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IR Notes 57 – 29 juin 2016
www.irshare.eu
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Qui est IR Share ?
IR Share est une
agence de partage d’informations, de documentations et de compétences
pour les managers RH et les représentants du personnel. L’agence IR
Share opère via des publications en ligne, des groupes de travail, des
formations consacrées à ces thématiques et un réseau d’experts.
L’équipe :
ce numéro a été préparé par Sylvain Nadalet, Märt
Masso et Frédéric Turlan. Retrouver l’ensemble de l’équipe
de IR Share sur le site.
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Notes en quelques clics sur le site
IR Share ou par E-mail.
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Interview
Morgan Sweeney, Maître de conférences à l’Université Paris Dauphine
Pourquoi les organisations
syndicales sont-elles opposées à la réforme du droit du travail
proposée par le gouvernement ? Une partie des organisations syndicales et
les organisations de la jeunesse sont en effet opposées à ce projet
de réforme. La principale pierre d’achoppement est l’inversion de la
hiérarchie des normes. Le projet de loi annonce une réforme de
grande ampleur qui vise à faire primer l’accord d’entreprise sur les
accords de branche voire la loi quand celle-ci le prévoit. Cette
inversion est déjà prévue dans le projet, à titre expérimental, pour
la législation sur le temps de travail. Elle consacre ainsi une
décentralisation de la négociation collective. De plus, le rôle de
la loi change : au lieu de fixer des standards minima qui ne peuvent
être qu’améliorés par des accords de branche ou d’entreprise, elle
contient peu de garanties et se contente de définir ce qu’est le
temps de travail. Elle permet aux accords de branche ou d’entreprise
de déroger. Il sera par exemple possible de remettre en cause la
durée hebdomadaire légale de 35 heures en instituant une modulation
du temps de travail qui aura pour effet de neutraliser le paiement
des heures supplémentaires. Un autre sujet de friction – mais le
projet est long et en contient beaucoup – est la nouvelle définition
du licenciement économique. Elle reprend certes l’acquis de la
jurisprudence qui permet de procéder à des licenciements en vue de
sauvegarder la compétitivité de l’entreprise, mais elle étend cette
définition en instituant des critères permettant de justifier des
licenciements économiques fondés sur une baisse du chiffre
d’affaires ou de rentabilité sur une certaine période. Il s’agit de
flexibiliser les motifs économiques pour faciliter la justification
des licenciements.
Si le risque vient du renversement
de la hiérarchie des normes en privilégiant les accords
d’entreprise, pourquoi une grande confédération comme la CFDT
peut-elle être favorable ? La CFDT est d’une part favorable à ce projet
car il reprend l’une de ces revendications – également partagée par
la CGT – de sécuriser les parcours professionnels via un nouveau
dispositif : le compte personnel d’activité (CPA). Ce dispositif
prend en compte que les carrières ne se font plus de façon
rectiligne chez le même employeur, mais qu’un salarié change
plusieurs fois de poste et d’employeur pendant sa vie active. Or à
chaque rupture du contrat de travail, les salariés perdent des
droits, comme des droits à la formation, qui leur seraient très
utiles à mobiliser lorsqu’ils traversent une période de chômage. Le
CPA vise donc à rassembler sur un même compte, l’ensemble des droits
qui sont attachés à l’individu et transférables d’un employeur à
l’autre ou utilisable en période chômage. Mais le fonctionnement et
le contenu du CPA restent encore à inventer. La loi est relativement
peu précise sur son fonctionnement. D’autre part, la CFDT n’a pas
d’opposition de principe à l’inversement de la hiérarchie des
normes, contrairement à la CGT ou à FO qui demande le maintien du
principe de faveur : une norme inférieure ne peut qu’améliorer le
contenu d’une norme supérieure. La CFDT estime que la
représentativité des syndicats a été renforcée avec la réforme de
2008, celle-ci prévoyant l’entrée en vigueur d’un accord collectif
contenant des dérogations lorsqu’il est signé par des syndicats
représentant au moins 50 % des votes des salariés aux dernières
élections professionnelles. Pour la CFDT, cette décentralisation de
la négociation collective donne une légitimité aux acteurs les plus
proches du lieu de travail – les délégués syndicaux du site – et est
plus démocratique puisque l’on se rapproche plus de ceux à qui on va
appliquer la norme. Peu importe alors que l’accord d’entreprise soit
plus ou moins favorable que l’accord de branche, puisqu’il est
conclu par les représentants directs des salariés. De leur côté la
CGT et FO dénoncent le fait qu’une décentralisation au niveau de
l’entreprise peut conduire l’employeur à exercer une pression sur
les représentants syndicaux et/ou sur le personnel sous la forme
d’un chantage à l’emploi : soit vous signez, soit le site ferme ou
la production sera délocalisé.
Comment expliquer que le
gouvernement vienne à interdire des manifestations organisées
par les centrales syndicales ? Depuis les années 1970, les syndicats
mettent en place un « service d’ordre » lorsqu’ils organisent des
manifestations. L’objectif est de protéger la tête du cortège. Mais
son rôle n’est pas de garantir l’ordre tout le long de la
manifestation. Ce rôle incombe aux forces de police. Le fait que des
groupes de casseurs s’interposent entre la tête du cortège et les
forces de l’ordre est plutôt une nouveauté. La police peine à gérer
cette situation provoquée par des personnes très mobiles et tend à
en rendre responsables les syndicats qui organisent la
manifestation. Après plusieurs débordements violents, le
gouvernement en est venu à interdire une manifestation avant de
trouver un compromis de dernière minute avec les organisateurs pour
organiser un défilé sur un parcours réduit et plus facile à
sécuriser pour les forces de l’ordre. Cette interdiction relève d’un
certain autoritarisme du gouvernement qui se retrouve aussi dans la
façon dont ce projet de loi a été élaboré notamment sans respecter
la loi qui prévoit d’inviter les partenaires sociaux à négocier sur
le sujet proposé par le gouvernement avant de présenter un projet de
loi. Et le texte en lui-même relève de cette même logique
autoritaire en multipliant les cas où l’employeur peut imposer une
organisation du temps de travail, comme une modulation du temps de
travail, par une décision unilatérale, sans passer par un accord
collectif comme le prévoit actuellement le Code du travail.
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Agenda
30
juin Paris Rendez-Vous
de l’Observatoire social international sur le thème « Quel pilotage
mondial des politiques sociales dans les entreprises ? », avec les
témoignages de Dominique Bailly (La Poste), Bertrand Ballarin
(Michelin), Jean-Luc Delenne (Carrefour) et Pierre Habbard
(Tuac). Contact : andrea.ribeiro@engie.com Tél.
: + 33 (0)1 44 22 22 75.
4 juillet
Paris
Réunion du Club CE européens animée par l’association Astrees et IR
Share sur la conflictualité dans les CE européens, avec la participation
de Filip Dorssemont (Université catholique de Louvain). Tél. : + 33 (0)6
81 41 53 95.
6
octobre Paris Réunion du
Club CE européens animée par l’association Astrees et IR Share sur le
thème «Un socle européen des droits sociau?» afin de préparer une
contribution à la consultation lancée par la Commission
européenne. Tél. : + 33 (0)6 81 41 53 95.
17 novembre Bruxelles Conférence
conjointe organisée par Eurofound et la commission emploi et affaires
sociales du Parlement européen, sur le thème «L’évolution des conditions
de travail en Europe: aller vers un travail meilleur ». Seront présentés
les résultats de la sixième enquête européenne sur les conditions de
travail.
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IR Notes est une lettre
diffusée tous les 15 jours, disponible en plusieurs langues européennes et
réalisée par IR Share
et son réseau d’experts. Elle propose une veille européenne sur le droit du
travail, les relations sociales et la politique de l’emploi. Elle est en vente
sur abonnement pour un montant de 15 euros HT par mois sur le site. IR Share. IR Share est une
entreprise à capitaux privés, indépendante et apolitique, dont l’objectif est
d’informer et d’aider l’ensemble des acteurs du dialogue social en Europe et
au-delà. Elle est le correspondant de la Fondation de Dublin, pour la France et
le Luxembourg, depuis 2009, et pour la Bulgarie depuis 2014.
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À la Une
Juin 2016 :
Jo Cox et l’Europe assassinées
« Si les pays européens parvenaient à s’unir, leurs 300 à 400 millions d’habitants
connaîtraient, par le fruit d’un commun héritage, une prospérité, une gloire, un
bonheur qu’aucune borne, qu’aucune frontière ne limiterait. Il nous faut ériger
quelque chose comme les Etats-Unis d’Europe ». Voici ce que déclarait Winston
Churchill en septembre 1946. Près de 70 ans après, c’est un autre Premier ministre
britannique qui assassine l’Europe. David Cameron restera dans l’histoire comme le
fossoyeur d’une Union européenne qui maintenant peinera à survivre aux assauts des
forces obscures revenant du passé. Celles qui ont fauché Jo Cox qui incarnait tous
les torts aux yeux des extrémistes : être une jeune femme brillante, courageuse et
politiquement à gauche, préférant un Royaume-Uni ouvert sur le monde et accueillant
avec les réfugiés, plutôt que le repli national et identitaire. Jouer l’avenir avec
des dés pipés, comme l’a fait David Cameron, ne relève pas de politique, mais d’une
bêtise abyssale. Certes, l’Union n’est pas idéale. C’est peut-être « le pire des
systèmes », pour pasticher la formule de Winston Churchill, mais « à l’exclusion de
tous les autres ». Avancer l’idée qu’un Etat membre puisse marcher seul vers la
prospérité et relever tous les défis de la crise des migrants à la transition
énergétique est une supercherie. Les promoteurs de ce tête-à-queue de l’histoire
porteront une lourde responsabilité, d’autant plus que les victimes seront les
Britanniques eux-mêmes et en particulier les laissés pour compte de la globalisation
qui ont massivement voté pour la sortie. Les travailleurs britanniques seront les
premiers perdants. Le prochain gouvernement pourra balayer les diverses mesures
sociales adoptées grâce à l’Union : supprimer ce droit à l’information et à la
consultation qui n’a jamais réussi à se faire accepter ; flexibiliser le temps de
travail sans limite sans avoir à se soucier d’obtenir une dérogation à la directive
européenne ; supprimer l’inutile repos de 11 heures entre deux journées de travail ;
revenir sur les généreuses quatre semaines de congés payés annuel imposées par le
droit de l’Union… Les conservateurs britanniques, après avoir quasiment liquidé le
droit de grève, pourront ainsi créer un « paradis social » aux portes de l’Europe.
Dans les entreprises transnationales, plus rien n’empêchera de sortir les délégués
britanniques des comités d’entreprise européens, au moment où les syndicats
britanniques commençaient sérieusement à s’intéresser à cette instance et même au
recours à l’expertise. Ainsi les délégations anglaises pourront rester sur le banc
de touche et voir les autres représentants des salariés européens continuer à être
informé et consulté sans qu’eux-mêmes puissent accéder à la moindre information ni
au niveau transnational ni au niveau national. La seule lueur d’espoir serait que
des dirigeants européens charismatiques refondent une Union européenne visant enfin
un convergence fiscale et sociale capable de consolider une économie sociale de
marché. Reste à trouver les leaders charismatiques…
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1. Union
européenne
Actualité
sociale
Premiers échanges sur la directive
relative aux agents chimiques cancérigènes : la
Commission a proposé, le 13 mai, de modifier la directive n° 2004/37 sur les agents
cancérigènes et mutagènes en vue de limiter l’exposition à 13 de ces agents sur le
lieu de travail au lieu de trois actuellement (v. IR
Notes 54). Mais lors des discussions au sein du Conseil, le 7 juin (v. Rapport
du Conseil), plusieurs Etats membres ont estimé que les valeurs retenues par la
Commission définissant un niveau maximal de concentration d’un agent cancérigène
dans l’air ambiant sur le lieu de travail, étaient trop élevées et insuffisamment
protectrices des salariés. La commission emploi et affaires sociale du Parlement
européen a désigné, le 2 juin, la députée sociale-démocrate suédoise Marita Ulvskog,
comme rapporteuse pour cette proposition pour laquelle le lobbying va être
intense. > Pour aller plus loin : les documents présentés par la Commission
(en anglais) : la proposition
de directive, l’annexe
sur les limites d’exposition, l’étude
d’impact, et un document de travail de l’Institut syndical européen
(gratuit, « Cancer
risks in the workplace: better regulation, stronger protection »,
en anglais).
- Egalité des sexes : le
Conseil a adopté, le 16 juin, des conclusions
sur l’égalité des sexes, qui n’ont pas de valeur contraignante mais qui
indiquent la voie à suivre aux Etats membres et à la Commission européenne.
« D’importantes inégalités entre les sexes demeurent, souligne le Conseil, dans
les domaines de l’emploi, de l’activité non salariée, du travail à temps
partiel, de l’entreprenariat et de la prise de décision, mais aussi en ce qui
concerne la rémunération et les pensions ». Le Conseil appelle la Commission « à
mettre en œuvre sans délai les mesures présentées dans son Engagement
stratégique en faveur de l’égalité des sexes (2016-2019), en respectant
les échéances qui y sont fixées » et « à présenter de nouvelles initiatives pour
relever les défis auxquels doivent répondre les parents et aidants proches qui
travaillent » ou encore pour « réduire les inégalités entres les hommes et les
femmes en matière d’emploi, de salaire, de rémunération et de retraite ».
- Egalité de traitement à l’égard des
personnes LGBTI: le Conseil a adopté, le 16 juin, des conclusions
sur l’égalité de traitement à l’égard des personnes LGBTI (les personnes
homosexuelles, bisexuelles, transgenres ou intersexes). Le texte invite la
Commission européenne à promouvoir les mesures figurant dans sa liste
de mesures permettant de faire progresser l’égalité de traitement à l’égard
des personnes LGBTI, « dans le plein respect des identités nationales et
des traditions constitutionnelles ainsi que des compétences des États membres
dans le domaine du droit de la famille (…) ». À notre sens, le recours au
concept d’identité national est une façon d’introduire des différences
d’appréciation selon les Etats membres dans l’application de droits
fondamentaux, ce qui ne peut que les affaiblir.
- Salaire minimum dans le transport routier
: la Commission européenne a décidé, le 16 juin,
d’entamer des procédures d’infraction à la législation de l’Union, à l’encontre
de la France et de l’Allemagne en raison des conséquences qu’entraîne
l’application au secteur des transports routiers de leurs législations sur le
salaire minimum. La Commission européenne considère que l’application
systématique de ces législations par la France et l’Allemagne à toutes les
opérations de transport qui touchent leurs territoires respectifs restreint de
manière disproportionnée la libre prestation des services et la libre
circulation des marchandises (v. communiqué
de la Commission). De son côté l’organisation international des employeurs du
secteur du transport, l’IRU, a fermement demandé à la France un moratoire sur
l’application de législation sur le salaire minimum qui doit entrer en vigueur
au 1er juillet prochain (v. communiqué).
> Voir aussi l’article
comparatif publié par Eurofound en juin 2015 et actualisé.
- Minerais provenant de zones de conflit:
un accord politique a été conclu, le 16 juin, entre les
députés européens, le Conseil et la Commission européenne, rendant obligatoires
les « contrôles de diligence raisonnable », menées selon le guide
de l’OCDE sur le devoir de diligence, pour les importateurs d’étain, de
tungstène, de tantale et d’or et de leurs minerais provenant de zones de conflit
ou à haut risque. La Commission et le Conseil avaient initialement proposé de
simples contrôles volontaires. Les députés européens ont obtenu que ces
contrôles soient obligatoires. Le texte devrait être définitivement finalisé
d’ici la fin de l’année (v. communiqué
du Parlement et celui
de la Commission).
- Perturbateur
endocriniens : la Commission européenne a présenté, le
15 juin, des critères qui permettront d’identifier les perturbateurs
endocriniens, ces substances qui dérèglent le système hormonal (v. communiqué de
presse de la Commission). L’Institut syndical européen propose une analyse
critique des propositions de la Commission relayant des inquiétudes de
plusieurs ONG.
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Dialogue
social
- Rôle du dialogue social pour favoriser la
croissance et l’emploi : l’organisation patronale
BusinessEurope a appelé, le 14 juin, les partenaires sociaux européens à
soutenir les réformes et la croissance pour sécuriser le modèle social européen
(v. communiqué),
en citant les expériences positives de l’Irlande, de l’Espagne et du Portugal
ainsi que les récents accords conclus en Finlande et en France. L’organisation
appuie la création des « conseils nationaux de la productivité » décidés par le
Conseil, alors que la Confédération européenne des syndicats s’y oppose (v. communiqué).
Par ailleurs, le Conseil Emploi et Affaires sociales du 16 juin adopté des conclusions
sur la relance du dialogue social. Le Conseil estime que les « principes
visant à mieux légiférer devraient être appliqués sans préjudice du rôle et de
l’autonomie que le TFUE leur confère ». Ainsi, « la transparence, la
constitution d’une base de connaissances et le respect des principes généraux de
l’Union que sont les principes de subsidiarité et de proportionnalité devraient
être assurés ».
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2. États
membres
Allemagne
Projet de loi sur le travail intérimaire et les
contrats d’entreprise : le gouvernement a adopté, le
1er juin, un projet
de loi sur la lutte contre les abus dans le travail temporaire (Leiharbeit)
et le recours aux contrats d’entreprise (Werkvertrag). Concernant le travail
intérimaire, le texte obligera les employeurs à rémunérer les intérimaires aux mêmes
conditions que les salariés de l’entreprise utilisatrice après un délai de neuf
mois. Cependant, le texte laisse une flexibilité aux partenaires sociaux au niveau
des branches. Ils pourront arriver plus rapidement à l’égalité salariale, comme le
prévoient déjà certaines conventions collectives. Mais ils pourront aussi prévoir
d’adapter les salaires plus progressivement en fixant une rémunération plus élevée
dès la sixième semaine de recours à l’intérim pour rattraper l’égalité de traitement
dans un délai de quinze mois au lieu de neuf. Par ailleurs, au-delà de 18 mois, un
intérimaire devra être embauché par l’entreprise utilisatrice avec un contrat de
travail permanent. Cependant, là encore, des dérogations sont prévues pour permettre
d’aller au-delà de 18 mois par accord de branche ou d’entreprise. Sur ces deux
points, le projet fixe des « standards minima », précise Andrea Nahles, la ministre
fédérale du Travail, l’objectif est d’inviter les partenaires sociaux à négocier sur
l’emploi des intérimaires plus que d’imposer des règles fixes. Concernant le recours
frauduleux au contrat d’entreprise, le projet de loi accorde notamment un droit
d’information au comité d’entreprise sur les personnes travaillant sur un même site
et sous quelles formes contractuelles elles effectuent leur travail. Il Introduit
également dans le Code civil une définition de ce qu’est un salarié « et de qui ne
l’est pas, explique la ministre, afin de tracer une frontière claire entre le
salariat et le travail indépendant » (v. communiqué
du ministère).
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Estonie
Vers un assouplissement de la législation sur
le temps de travail : le gouvernement a proposé en mars
dernier de revoir la législation sur le contrat de travail avec les partenaires
sociaux à propos des temps de garde. Actuellement, une disposition qui empêcherai
les salariés qui effectuent des astreintes de prendre leur période de repos
quotidien ou hebdomadaire est considérée comme nulle. Or, pour faire face à des
pénuries de main-d’œuvre dans le secteur de la santé et celui des technologies de
l’information et de la communication (TIC), le gouvernement envisage des dérogations
à cette règle. En parallèle, des négociations salariales ont lieu dans le secteur
médical qui buttent aussi sur la question du temps de travail, au point qu’une
action collective a été observée, le 31 mai, dans ce secteur où les salariés sont
venus au travail avec leur oreiller.
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Italie
- Jurisprudence contradictoire sur
l’obligation « de repêchage » : la jurisprudence
italienne impose à l’employeur une obligation « de repêchage » en cas de
licenciement économique d’un salarié. Le licenciement devant être une mesure de
dernier recours, l’employeur doit avant de licencier, rechercher de reclasser le
salarié sur des postes vacants au sein de l’entreprise. Si le non-respect de
l’obligation est désormais sanctionné légalement, par le versement d’une
indemnité (et non plus une réintégration) pour les salariés embauchés depuis le
7 mars 2015, la Cour de cassation a adopté des décisions contradictoires sur la
charge de la preuve. Traditionnellement, il incombait au salarié de présenter
au juge les postes qui, selon lui, auraient dû lui être proposés pour éviter le
licenciement. Ensuite, il appartenait à l’employeur de prouver que le salarié ne
pouvait être recruté sur ce poste. Un arrêt récent de la Cour de cassation (n.
5592/2016) a opéré un revirement, en établissant qu’il appartenait
désormais à l’employeur de prouver qu’il avait correctement envisagé son
obligation de repêchage, sans que le salarié n’avait rien à démontrer. Un mois
plus tard, la Cour de cassation vient de revenir à son orientation originale par
un arrêt n° 9467/2016.
Ce même arrêt semble aussi rétablir la jurisprudence antérieure sur un autre
point : le repêchage doit se faire sur un poste comparable au précédent et non
pas, comme le suggérait un arrêt précédent (n° 4509/2016)
sur des postes de qualifications inférieures ce qui élargirait considérablement
l’étendue de l’obligation de l’employeur. Avec autant de revirements en si peu
de temps, il est attendu que les juridictions inférieures ne proposeront pas de
positions homogènes, laissant ainsi une insécurité juridique perdurer.
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3.
Entreprises
Comités
d’entreprise européens
- Arctic Paper SA : la
direction du groupe papetier d’origine suédoise, mais dont le siège est situé à
Poznan, en Pologne, a signé, le 1er juin, un accord pour mettre en place un
comité d’entreprise européen. Arctic Paper SA emploie environ 1 650 personnes
dans l’Union. Le comité d’entreprise européen comptera sept membres avec « la
volonté qu’au moins deux membres soient des femmes », ce qui est une
préconisation explicite et rarissime dans les accords de CE européen. Par
ailleurs, sur ces sept membres, trois seront suédois et trois autres polonais,
le dernier représentant tous les bureaux de vente. Le comité dispose d’un budget
de 25 000 euros par an.
- Aviapartner : une centaine
de militants syndicaux ont protesté, le 14 juin, à l’appel de la Fédération
européenne des travailleurs des transports (ETF) devant les locaux de la société
Aviapartner, à Brussels Airport. Aviapartner est une société de manutention
aéroportuaire basée à Bruxelles et présente dans 40 aéroports. Elle emploie
environ 8 000 salariés. Les syndicalistes ont dénoncé « le manque de dialogue
social au sein l’entreprise » et en particulier au sein du comité d’entreprise
européen (v. communiqué
de l’ETF).
- Safran : Le comité
d’entreprise européen de Safran a adopté, le 21 juin, une déclaration pour
déplorer l’absence d’information des représentants des salariés européens à
propos de la vente de filiale du groupe spécialisée dans la sécurité, Morpho,
qui compte plus de 8 000 salariés. La direction « n’a toujours pas réuni et
informé les instances représentatives du personnel tant nationales
qu’européennes sur le sujet, malgré leurs incessantes sollicitations ». Ce qui
est en contradiction avec « le discours de la direction du groupe qui dit
vouloir favoriser le dialogue social vis-à-vis des organisations syndicales
européennes et mondiales ». Face à cette situation, le comité « prendra toutes
ses responsabilités et utilisera tous les moyens nécessaires, afin de faire la
clarté sur ce dossier et pour que l’instance européenne soit respectée, informée
et consultée comme l’impose la directive européenne de 2009 ».
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Société
européenne
- Airbus Group SE : le
comité d’entreprise européen du groupe Airbus SE a adopté une déclaration,
le 14 juin, à Toulouse, pour prévenir « l’électorat britannique des risques
courus par les salariés britanniques d’Airbus en termes de sécurité de l’emploi
et de développement si le Royaume-Uni vote en faveur du Brexit ». Les
signataires, le président du comité, Marc Ambiaux (FO Métaux), et le
vice-président, Thomas Busch (IG Metall), estiment qu’un « résultat pro-Brexit
lors du prochain référendum représenterait un risque majeur pour le groupe
Airbus et pour la stabilité et le développement de l’emploi industriel au
Royaume-Uni ».
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4. Études et
rapports
La spirale vers le bas de l’Europe
sociale : il est toujours difficile de critiquer le
fonctionnement actuel de l’Union européenne sans risquer de la fragiliser.
Cependant, certains constats lucides sont bons à entendre, surtout en ce moment où
de nombreux chefs d’Etat et de gouvernement appelle l’Union européenne à un sursaut
pour revenir au contact de la population. Alors analyser comment les dernières
années de la construction européenne ont abouti à fragiliser l’Europe sociale est
forcément une activité utile. Cet ouvrage collectif qui dresse un état des lieux de
l’Europe sociale et de ses atteintes, éclaire les diverses conséquences sociales de
la gouvernance économique et des politiques de réforme mises en œuvre à l’échelle
nationale dans les champs de la protection sociale et du droit du travail. Il montre
que la crise et sa gestion par les Vingt-huit ont contribué à accroître
l’hétérogénéité économique, politique et culturelle et les inégalités entre des
Etats membres de l’UE et en leur sein, ce qui porte atteinte à la légitimité même du
projet européen dans son ensemble. La montée des nationalismes, de
l’euroscepticisme, le Brexit ne sont que des avatars de cet échec
collectif. « Social
Europe: A Dead End, What the eurozone crisis is doing to Europe’s social
dimension », par Arnaud Lechevalier & Jan Wielgohs.
- Coûts horaires de la
main-d’œuvre : selon une estimation
d’Eurostat, les coûts horaires de la main-d’œuvre ont augmenté de 1,7% tant dans
l’UE que dans la zone euro au premier trimestre 2016, par rapport au même
trimestre de l’année précédente. Au quatrième trimestre 2015, ces coûts avaient
progressé respectivement de 2% et 1,3%.
- Lente augmentation de l’emploi :
le nombre de personnes ayant un emploi a augmenté de 0,3%
tant dans l’UE que dans la zone euro au premier trimestre 2016 par rapport au
trimestre précédent, selon des estimations
d’Eurostat. Au quatrième trimestre 2015, l’emploi avait progressé de 0,4% dans
l’UE et de 0,3% dans la zone euro. Sur un an, l’emploi a progressé de 1,4% dans
les deux zones.
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