|
| |
IR Notes 112 – 30 janvier 2019
www.irshare.eu
|
|
|
| |
| |
Une question à…
Alain Supiot, professeur au Collège de France
Le rapport présenté par la
commission mondiale sur l’avenir du travail (v. 4. Etudes et
rapport), à laquelle vous avez participé, est presque muet sur
la nécessité d’élaborer de nouvelles normes au sein de l’OIT,
mis à part une recommandation pour encadrer le travail de
plateforme. Ce texte est-il à la hauteur des
enjeux ? Il
doit être vu comme une étape. Alors que les représentants des
employeurs estiment déjà que ce rapport va trop loin, on peut
espérer qu’un nombre suffisant d’États reconnaît les effets
désastreux des politiques néolibérales, pour relancer l’OIT sur son
mandat originel : celui de produire des normes internationales pour
garantir les droits économiques et sociaux dans un souci de justice
sociale. Il conviendrait de commencer par affirmer les
responsabilités sociales et environnementales propres à chacun des
acteurs: États, entreprises, organisations internationales ou
régionales comme l’UE. À défaut, l’actuel régime d’irresponsabilité
généralisée conduira nécessairement à des désastres. Traiter le
monde et les États comme de vastes entreprises et leur appliquer les
recettes de la gouvernance par les nombres, à base d’objectifs
chiffrés et d’indicateurs, permet d’éviter de fixer de véritables
règles du jeu, assurant une police sociale et environnementale de la
concurrence, et organisant de véritables solidarités
internationales. De plus, il faudrait faire confiance aux vraies
entreprises pour prendre spontanément soin des hommes et de la
planète. C’est une illusion. L’expérience des deux guerres mondiales
a conduit, en 1919 comme en 1944, à prendre conscience de la
nécessité de règles du jeu, pour assurer entre les nations un
minimum de justice et de solidarité, sans lesquelles le retour de la
violence est inéluctable.
|
|
|
 |
| |
Agenda
30 et 31
janvier Bruxelles
Session plénière du Parlement européen
14 et 15
février Bruxelles
Conférence annuelle EWPCC 2019, organisée par l’Institut
syndical européen sur le thème : « Comment
faire respecter les droits des GSN, des comités européens
d’entreprise et des comités européens des SE », avec la
participation de plusieurs avocats.
26 et 27 février
Paris
Colloque organisé par la Chaire Etat social et mondialisation
du Collège de France, intitulé « Le
travail au XXIème siècle : Droit, techniques, écoumène », avec
notamment une table ronde sur le révolution numérique.
15
mars Bruxelles
Conseil Emploi et politique sociale
21
mars Paris
Les Débats d’EUROGIP sur le thème “Santé-sécurité
au travail : quels leviers en Europe pour une culture de prévention
en entreprise ?“. La conférence permettra de faire le point sur
les approches en la matière aux plans international, national et
sectoriel, sur l’accompagnement que proposent les assureurs en charge
des accidents du travail et des maladies professionnelles en Allemagne,
Autriche, Italie, France et au Danemark et sur les référentiels de
management de la santé et de la sécurité au travail.
21 et 22
mars Londres
Séminaire
germano-britannique sur les CE européens, organisé par la EWC
Academy, avec Catherine Sarah Barnard, professeur de droit du travail à
l’université de Cambridge et Stephen Redmond, président du Central
Arbitration Committee (CAC).
|
|
|
 |
| |
Qui sommes-nous ?
IR Notes est une
lettre d’information diffusée tous les 15 jours, disponible en plusieurs
langues européennes (allemand, anglais, espagnol, français, italien) et
réalisée par IR
Share et son réseau d’experts. Elle propose une
veille européenne sur le droit du travail, les relations sociales et la
politique de l’emploi. Elle est en vente sur abonnement pour un montant
de 18 euros HT par mois sur le site IR Share.
L’équipe : ce
numéro a été préparé par Frédéric
Turlan. Retrouver l’ensemble de l’équipe
de IR Share sur le site.
S’abonner à IR
Notes en quelques clics sur le site IR Share ou par E-mail : frederic.t@irshare.eu
Mentions légales.
Editeur: IR Share SARL – 5, Les Compères – 89520 Fontenoy – +33 (0)6 81
41 53 95 – capital social 1500 euros – RCS (Auxerre) : 512 567 959.
Directeur de la publication: Frédéric Turlan. Hébergeur: Ideal prod – 14
rue Auguste Morel – 89100 Sens – Tel.: + 33 (0)3 86 83 21 21 – France
|
|
|
 |
|
|
|
À la Une
Un congé
paternité de dix jours pour tous les Européens, d’ici trois ans
Voici un des apports tangibles de l’accord intervenu, le 24 janvier, entre la
Commission européenne, le Conseil et le Parlement européens, en vue d’adopter la proposition
de directive relative à l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée des
parents et aidants. Cette proposition (v. IR
Notes n° 75) doit encore être adoptée formellement par le Conseil et le
Parlement, avant d’être publié au JOUE, au printemps prochain. Les États auront
alors trois ans pour transposer la directive. Le congé paternité, qui n’existe pas
dans l’actuelle législation de l’UE, devra être rémunéré, non pas à hauteur du
salaire normal, mais au minimum au niveau de ce que perçoit le salarié lorsqu’il est
en arrêt maladie. Parmi les autres apports : 1° un aménagement de l’actuel congé
parental qui reste fixé à quatre mois, mais dont deux mois ne seront pas
transférables à l’autre parent et seront rémunérés afin d’encourager les pères à
l’utiliser. Les salariés pourront demander de le prendre d’une façon flexible qu’il
appartiendra aux États de définir. 2° Un tout nouveau congé d’aidant de cinq jours
par an en cas de maladie d’un parent direct, ce dernier congé n’étant pas
obligatoirement rémunéré selon la directive, mais les États sont encouragés à
envisager une forme adaptée de rémunération, là encore pour inciter notamment les
hommes à faire usage de ce droit. 3° Un droit, pour les parents d’enfants âgés
jusqu’à 8 ans et les aidants, de demander des formules flexibles de travail, comme
des horaires réduits ou aménagés ou le télétravail, avec la garantie de retrouver,
après le congé, le même poste ou équivalent et l’organisation initiale du temps de
travail. Par ailleurs, le droit de s’absenter de son travail pour force majeure en
cas de situation d’urgence (accident ou maladie) rendant la présence du salarié
indispensable auprès d’un proche, déjà prévu par la directive congé parental
(abrogée par cette nouvelle directive) est maintenu. Si la Commission y voit « un
pas de géant vers une Europe plus sociale, qui reflète l’esprit véritable du socle
des droits sociaux » (v. communiqué).
Coface Familles Europe, un réseau d’associations de la société civile, reste plus
mesuré, estimant qu’il s’agit d’« un pas dans la bonne direction » (v. communiqué)
avec cependant quelques limites : 1° une absence d’harmonisation au niveau de la
rémunération, dont le niveau, pour le congé parental et le congé d’aidant est laissé
à l’appréciation des États, ce qui a été salué par l’organisation employeurs
BusinessEurope ; 2° une restriction des droits avec la possibilité, pour les États,
d’introduire des conditions d’ancienneté pour bénéficier de ces congés. De son côté,
la Confédération européenne des syndicats salue le compromis tout en regrettant un
délai de transposition trop long (trois ans) (v. communiqué).
|
1. Union
européenne
Jurisprudence
Un jour férié payé ne peut être réservé qu’aux
salariés appartenant à une église : la Cour de justice s’est
prononcée dans une affaire autrichienne, sur la possibilité d’accorder un jour férié
payé seulement à des personnes membres d’une organisation religieuse (CJUE,
22 janvier 2019, aff. C-193/17, Cresco Investigation GmbH). En Autriche, le
Vendredi saint est un jour férié payé uniquement pour les membres de certaines
églises. Si un salarié membre de l’une de ces églises travaille durant cette
journée, il a droit à une indemnité. Un salarié, membre d’aucune de ces églises,
estime avoir été privé de manière discriminatoire de l’indemnité pour le travail
qu’il a effectué un Vendredi saint, et sollicite, à ce titre, le paiement, par son
employeur, d’une indemnité. La Cour de justice juge qu’une législation en vertu de
laquelle, d’une part, le Vendredi saint n’est un jour férié que pour les
travailleurs qui sont membres de certaines églises chrétiennes et, d’autre part,
seuls ces travailleurs ont droit, s’ils sont amenés à travailler durant ce jour
férié, à une indemnité, constitue une discrimination directe en raison de la
religion. Une telle législation ne peut être justifiée ni au titre de mesures
nécessaires à la protection de la liberté de religion ni au titre de mesures
spécifiques destinées à compenser des désavantages liés à la religion.
|
2. États
membres
Autriche
Accord salarial dans la métallurgie :
les partenaires sociaux de la métallurgie sont parvenus à un accord salarial
pour les 110000 salariés et les quelque 17000 apprentis du secteur. La convention
collective, valable douze mois, prévoit une augmentation de 3,3 % à partir du
1er janvier. La rémunération des apprentis augmente de 7,2 %. Pour
prendre en compte la récente réforme permettant d’allonger la journée de travail
jusqu’à 12 heures, l’accord introduit une pause supplémentaire de 10 minutes pour
une journée de travail de plus de 10 heures (v. communiqué
du syndicat Pro-GE).
|
Belgique
- Actions positives : le
Conseil des ministres a approuvé, le 11 janvier, en deuxième lecture, un projet
d’arrêté royal qui vise à encadrer la mise en place de mesures d’actions
positives par les entreprises du secteur privé (v. communiqué).
|
Luxembourg
- Congés supplémentaires :
le Conseil de gouvernement a adopté, le 11 janvier, le
projet de loi qui vise, d’une part, à déclarer jour férié légal la Journée de
l’Europe, à savoir le 9 mai et, d’autre part, à augmenter le congé payé annuel
légal, actuellement fixé à 25 jours, à 26 jours pour les salariés du secteur
privé et les fonctionnaires.
|
3.
Entreprises
Comités
d’entreprise européens
Créations de CE européen : le
groupe de sécurité numérique Idemia (18000 salariés dans le
monde dont 4700 dans l’UE) a signé, le 18 novembre 2018, un accord de CE européen
(non encore disponible sur le site IR Share). Les signataires « conviennent que le
Royaume-Uni continuera d’être couvert après le Brexit ». Une procédure d’information
et/ou de consultation commencera à l’échelon européen puis sera, en parallèle, si
cela est nécessaire, mise en œuvre au niveau local. Les instances représentatives
nationales bénéficient « de l’opinion émise par le CE européen avant de finaliser
leur propre procédure de consultation ». Le comité peut se faire assister par un
représentant de la fédération syndicale européenne IndustriAll, signataire de
l’accord. Par ailleurs, la société Westinghouse (3300 salariés dans
l’UE) a signé, le 11 octobre 2018, un accord de CE européen.
|
Renforcement des compétences du CE
européen : le groupe papetier et d’emballage britannique
DS Smith (28500 salariés) a
signé, le 10 janvier, un accord révisé de son CE européen qui renforce le rôle du
comité. La direction et le comité ont déjà adopté une charte des employés en 2017 et
conclu un
accord européen sur l’exposition des travailleurs au stress thermique en
2018. Le nouvel accord est l’un des plus complets signés ces dernières années. Le CE
européen peut compter jusqu’à 50 membres pour représenter les salariés des « pays
européens » dans lesquels le groupe a des activités, sans restreindre le champ
d’application aux seuls États membres de l’Union. Plusieurs annexes précisent les
rôles et fonctions des différents acteurs (le rôle d’un membre, le rôle du
secrétaire…) et des sous-comités mis en place pour représenter les différentes
activités du groupe et régions géographiques ainsi que pour traiter de sujets
spécifiques. Le comité restreint se réunit 12 fois par an et peut émettre des avis
ainsi qu’établir des groupes de travail. Les informations relatives aux questions
transnationales seront fournies au comité restreint avant de l’être au niveau
national ou local.
|
Comité
d’entreprise mondial
Lancement d’une négociation :
le fabricant de pneumatiques Michelin va ouvrir des
négociations en vue de créer un comité d’entreprise à l’échelle mondiale, avec les
représentants des organisations syndicales des différentes régions et les
fédérations syndicales internationales IndustriAll Global Union et IndustriAll
Europe. « Selon les premiers échanges, explique Christian Bradier (CFDT), secrétaire
du CE européen, le comité mondial, auquel participerait l’ensemble des membres du CE
européen, se réunirait deux fois par an. Dans un premier temps, il accueillerait
deux représentants pour chacun des principaux pays (Canada, États-Unis, Brésil et
Thaïlande) ».
|
Accords
transnationaux
Prévention du harcèlement sexuel sur le lieu de
travail : la fédération syndicale internationale UITA et la
chaîne hôtelière espagnole Meliá Hotels
International, ont signé, le 17 janvier, un accord
sur la prévention du harcèlement sexuel sur le lieu de travail, le premier
accord du genre entre l’UITA et une chaîne hôtelière. Cet accord prend la forme
d’une annexe à l’accord-cadre
international signé en 2014 (v. communiqué).
|
Syndicalisme
- Contestation de la fusion Alstom-Siemens :
des représentants des syndicats français et belges d’Alstom ont été reçus, le
20 janvier, par la commissaire européenne chargée de la Concurrence, Margrethe
Vestager. Ils ont réaffirmé leur opposition au projet de fusion des activités
ferroviaires du groupe français et de l’allemand Siemens, actuellement
examiné par la Commission.
|
4. Études et
rapports
Réparer les effets dévastateurs des inégalités
dans le monde : la Commission
mondiale sur l’avenir du travail, mise en place par l’OIT à l’occasion de
son centenaire, a présenté, le 22 janvier, son rapport
qui contient dix recommandations afin d’éviter de nous diriger « vers un monde où
les inégalités et les incertitudes iront croissant » (v. communiqué
de presse). « Nous proposons, explique la commission, un programme d’action
centré sur l’humain pour l’avenir du travail » qui place « les hommes et les femmes
et le travail qu’ils accomplissent au centre de la politique économique et sociale
et des pratiques des entreprises » (v. résumé
du rapport). La commission propose 1° « une garantie universelle pour les
travailleurs » quel que soit leur statut (salarié, indépendant, non-déclaré) et
appelle l’OIT à s’atteler « d’urgence à la mettre en application ». 2° Une
protection sociale universelle de la naissance à la vieillesse ; 3° La mise en place
d’un « système de gouvernance internationale pour les plateformes de travail
numériques » afin « qu’elles respectent des socles de droits et de
protections ». > v. aussi les réactions d’IndustriAll
Global Union et des ministres
du travail allemand et français.
|
|
|