La double transition, numérique et écologique, constitue l’une des priorités de l’Union européenne. Dans le secteur de la construction, cette transformation représente à la fois un défi et une opportunité pour adapter les bâtiments, les emplois et les compétences aux objectifs européens.
La directive sur la performance énergétique des bâtiments (Energy Performance of Buildings Directive) demande notamment aux États membres de prendre des mesures pour réduire la consommation moyenne d’énergie primaire des bâtiments résidentiels de 16 % d’ici 2030 et de 20 à 22 % d’ici 2035. Dans ce contexte, Eurofound a publié l’étude Building on growth potential: Preparing the construction sector for the twin transitions, consacrée à la manière dont les transitions numérique et écologique transforment le secteur de la construction. La contribution d’IR Share en tant que correspondant national a permis d’enrichir cette analyse et de contribuer à la comparaison avec les autres pays européens participant à l’étude.
Des besoins croissants en compétences
L’étude met en évidence plusieurs défis pour le secteur, notamment la nécessité de mieux former les travailleurs et de répondre aux pénuries de main-d’œuvre. La transformation du secteur nécessite en effet de nouvelles compétences. Selon l’étude, au moins 25 % des travailleurs devront renforcer ou renouveler leurs compétences au cours des deux à cinq prochaines années afin de répondre aux exigences liées aux transitions numérique et écologique.
Le dialogue social et la participation des partenaires sociaux jouent un rôle essentiel pour répondre à ces besoins. Lorsque les partenaires sociaux sont impliqués, l’accent est notamment mis sur la formation des travailleurs et sur l’adaptation des programmes de formation aux nouvelles exigences du secteur. Cependant, plusieurs obstacles limitent encore le développement d’un dialogue social efficace.
Le niveau élevé de fragmentation du secteur, ainsi que des chaînes d’approvisionnement souvent longues et complexes, peuvent notamment limiter la capacité des partenaires sociaux à travailler ensemble de manière coordonnée.
Un enjeu particulièrement important en France
Dans le contexte français, cette question est particulièrement sensible. Après l’Allemagne, la France est le pays qui accueille le plus grand nombre de travailleurs détachés. La fragmentation des chaînes d’approvisionnement peut contribuer à affaiblir le dialogue social au sein du secteur. Elle peut également compliquer la coordination entre les différents acteurs et la prise en compte de leurs besoins en matière de transitions numérique et écologique. Cette situation souligne l’importance de mécanismes permettant de mieux coordonner les entreprises, les travailleurs et leurs représentants autour des transformations à venir.
La formation au cœur de la transition
La formation constitue donc un levier incontournable pour accompagner les transformations du secteur de la construction. Plus d’un quart des travailleurs de la construction devront renforcer leurs compétences afin de répondre aux besoins liés à la numérisation et à l’adoption de méthodes de construction plus durables. Cette évolution s’accompagne notamment d’une demande croissante pour des profils tels que les installateurs de systèmes d’énergie renouvelable, les modeleurs BIM et les spécialistes du recyclage.
En France, cette évolution pourrait se traduire par la création de 170 000 à 250 000 emplois entre 2019 et 2030. La formation aux outils BIM (Building Information Modeling) constitue également un enjeu important, avec 27 000 travailleurs formés chaque année dans ce domaine. La transformation numérique présente aussi un intérêt particulier en matière de santé et de sécurité au travail. Les nouveaux outils technologiques peuvent contribuer à réduire certains risques physiques et à améliorer les conditions de travail. Ces évolutions peuvent également rendre les métiers de la construction plus attractifs pour les travailleurs.
Des marchés publics à adapter
Les marchés publics peuvent également représenter un défi pour la transition du secteur. Dans certains cas, les appels d’offres accordent une place importante au prix le plus bas, au détriment d’une prise en compte suffisante des préoccupations environnementales. Cette situation peut décourager les entreprises d’investir dans les transformations nécessaires, notamment lorsque ces investissements représentent un coût important à court terme. L’intégration de critères environnementaux dans les marchés publics peut ainsi contribuer à créer de meilleures conditions pour accompagner les entreprises dans leur transition.
Quel rôle pour le dialogue social ?
L’étude d’Eurofound montre que la réussite de la double transition dans le secteur de la construction ne dépend pas uniquement des nouvelles technologies ou des investissements. Elle repose également sur la capacité du secteur à accompagner les travailleurs dans l’évolution de leurs métiers et de leurs compétences. Le dialogue social peut jouer un rôle central dans cette transformation, en permettant d’identifier les besoins en formation, d’adapter les programmes aux évolutions du secteur et de mieux anticiper leurs conséquences sur les emplois et les conditions de travail.
Pour accompagner la double transition du secteur de la construction, plusieurs orientations apparaissent ainsi essentielles : renforcer la formation, améliorer les conditions de travail et apporter un soutien financier aux entreprises, en particulier aux petites structures qui disposent de ressources plus limitées pour investir dans l’innovation. Ces leviers peuvent contribuer à rapprocher les transformations du secteur des ambitions européennes en matière de transition numérique et énergétique, tout en veillant à ce que les travailleurs soient pleinement associés à cette évolution.
