|
| |
IR Notes 108 – 21 novembre 2018
www.irshare.eu
|
|
|
| |
| |
Une question à…
Guillaume Balas, député européen (S&D)
Votre rapport sur la
proposition de révision du règlement sur la coordination
des régimes e sécurité sociale (Lien à
ajouter) a été adopté par la commission emploi et affaires
sociales du Parlement européen. Quelles sont les mesures les
plus importantes visant à lutter contre les abus en matière de
détachement de travailleurs ? La commission a voté un amendement important
concernant la législation de sécurité sociale applicable au
travailleur détaché. Il s’agit de responsabiliser l’organisme de
sécurité sociale de l’État membre d’affiliation du travailleur
lorsque cette institution tarde à transmettre à l’État membre
d’accueil les documents certifiant l’affiliation du travailleur à
son régime de sécurité sociale. L’amendement prévoit qu’au bout de
20 jours à compter de la date de notification d’envoi des
travailleurs, l’État membre d’origine verse en dépôt l’équivalent du
montant des cotisations sociales qui aurait dû être versées si le
travailleur avait été affilié au système de sécurité sociale du pays
d’accueil (celui où l’activité temporaire est réalisée). Avec
l’adoption de ce texte, nous avons aussi écarté un autre amendement
déposé par les conservateurs du PPE qui aurait exonéré les
travailleurs détachés pour une durée de moins d’une semaine de
l’obligation de fournir une preuve de leur affiliation à leur régime
de sécurité sociale d’origine. Enfin, pour qu’un salarié soit
détaché dans un autre État membre, nous avons prévu qu’il devra
avoir été affilié au régime de sécurité sociale de son pays
d’origine pendant au moins trois mois avant son départ, au lieu d’un
mois actuellement, afin de combattre les détachements réalisés par
des sociétés boîtes aux lettres.
|
|
|
 |
|
|
 |
| |
Qui sommes-nous ?
IR Notes est une
lettre d’information diffusée tous les 15 jours, disponible en plusieurs
langues européennes (allemand, anglais, espagnol, français, italien) et
réalisée par IR
Share et son réseau d’experts. Elle propose une
veille européenne sur le droit du travail, les relations sociales et la
politique de l’emploi. Elle est en vente sur abonnement pour un montant
de 18 euros HT par mois sur le site IR Share.
L’équipe : ce
numéro a été préparé par Predrag
Bejakovic et Frédéric
Turlan. Retrouver l’ensemble de l’équipe
de IR Share sur le site.
S’abonner à IR
Notes en quelques clics sur le site IR Share ou par E-mail : frederic.t@irshare.eu
Mentions légales.
Editeur: IR Share SARL – 5, Les Compères – 89520 Fontenoy – +33 (0)6 81
41 53 95 – capital social 1500 euros – RCS (Auxerre) : 512 567 959.
Directeur de la publication: Frédéric Turlan. Hébergeur: Ideal prod – 14
rue Auguste Morel – 89100 Sens – Tel.: + 33 (0)3 86 83 21 21 – France
|
|
|
 |
|
|
|
À la Une
La Cour de
justice tire toutes les conséquences du droit fondamental aux congés payés
La Cour de justice vient de franchir une nouvelle étape dans sa jurisprudence visant
à faire respecter le droit aux congés payés annuels de quatre semaines, prévu par la
directive 2003/88 du 4 novembre 2003. L’affaire concernait la veuve d’un salarié qui
réclamait à l’ancien employeur une indemnité pour les congés payés non pris par son
conjoint avant son décès. Selon le droit allemand, le droit aux congés payés
s’éteint lors du décès du salarié. La Cour juge que cette législation est contraire
au droit de l’UE. Mais le point le plus important est que la Cour s’appuie sur la
Charte des droits fondamentaux de l’UE pour permettre à la veuve d’obtenir gain de
cause devant le juge national. En effet, selon le droit de l’Union, dans un litige
entre particuliers, le juge national qui constate que le droit national contient une
disposition totalement en contradiction avec le droit de l’UE ne peut directement
appliquer la solution proposée par la législation européenne. Il ne peut juger
contre sa loi (contra legem). Le justiciable doit alors intenter une
nouvelle action en justice dans son pays afin de faire condamner l’État pour ne pas
avoir appliqué correctement le droit de l’Union et réclamer une indemnisation de son
préjudice. C’est cette étape que la Cour entend supprimer en invoquant l’article 31,
paragraphe 2, de la Charte, selon lequel « tout travailleur a droit à […] une
période annuelle de congés payés ». Ce droit ayant un caractère impératif et
inconditionnel, le juge national doit laisser inappliquée la réglementation
nationale contraire. De plus, les employeurs ne sauraient se prévaloir de
l’existence d’une réglementation nationale non conforme pour se soustraire au
respect du droit fondamental garanti par la Charte. Désormais, dans tous les cas où
une législation nationale contraire au droit de l’Union prive, d’une matière ou
d’une autre, un salarié (ou ses héritiers) du droit aux congés payés, le juge saisi
devra laisser cette législation contraire inappliquée. La Cour facilite ainsi
grandement le parcours des salariés privés du droit aux congés payés annuels par une
législation nationale non conforme au droit de l’Union (CJUE,
6 novembre 2018, aff. C-569/16 et C-570/16, Bauer et communiqué
de presse de la Cour).
|
1. Union
européenne
Projet
|
Jurisprudence
Prise des congés payés : la
Cour de justice a précisé la responsabilité de l’employeur pour faire en sorte que
ses salariés prennent leurs congés payés. Elle entend protéger le travailleur qui
« peut être dissuadé de faire valoir explicitement ses droits à l’égard de son
employeur » afin d’éviter des mesures de rétorsion. La Cour indique que l’employeur
ne peut « s’exonérer du respect de ses propres obligations, en prétextant qu’une
demande de congés annuels payés n’a pas été introduite par le travailleur ». Pour
autant, il ne peut être contraint « d’imposer à ses travailleurs d’exercer
effectivement leur droit à congé annuel payé », mais il doit « veiller à mettre le
travailleur en mesure d’exercer un tel droit ». S’il démontre « que c’est
délibérément et en toute connaissance de cause quant aux conséquences appelées à en
découler, que le travailleur s’est abstenu de prendre ses congés annuels payés après
avoir été mis en mesure d’exercer effectivement son droit », alors le droit de l’UE
ne s’oppose pas au fait que le travailleur perde son droit à congés payés (CJUE,
6 novembre 2018, aff. C-619/16, Kreuziger et communiqué
de la Cour).
- Fraude liée au détachement de travailleurs
: la Cour de justice a rendu un arrêt dans lequel elle
rappelle aux États qu’ils ne peuvent pas faire n’importe quoi pour tenter de
réduire les fraudes liées au détachement. La Cour condamne une réglementation
autrichienne qui va « au-delà de ce qui est nécessaire pour la réalisation des
objectifs de protection des travailleurs ainsi que de lutte contre la fraude,
notamment sociale, et de prévention des abus » (v. CJUE,
13 novembre 2018, aff. C-33/17, Čepelnik et communiqué)
|
2. États
membres
Belgique
- Échec des négociations sur la
reconnaissance de la pénibilité au travail : les
partenaires sociaux ont échoué, le 7 novembre, à trouver un accord sur le
dossier de la reconnaissance de la pénibilité pour les travailleurs du secteur
privé, dans le sillage de la réforme des retraites adoptée en 2017. Il
appartient au gouvernement de reprendre ce dossier.
|
Croatie
- Semaine de quatre jours :
une expérimentation a été remarquée par la presse qui s’est intéressée à
la dirigeante d’une petite société de conseil, Logicka Matrica, située à
Zagreb, qui a introduit dans son entreprise une semaine de travail de quatre
jours pour un salarié, pendant six mois, avant de l’étendre en cas de succès aux
autres salariés. L’objectif est de réduire la tension liée à la nécessité de
répondre à des appels d’offres et de respecter les dates limites de
dépôt.
> Pour aller plus loin : la
Commission européenne a publié le Flash
report sur le droit du travail de septembre (en anglais) qui permet un suivi
de l’actualité de chaque Etat membre en matière de législation sociale et de
jurisprudence. L’Institut syndical européen a publié la newsletter
Collective bargaining d’octobre (en anglais) avec une veille sur
les négociations collectives et conflits du travail.
|
3.
Entreprises
Comités
d’entreprise européens
Création d’un CE européen dans un groupe turc
: le groupe agroalimentaire turc Yildiz Holding (60000 salariés
dont 6163 au sein de l’UE) a signé, le 1er octobre, un accord de CE européen couvrant 11
États membres, dont le plus important est le Royaume-Uni (4 856 salariés). L’accord
permet la représentation de salariés hors UE et prévoit le maintien du CE européen,
mis en place sous le régime de la loi britannique, en cas de départ du Royaume-Uni
de l’UE.
- Maintien des
Britanniques : dans un communiqué,
le comité d’entreprise européen d’Airbus
SE se déclare opposé, à l’unanimité, à un « Hard
Brexit » et se félicite de l’engagement pris par la direction de continuer à
reconnaître des représentants syndicaux britanniques élus au comité après le
Brexit.
|
Syndicalisme
- Réunion du réseau syndical :
le réseau syndical mondial du fabricant de ciment et de matériaux de
construction HeidelbergCement
(60000 salariés) s’est réuni début novembre pour aborder plusieurs thèmes dont
le recours intensif à la sous-traitance et a demandé l’ouverture d’un dialogue
avec le CE européen et les syndicats mondiaux (v. communiqué d’IndustriAll
et de l’IBB).
- Création d’un réseau
syndical : le réseau syndical mondial Owens-Illinois (26000
salariés) s’est réuni pour la première fois, les 12 et 13 novembre, pour appeler
le groupe américain à s’engager dans un dialogue social mondial (v. déclaration
et communiqué
d’IndustriALL Global Union).
- Dialogue mondial sur la numérisation
: le réseau syndical mondial de Saint-Gobain (180000
salariés), a débattu de l’avenir du groupe et des emplois face « au projet de
Saint-Gobain de modifier très prochainement sa structure pour mieux s’adapter à
la numérisation en cours dans les industries des matériaux », précise la
fédération syndicale IndustriAll Global Union (v. communiqué).
|
|
|