 |
| |
IR Notes 179 – 9 février 2022
www.irshare.eu
|
|
|
| |
| |
Une question à…
Pablo Sanz de Miguel, chercheur au centre de recherche sociale appliquée,
Notus (Barcelone).
En Espagne, il y a eu déjà beaucoup
de réformes du marché du travail dans le passé. Quelle est
l’originalité de la réforme adoptée définitivement le 4
février ? En
effet, en 2006, une réforme du marché du travail, négociée avec les
partenaires sociaux, avait pour objectif de renforcer la sécurité de
l’emploi en réduisant le recours aux contrats à durée déterminée
(CDD), mais les résultats n’ont pas été à la hauteur. En 2012, le
gouvernement dirigé par le Parti populaire a décidé d’adopter une
réforme beaucoup plus radicale et sans rechercher un accord avec les
partenaires sociaux. Avec cette réforme, le système de négociation
collective a été bouleversé, en accordant la primauté aux accords
d’entreprise au détriment des conventions collectives de branche et
en instaurant l’extinction des conventions collectives après leur
dénonciation, au lieu de les maintenir en vigueur jusqu’à la
conclusion d’un nouvel accord, selon le principe de
l’« ultraactividad ». La réforme a aussi facilité les
licenciements, réduit les indemnités dues en cas de licenciement
injustifié et accru la flexibilité interne des entreprises
(modulation du temps de travail…).
Après la crise, le marché du travail a été
confronté à de nouveaux problèmes, notamment l’accroissement de la
précarité lié au développement des sociétés dites de
« multi-services ». Il s’agit de sociétés qui se sont créées sans
indiquer une activité précise lors de leur inscription au registre
du commerce, de sorte qu’elles ne sont soumises à aucune convention
collective. Elles peuvent ainsi fixer librement la rémunération de
leurs salariés. Par exemple, certaines emploient massivement des
femmes de chambre pour le secteur hôtelier, mais ne respectent pas
les salaires minimums de la convention collective applicable aux
services de nettoyage de l’hôtellerie. Le développement de ces
sociétés a généré beaucoup de précarité.
Face à cette situation, le nouveau
gouvernement avait pris l’engagement de revenir sur la réforme de
2012. Tout d’abord, il est parvenu à un accord avec les partenaires
sociaux. Que la réforme soit le fruit du dialogue social est déjà
un point remarquable par rapport à la réforme de 2012. En dehors de
ce constat, il faut retenir trois points: 1° Sur le plan de la
négociation collective, la réforme redonne la primauté à l’accord
sectoriel sur l’accord d’entreprise en matière salariale, ce qui
devrait réduire le dumping social. Cependant, l’accord d’entreprise
conserve sa primauté sur d’autres thèmes, comme l’organisation du
temps de travail. C’est un point positif qui permet un meilleur
équilibre entre centralisation et décentralisation de la négociation
collective. De plus, la réforme restaure le principe de
l’ultraactividad des accords collectifs, ce qui a été salué
par les organisations syndicales. 2° La réforme entend réduire la
précarité et supprimer les abus constatés dans la sous-traitance
confiée aux sociétés multi-services. Désormais elles devront fixer
les salaires en fonction de la convention collective sectorielle
applicable à l’activité exercée par le travailleur. Cela va réduire
la précarité pour les travailleurs les plus vulnérables. 3° La
réforme s’attaque à la dualité du marché du travail en réduisant les
possibilités de recours et de renouvellements des CDD et en
facilitant la requalification en contrat à durée indéterminée en cas
de succession de CDD, afin de faire baisser la part des CDD dans
l’emploi total, qui est actuellement toujours autour de 25%. Le
contrat pour projets spécifiques, qui permettait de s’exonérer des
cas de recours au CDD, est supprimé. Dans l’ensemble, il sera
nettement plus difficile de recourir à des CDD, d’autant plus que
les sanctions financières ont été accrues.
|
|
|
|
| |
Agenda
14 février
Bordeaux
Réunion informelle Conseil Emploi et Politique sociale.
16 février
En
ligne Ouverture du Mooc «droit
européen du travail» (en français), organisé par le Cnam. Les
cours de cette formation, en ligne et gratuite, se déroulent du 16
février au 4 avril 2022 (les inscriptions sont ouvertes). IR Notes est
partenaire de cette initiative pilotée par Michel Miné, professeur du
Cnam, titulaire de la chaire « droit du travail et droits de la
personne ».
17 et 18 février
Strasbourg
Conférence organisée par la présidence française de l’UE et le
Comité économique et social européen sur l’économie sociale et
solidaire.
28 février-1er
mars En
ligne Formation organisée par l’Institut
syndical européen (ETUI) sur les CE européens des multinationales
américaines. Contact : lcoremans@etui.org
14
mars Bruxelles Conseil
Emploi et Politique sociale.
22 et 23 mars Bruxelles
Formation de l’Institut syndical européen (ETUI) sur le
dialogue social européen destinée aux secrétaires de CE européens.
Contact : esantaniello@etui.org
24 mars En
Ligne Conférence organisée par IR Share sur
“une
année de jurisprudence sociale européenne“, avec Jean-Philippe
Lhernould, professeur de droit à l’Université de Poitiers.
16
juin Luxembourg Conseil
Emploi et Politique sociale.
27 et 28 juin Hambourg 14e
conférence de l’EWC Academy pour les CE européens et comités de
SE, avec notamment Gabriele Bischoff, Udo Rehfeldt et Ilaria
Armaro.
|
|
|
|
| |
Qui sommes-nous ?
IR Notes
est une lettre d’information diffusée
tous les 15 jours, disponible en plusieurs langues européennes
(allemand, anglais, espagnol, français, italien) et réalisée par IR Share et son
réseau d’experts. Elle propose une veille européenne sur le droit du
travail, les relations sociales et la politique de l’emploi. Elle est en
vente sur abonnement pour un montant de 248 euros HT par an sur le
site IR Share.
L’équipe :
ce numéro a été préparé par Pablo Sanz, Pascale Turlan et
Frédéric
Turlan. Retrouvez
l’ensemble de l’équipe
de IR Share sur le site.
S’abonner à IR Notes
en quelques clics sur le site IR
Share ou par E-mail : frederic.t@irshare.eu >
La lettre d’information IR Notes a été reconnue
comme « service de presse en ligne » selon l’article 1er de la loi n°
86-897 du 1er août 1986 portant réforme du régime juridique de la
presse. Outre la reconnaissance de la qualité d’IR Notes, le bénéfice du
statut de « service de presse en ligne » nous permet de facturer (en
France) les abonnements à IR Notes avec une TVA réduite de 2,1%.
Mentions légales.
Editeur: IR Share SARL – 5, Les Compères – 89520 Fontenoy – +33
(0)6 81 41 53 95 – capital social 1500 euros – RCS (Auxerre) : 512 567
959. Directeur de la publication: Frédéric Turlan. Hébergeur: Ideal prod
– 14 rue Auguste Morel – 89100 Sens – Tel.: + 33 (0)3 86 83 21 21 –
France. N° de CPPAP : 0626 Z 93933.
|
|
|
|
| |
Dictionnaire européen des relations sociales
Si vous souhaitez aller plus loin dans la lecture d’IR Notes nous mettons
à votre disposition des liens
vers le Dictionnaire
européen des relations sociales, publié par Eurofound, et
régulièrement mis à jour par IR Share, éditeur d’IR Notes. Les
définitions des termes sont disponibles en anglais et facilement
convertibles grâce à des outils de traduction en ligne.
|
|
|
|
|
|
|
À la Une
La réforme
du marché du travail espagnol marque un tournant au niveau européen
Comme au football lorsqu’un joueur marque un but contre son camp, cela provoque
toujours un certain malaise, mais l’histoire ne retient que le score final. Il en
est de même avec l’adoption définitive, le 3 février, du décret-loi du 28 décembre
dernier, relatif à la réforme du marché du travail espagnol (v. IR Notes 177), à
une voix près. Celle d’un député conservateur du Parti populaire, opposé à la
réforme, mais qui votant de chez lui, à distance, s’est trompé dans la procédure de
vote et a finalement voté en sa faveur. Avec 175 voix pour et 174 contre, la réforme
est donc passée de justesse, offrant un succès inespéré à Yolanda Diaz (photo),
deuxième vice-présidente du gouvernement et ministre du Travail et de l’Économie
sociale. Juste avant le vote, elle avait salué les leaders des deux confédérations
syndicales CC.OO et UGT venus assister à la séance dans les tribunes du Parlement.
La maladresse de ce député conservateur a ainsi permis l’adoption d’une réforme du
marché du travail qui, au-delà de l’Espagne, met fin au long cycle de réformes du
marché du travail adoptées dans l’UE pour flexibiliser l’emploi. Si la réforme est
jugée importante en Espagne (v. interview ci-contre et analyse
de Francisco Gomez Abelleira), elle l’est aussi au niveau européen : elle marque un
changement de paradigme. D’une part, elle repose, comme le souligne Pablo Sanz de
Miguel, sur le dialogue entre les partenaires sociaux, qui trop souvent ont été peu
écoutés voire écartés de l’élaboration des réformes du marché du travail observées
dans l’Union. D’autre part, l’objectif de lutter contre la « dualité » du marché du
travail – c’est-à-dire la part excessive de l’emploi temporaire dans l’emploi total
– a été porté par la Commission européenne qui avait fait d’une telle réforme, la
condition d’obtention de l’attribution des fonds européens. Une position plus
louable que celle qu’elle défendait dans le cadre de la troïka pour prôner les
tailles dans les dépenses publiques et la libéralisation de pans entiers du droit du
travail. Enfin, cette erreur de vote pourra peut-être enclencher un cercle vertueux
si les États membres de l’UE finissent par admettre que l’accroissement de la
flexibilité et la précarisation massive des travailleurs menacent la justice
sociale, et donc le ciment de la paix. Comme l’a expliqué Yolanda Diaz à la tribune
du Parlement, « réformer le travail pour lui donner la centralité sociale et
politique qu’il mérite, c’est défendre la démocratie » (v.tribune dans El
Diaro). Une petite erreur de vote, un grand pas pour plus de justice
sociale… > En savoir plus : analyse
de Francisco Gomez Abelleira, notre expert national pour l’Espagne.
|
1. Union
européenne
Législation
Nouvelles règles sur le détachement des routiers
: les règles relatives au détachement des conducteurs fixées
par la directive 2020/1057 sont applicables depuis le 2 février. Les États membres
devront désormais fournir des informations transparentes sur la rémunération que
doivent recevoir les conducteurs routiers qui transportent des marchandises sur le
territoire et qui sont considérés comme des travailleurs détachés. Ces informations
sont mises en ligne sur le site Your
Europe. Par ailleurs, les transporteurs routiers doivent soumettre les
déclarations de détachement de leurs conducteurs sur un site dédié (v. communiqué de l’Autorité
européenne du travail) (v. European Labour Authority).
|
Actualité
sociale
Santé et sécurité au travail (1) :
la commission emploi et affaires sociales du Parlement européen
a adopté, le 1er février, son rapport sur le nouveau cadre stratégique de
l’UE pour la santé et la sécurité au travail après 2020 présenté par la Commission
européenne en juin 2021 (v. IR Notes 167), avec
une large majorité (43 voix pour, 3 contre et 8 abstentions). Dans ce texte, les
députés demandent notamment une meilleure prise en compte de la santé mentale des
professionnels de la santé et des autres travailleurs de première ligne ainsi que
l’adoption d’une « directive européenne sur les risques psychosociaux et le
bien-être au travail afin de prévenir efficacement les risques psychosociaux sur le
lieu de travail, notamment l’anxiété, la dépression, l’épuisement professionnel et
le stress ». Ils appellent la Commission à présenter un texte établissant des
exigences minimales pour le télétravail dans l’UE tout en réitérant leur demande
adressée à la Commission il y a maintenant plus d’un an (v. IR Notes 156) de
présenter une directive sur le droit à la déconnexion. Le rapport sera présenté au
vote de la plénière en mars (v. communiqué)
(v. Framework Directive on health and
safety).
|
Santé et sécurité au travail (2) :
le Comité économique et social européen (Cese) a adopté un avis,
le 19 janvier, sur le « dialogue
social comme outil en faveur de la santé et de la sécurité au travail ». En
réponse au cadre stratégique de l’UE pour la santé et la sécurité au travail après
2020 présenté par la Commission européenne en juin 2021 (v. IR Notes 167), le
Cese appelle à l’adoption d’une législation européenne sur les risques psychosociaux
(RPS) en agissant sur l’environnement de travail et à la réactivation du projet de
directive sur les troubles musculo-squelettiques (TMS). L’avis demande que la
législation sur l’intelligence artificielle (IA) soit amendée car « les dispositifs
qui évaluent le comportement, le temps de travail, les performances du travailleur
ou qui détectent ses émotions, lorsqu’ils sont considérés comme IA à haut risque,
doivent faire l’objet d’une évaluation de conformité par un tiers ». Par ailleurs,
le recours au télétravail doit être « encadré par la négociation collective afin de
prévenir les difficultés relevées dans de multiples enquêtes ». L’avis souligne que
« l’accord-cadre européen signé en 2002 ne permet pas de répondre à ces nouveaux
défis » et qu’il est nécessaire d’établir « de nouvelles lignes directrices, avec
une attention particulière portée à la prévention des RPS et des TMS ».
|
Transition juste dans l’aviation civile :
la présidence française de l’UE a organisé un « Sommet de
l’aviation », les 3 et 4 février, à Toulouse (France) qui a permis d’adopter la « Déclaration
de Toulouse sur le développement durable et la décarbonation de l’aviation »
qui soutient l’objectif de neutralité carbone du transport aérien d’ici 2050. Les
signataires soulignent « l’importance de favoriser également la durabilité sociale
du transport aérien » et de la traiter en même temps que sa « viabilité
environnementale et économique ». De plus, ils « reconnaissent la dimension sociale
de la transition vers une aviation durable et l’importance de favoriser la
durabilité sociale et une transition juste, notamment par un dialogue social adéquat
mené à toutes les étapes, ainsi que par l’amélioration de la qualification et de la
compétence des salariés. » (v. communiqué).
« Les syndicats sont satisfaits de voir que le principe d’une transition juste et le
dialogue social ont été inclus comme facteurs clés dans l’évolution vers une
aviation plus verte », souligne la fédération syndicale européenne IndustriAll
Europe (v. communiqué),
tandis de la fédération syndicale européenne des travailleurs du transport (ETF) se
félicite de la déclaration (v. communiqué).
Les compagnies aériennes regroupées au sein de A4E sont également satisfaites (v. communiqué)
tout comme l’organisation employeur de contrôle aérien (Canso) (v. communiqué).
|
2. États
membres
France
Convention collective unique dans la métallurgie
: après six années de négociation, les partenaires sociaux
du secteur de la métallurgie ont signé, le 7 février, une convention collective
nationale unique au lieu des 78 existantes aujourd’hui (76 conventions collectives
territoriales, une sectorielle pour la sidérurgie et une nationale couvrant les
ingénieurs et cadres). Cette nouvelle convention, qui entrera en vigueur au
1er janvier 2024, sera complétée par des conventions territoriales pour
traiter les aspects qui ne sont pas couverts par la convention collective unique.
Celle-ci s’appliquera à 1,4 million de salariés (v. communiqué).
- Lanceurs d’alerte : après
un accord en commission mixte paritaire (CMP) sur la proposition de loi visant à
améliorer la protection des lanceurs d’alerte qui transpose la directive
2019/1937 du 25 septembre 2019, le Parlement devrait définitivement adopter la
loi le 16 février. La coalition de 36 associations et syndicats réunie par la
Maison des Lanceurs d’Alerte se félicite « des avancées majeures pour la
protection des lanceurs d’alerte » contenues dans ce texte (v. communiqué).
Ce dernier donne la possibilité aux associations et syndicats de devenir
“facilitateurs d’alerte” et de bénéficier de la protection accordée aux lanceurs
d’alerte. La loi met fin à l’obligation pour les lanceurs d’alerte de respecter
une procédure interne et de saisir leur employeur en premier lieu avant
d’envisager la saisine d’une autorité.
|
Irlande
Droit de demander à travailler à distance :
le gouvernement a présenté, le 25 janvier, un projet de loi
attendu dans le cadre de la reprise du travail sur site suite à la pandémie du
Covid-19 et du développement du télétravail dans les zones rurales en Irlande. Ce
projet encadre le droit des salariés ayant une ancienneté minimale de six mois de
demander à leur employeur à travailler à distance (Draft Scheme of the Right to Request Remote Working Bill 2022
») (v. communiqué).
Il ne crée pas un « droit au télétravail », car en aucun cas l’employeur n’est
obligé de l’accepter. En effet, le texte fixe une longue liste indicative de 13 «
raisons professionnelles » qui peuvent être invoquées par l’employeur pour refuser
le travail à distance, qui vont de la nature des taches ne permettant pas
d’effectuer le travail à distance aux raisons de santé et de sécurité voire de
protection des données ou des préoccupations de l’employeur quant au trajet entre le
lieu de travail à distance et le site de l’entreprise. Le projet fixe de manière
formelle un cadre et des règles à respecter par l’employeur et le salarié demandeur
qui doivent figurer dans un guide sur la « politique de travail à distance ». Ce
guide, qui doit être porté par l’employeur à la connaissance des salariés, devra
préciser clairement les règles formelles à respecter pour introduire une demande,
pour l’accepter ou la refuser, ainsi que le délai de la prise de décision et les
conditions spécifiques qui s’appliqueront au travail à distance. Si la demande est
refusée, le salarié doit attendre douze mois avant de pouvoir soumettre une nouvelle
demande. L’absence de guide est passible d’une amende de 2500 euros. Le texte, qui
va être examiné par le Parlement, est critiqué par la confédération syndicale Irish
Congress of Trade Unions (ICTU). Sa secrétaire générale, Patricia King, estime que
« les 13 critères généraux et subjectifs » permettant à l’employeur de refuser une
demande, « ne permettent pas de trouver un équilibre entre les besoins des
employeurs et ceux des salariés » (v. communiqué).
|
Portugal
- Soutien aux employeurs : le
gouvernement a mis en place une plateforme permettant aux entreprises de
s’inscrire afin de recevoir une compensation pour faire face à l’augmentation du
salaire minimum qui est passé de 665 euros à 705 euros au 1er
janvier. L’aide peut atteindre jusqu’à 112 euros par salariés. Les entreprises
doivent s’inscrire d’ici le 1er mars pour obtenir cette aide.
|
3. États
tiers
Royaume
Uni
Congé payé des faux-indépendants :
la Cour d’appel rendu un arrêt
important, le 1er février, pour les faux travailleurs indépendants sur la
question du paiement des congés payés annuels. Cette affaire concerne l’application
du droit au congé annuel payé garanti par les articles 7 de la directive européenne
2003/88 du 4 novembre 2003 et l’article 31 de la Charte des droits fondamentaux de
l’UE. La société Pimlico plumbers a considéré que Gary Smith (v.photo) qui
travaillait pour elle comme plombier de 2005 à 2011 n’était pas un salarié, mais un
travailleur indépendant et qu’il pouvait prendre des congés, mais non rémunérés.
Après la résiliation de son contrat par la société, Gary Smith avait obtenu devant
la Cour suprême d’être reconnu comme « workers », ce qui lui ouvrait le droit à
bénéficier des quatre semaines de congé payé au titre de la législation britannique
transposant la directive européenne (v. IR Notes 100). La
société Pimlico plumbers estimait que puisque Gary Smith avait pris ses congés, il
avait bien bénéficié des périodes de repos prévus par la législation. Mais, comme il
n’avait pas respecté les délais légaux (deux ans) pour en demander le paiement, il
était trop tard pour obtenir une indemnisation. Un raisonnement suivi par la
juridiction inférieure, mais qui a été rejeté par la Cour d’appel. S’appuyant sur
l’arrêt King (CJUE,
29 novembre 2017, aff. C-214/16), elle rappelle que le droit au congé payé
est un ensemble : un droit au congé et payé. Elle estime que si le travailleur prend
un congé non payé parce que l’employeur conteste ce droit et refuse de le payer, il
n’exerce pas son droit au congé payé. Bien que la législation nationale puisse
prévoir la perte du droit au congé à la fin de chaque année si le salarié ne l’a pas
pris, la Cour considère que pour le perdre, le travailleur doit effectivement avoir
eu la possibilité d’exercer le droit conféré. Or un travailleur ne peut perdre son
droit au congé que si l’employeur peut prouver qu’il a spécifiquement et de manière
transparente donné au travailleur la possibilité de le prendre et qu’il l’a informé
que son droit serait perdu à la fin de l’année s’il ne le prenait pas. Si
l’employeur ne s’acquitte pas de cette obligation, le droit à congé payé ne s’éteint
pas, mais se poursuit et s’accumule jusqu’à la fin de la relation de travail, où le
travailleur peut légitiment obtenir le paiement de tous les congés pris et non
rémunérés, sans limite dans le temps. Cette décision, selon certains experts (v.
ci-dessous), devrait particulièrement atteindre les plateformes numériques employant
des faux-indépendants dont la relation de travail pourrait être requalifiée en
salariat ou en « workers ». > En savoir plus : analyse
de l’arrêt par le cabinet d’avocats Lewis Silkin.
|
- Ménopause sur le lieu de travail :
suite à l’adoption de la première stratégie gouvernementale
pour la santé des femmes en Angleterre, qui vise à combler le fossé sanitaire
entre les sexes, la première réunion du groupe de travail britannique sur la
ménopause s’est tenue le 3 février (v. communiqué).
Ce groupe de travail s’attaquera aux problèmes liés à la ménopause, notamment en
améliorant l’accès aux traitements (l’un d’entre eux devrait être disponible en
pharmacie, sans ordonnance) et en mettant fin aux tabous et aux stigmatisations
qui entourent encore les discussions sur la ménopause. Ce groupe de travail se
réunira tous les deux mois pendant 18 mois et l’une des réunions programmées
concernera « la ménopause sur le lieu de travail ».
|
4.
Entreprises
Sociétés
européennes
Création d’un comité : la
direction de la banque J.P.Morgan
a signé, le 23
novembre 2021, un accord
sur l’implication des travailleurs au sein de la société européenne (SE) à
l’occasion de sa transformation en SE. Ce texte s’applique aux 2752 salariés de la
banque américaine travaillant dans l’UE. Les principaux pays représentés au comité
d’entreprise de la SE sont, avec 4 représentants, l’Irlande (685 salariés) et
l’Allemagne (557), suivis, avec 3 représentants, par le Luxembourg (508) et la
France (481). Au total le comité compte 26 sièges et couvre 14 pays. Le Royaume-Uni
n’est pas représenté. Le texte précise d’emblée qu’aucune décision relevant des
champs de compétences du comité ne sera implantée à l’échelon européen, national,
local ou au niveau d’un site, sans que le comité de la SE n’ait été informé et
consulté. La clause sur la transnationalité permet au comité de la SE d’être
compétent lorsque les salariés d’un seul pays sont concernés si ces derniers ne
disposent pas d’une représentation des salariés. L’information-consultation en cas
de circonstances exceptionnelles est limitée aux projets ayant « un impact
substantiel » au sens qu’ils affectent au moins 4% des effectifs du groupe. Les
membres ont droit à cinq jours de formation par an. Ils disposent pour cela d’un
budget de 1000 euros par membre pour couvrir les frais pédagogiques et de
déplacement. Pour éviter les avances de frais, chaque membre reçoit une carte de
crédit « corporate ». Créée sous l’égide de la loi allemande, la société dispose
d’un conseil de surveillance avec un tiers de représentant des
salariés.
> Voir aussi :
dernièrement mis en ligne, l’accord
sur l’implication des salariés dans TIER
Mobility SE
|
Accords
transnationaux
Violence et harcèlement au travail :
la direction du groupe énergétique italien ENI (33000 salariés) a signé, le
27 janvier, un addendum à son accord-cadre mondial avec la fédération syndicale
internationale UNI Global Union et les fédérations syndicales italiennes (Filctem
CGIL, Femca CISL et Uiltec UIL) pour y intégrer les dispositions de la Convention
190 et de la recommandation 206 de l’OIT en vue de l’élimination de la violence et
du harcèlement dans le monde du travail. Selon le texte, « ENI doit offrir un monde
du travail exempt de violence et de harcèlement », le groupe optant pour une
« tolérance zéro ». L’accord s’applique à tous les travailleurs quel que soit leur
statut et intègre, comme le prévoit la Convention 190 de l’OIT les faits de violence
et de harcèlement qui se produisent au-delà du lieu de travail physique, y compris
celle commises via l’utilisation d’outils numériques. Les parties s’accordent sur
les dispositifs d’information, de formation et de signalement (v. communiqué IndustriALL
Global Union).
|
Droits fondamentaux dans la chaîne
d’approvisionnement : la direction du géant britannique de
la grande distribution, Tesco
(360000 salariés), a signé, le 21 janvier, avec la fédération
syndicale internationale UITA, un accord innovant qui garantit des droits
fondamentaux aux travailleurs de la chaîne d’approvisionnement du groupe. Ce protocole
d’accord, qui ne concerne pas les salariés du secteur de la vente au détail,
met l’accent sur la manière dont les femmes, dans les chaînes d’approvisionnement
alimentaire mondiales, peuvent bénéficier « de mécanismes de réclamation efficaces »
(en cas de violation des droits fondamentaux, de violence ou de harcèlement sexuel),
« de la liberté d’association et de la représentation syndicale ». L’UITA relève que
« l’agriculture étant l’une des trois industries les plus dangereuses, l’accord
prévoit des engagements en faveur d’activités conjointes visant à promouvoir des
lieux de travail sûrs ». A cet effet, des réunions sont prévues trois fois par an
entre Tesco et l’UITA (v. communiqué UITA
et de Tesco).
|
Syndicalisme
- Santé et sécurité au travail :
les fédérations syndicales internationales BWI et
IndustriAll Gobal Union ainsi que la fédération syndicale européenne FETBB ont
adressé une lettre, le
1er février, à la direction de HeidelbergCement pour
réclamer une meilleure prise en compte de la santé et de la sécurité au travail
en amorçant un dialogue social sur ce sujet avec les trois fédérations tout en
s’assurant qu’il y ait des comités en charge de la santé et de la sécurité sur
tous les sites (v. communiqué).
|
5. Études et
rapports
Télétravail : l’Organisation
mondiale de la santé (OMS) et l’Organisation internationale du Travail (OIT) ont
publié une nouvelle
note de synthèse pour un télétravail sûr et sain afin de réclamer que des
mesures soient mises en place pour protéger la santé des travailleurs qui exercent
leur activité à distance. La note souligne que le télétravail offre divers avantages
qui tous peuvent améliorer la santé physique et mentale et le bien-être
social. > A noter aussi : la
publication par l’OIT de son rapport annuel Emploi
et questions sociales dans le monde: Tendances 2022 qui dresse un
portrait des marchés du travail après deux années de pandémie.
|
Conflits collectifs : la
Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail a
publié, le 8 février, un rapport sur les conflits sociaux dans l’UE (v. résumé
et rapport
complet). Le rapport souligne la diversité des législations encadrant le
droit de grève, en raison de l’absence d’harmonisation au niveau de l’UE, et
constate une baisse tendancielle de la conflictualité, en tout cas celle qui
s’exprime sous forme de grève. Le rapport classe les conflits du travail en 5
catégories (clusters) pour ensuite évaluer leurs poids respectifs dans les États
membres. Cependant les auteurs regrettent la grande difficulté d’effectuer des
comparaisons internationales en raison de l’absence de statistique fiable en la
matière. Ils appellent à l’adoption d’une norme internationale.
|
|
|