Une question à…
Nora Krokovay, Senior Analyst à Kopint-Tárki
À quels changements faut-il s’attendre en matière de dialogue social et de droit du travail en Hongrie à la suite des élections qui ont mis fin aux seize ans de leadership de Viktor Orban ?
L'ambiance était très euphorique et joyeuse après les élections. Il faut se féliciter du fait que la mobilisation démocratique, avec un taux de participation supérieur à 79%, peut faire tomber un gouvernement populiste. Le nouveau gouvernement dispose désormais de 137 sièges sur les 199 que compte le Parlement. Il dispose d’un important pouvoir, ce qui est la seule chance de changer ce qui a été mis en place par un pouvoir fort.
Pour l’instant, il est difficile de faire des prévisions alors que la nouvelle équipe commence à s’installer. Elle pourra opérer certaines décisions rapides, mais ensuite, il s’agit essentiellement d’opérer des changements profonds dans la société, notamment sur la manière de lutter contre la corruption. Il faudra modifier des choses qui sont ancrées très profondément dans la société depuis seize ans. C’est un système très complexe qui a été mis en place et qui s’infiltre jusqu’aux niveaux les plus bas. Les changements ne peuvent pas être décrétés, et il faudra opérer un véritable changement culturel.
Quant au dialogue social et aux relations sociales, je ne peux pas en dire grand-chose pour l’instant. Il faut reconnaitre que le paysage du dialogue social est en piteux état. Les conventions collectives sont très faibles. Il y a beaucoup de problèmes liés à la législation sociale notamment en raison de directives européennes qui n’ont pas été correctement transposées.
La situation s’est dégradée au fil des ans. Depuis longtemps, les partenaires sociaux n’ont été consultés à aucun niveau, et parfois n’ont même pas été informés. Nous sommes passés d’une simple information à une situation où ils n’étaient même plus informés, ou seulement la veille de l’adoption d’une loi. Nous sommes très curieux de voir si cela va changer.
Nous avons analysé le contenu de la plateforme électorale du parti Tisza, vainqueur des élections. Elle évoque l’érosion des droits des salariés et le fait que le dialogue est devenu formel et inexistant. En dehors de ce constat assez bref, il n’y a pas grand-chose sur la manière de changer cela ou sur l’existence d’une réelle volonté de changement.
Nous avons déjà les institutions en place qui ont certes été vidées de leur substance et discréditées. Comment inverser la tendance ? Je veux dire, les gens vont-ils commencer à donner un nouveau souffle à ces institutions ? Et maintenant qu’il y a un gouvernement prêt à dialoguer avec mes partenaires sociaux, va-t-il réellement prendre les devants et mettre en place ces discussions ? Je pense que les partenaires sociaux sont prêts, mais ils sont aussi encore dans une attitude d’attente à ce sujet. Le seul engagement que nous avons pu trouver dans le programme du parti Tisza est que le système des relations sociales sera réexaminé et amélioré. Mais honnêtement, je pense qu’il serait très, très difficile de l’aggraver !


