La presse s’est fait l’écho cet été d’un dialogue social dysfonctionnel au sein de la BCE, alors que les institutions européennes prônent le dialogue social et la négociation collective. Pourquoi le dialogue social à la BCE est en crise ?
Il faut rappeler que les statuts de BCE, créés par le Traité de Maastricht, en 1991, ont été rédigés par un collège de gouverneurs de banques centrales, sans vraiment se soucier des personnes qui y travailleraient. Ce statut confère au comité des gouverneurs le pouvoir de fixer les conditions d'emploi du personnel. Ainsi, le personnel de la BCE n’est ni soumis au statut de fonctionnaire européen, ni à la législation sociale du pays où elle a son siège, en l’occurrence l’Allemagne. Concernant le dialogue social, aucune directive européenne ne s’applique évidemment, et nous avons un comité du personnel, créé par la BCE, qui est consulté sur les conditions d’emploi. Lors de son mandat, et à l’occasion d’un projet de réforme du régime de retraite de la BCE, Jean-Claude Trichet avait annoncé qu’il reconnaîtrait le syndicat IPSO lorsque nous représenterions 15% du personnel, ce qui semblait inatteignable. Mais sa réforme était si impopulaire que nous avons été reconnus représentatif. Cela souligne que le dialogue social a toujours été compliqué, mais cette fois, avec Christine Lagarde, l’actuelle gouverneure, on atteint un paroxysme ! Elle ne répond directement à aucun de nos courriers, ne nous rencontre jamais en bilatéral comme le faisait régulièrement Jean-Claude Trichet, tente de nous court-circuiter en mettant en place des « réseaux » au sein du personnel (pour les femmes, le groupe des minorités ethniques, les LGBT+), suscite des candidatures aux élections du personnel pour réduire l’influence d’IPSO et lance une réforme de la représentation du personnel qui vise essentiellement à réduire les moyens des représentants du personnel et l’influence syndicale.
La coupe est pleine ! D’autant que dans cet îlot qui n’applique aucune législation sociale européenne, le personnel est à bout. Selon un sondage interne mené par IPSO, 39% du personnel est en situation de burnout, 9% fait état de pensées suicidaires et 77% se plaignent de favoritisme dans le recrutement et les promotions.


