pour l’auteur, l’enjeu dépasse la
seule problématique nationale. De son côté la commission emploi et affaires
sociales du Parlement européen a débattu d’un rapport
sur l’impact social du nouveau programme d’assistance à la Grèce (en
anglais), qui juge plutôt positivement les réformes économiques et sociales
prévues par ce programme. Elles devraient conduire à la Grèce sur le chemin de
la croissance et de la stabilité financière, d’une façon socialement et
financièrement soutenable, à condition que les efforts demandés soient partagés
équitablement.
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