IR Notes

Travailler ensemble pour construire une Europe sociale

Une source d'information indépendante, fiable et impartiale sur les relations professionnelles et le droit du travail en Europe.

IR Notes 198 – Daimler Truck : première exportation d’un CE européen vers des pays tiers

  IR Notes 198 – 14 décembre 2022
www.irshare.eu
 
 
 

***Toute l’équipe d’IR Share souhaite à ses lecteurs de passer de bonnes fêtes de fin d’année. Après une petite pause hivernale, nous vous retrouverons avec IR Notes 199, le 14 janvier 2023. Vous ne serez pas totalement privé d’information : nous continuerons à mettre à jour le site IR Share et vous pourrez aussi nous suivre le compte Twitter @IR_Share.***

 
  Une question à…
Sotiroula Charalambous, secrétaire générale de la Fédération du travail de Pancypre (PEO)

Quelles sont vos principales préoccupations à l’heure actuelle ?
La première est l’impact de l’inflation sur les travailleurs. L’inflation devrait atteindre 10 % d’ici la fin de l’année, en raison de la hausse des prix de l’énergie et des denrées alimentaires. Nous avons exigé du gouvernement qu’il prenne des mesures pour soutenir le revenu de tous les travailleurs. Malheureusement, les mesures prises sont partielles et ponctuelles, sous forme d’aides financières aux plus pauvres des pauvres, sans chercher à soutenir le niveau de vie des travailleurs. Nous avons demandé au gouvernement de réduire le taux de TVA sur les produits de première nécessité, d’augmenter la taxation des bénéfices exceptionnels réalisés par les producteurs d’électricité renouvelable ou d’augmenter les prestations sociales, sans succès. Par exemple, le taux du revenu minimum garanti reste inchangé à 480 euros, son niveau de 2014. Compte tenu de l’inflation depuis 2013, il est compréhensible que ces personnes aient du mal à survivre. Une autre priorité est le régime d’indemnité de vie chère (COLA) qui existe depuis 1944. Le COLA est un système d’indexation des salaires, par lequel les salaires sont adaptés aux fluctuations de l’indice des prix à la consommation. Ce système a été suspendu pendant la période 2013-2017, lorsque Chypre était sous le programme de surveillance de la Troïka (CE, BCE et FMI). Il a ensuite été rétabli à partir de 2018 sur la base d’un accord tripartite conclu en 2017 entre les partenaires sociaux et le gouvernement. Depuis, l’ajustement a lieu une fois, en début d’année, au lieu de tous les six mois, et n’est activé qu’en cas de taux de croissance positif du PIB au deuxième et troisième trimestre de l’année précédente. Enfin, jusqu’à la fin de 2022, l’ajustement se fait sur la base de la moitié du taux d’inflation. Nous renégocions actuellement un nouvel accord tripartite. Les employeurs militent pour la suppression du système, tandis que le mouvement syndical est unanime pour demander que le système tienne compte de l’intégralité du taux d’inflation. Enfin, la dernière priorité concerne le salaire minimum légal que le gouvernement a introduit par décret le 1er janvier 2023 (855 euros par mois). Ce montant est insuffisant : d’une part, il est inférieur au seuil de pauvreté. D’autre part, comme il n’existe pas de dispositions légales minimales dans le domaine du droit du travail concernant la durée hebdomadaire de travail, les bénéficiaires du salaire minimum reçoivent le même salaire minimum qu’ils travaillent 38 ou 48 heures. En outre, il existe un risque que les employeurs découragent les salariés de se syndiquer afin d’éviter d’appliquer les conventions collectives qui prévoient des salaires minimums plus élevés. Ainsi, avec la mise en place de ce nouveau régime de salaire minimum, le gouvernement va à l’encontre des objectifs de la directive européenne sur le salaire minimum adéquat récemment adoptée, qui vise à renforcer la négociation collective et à étendre considérablement la couverture des salariés par les conventions collectives dans l’UE.

 
  Agenda

 


30 et 31 janvier 2023
Hambourg
(et en ligne le premier jour)
15e conférence pour les CE européens et comité de SE, organisée par la EWC Academy, avec une première journée sur la révision de la directive CE européen, l’accord conclu avec le CE européen d’Engie pour protéger les salariés transférés chez Bouygues et l’intervention de la secrétaire du CE européen d’Orpéa, licenciée et réintégrée deux fois. Programme et inscription, interprétation français-allemand.

 
  Qui sommes-nous ?


IR Notes
est une lettre d’information diffusée tous les 15 jours, disponible en plusieurs langues européennes (allemand, anglais, espagnol, français, italien) et réalisée par IR Share et son réseau d’experts. Elle propose une veille européenne sur le droit du travail, les relations sociales et la politique de l’emploi. Elle est en vente sur abonnement pour un montant de 248 euros HT par an sur le site IR Share.


L’équipe : ce numéro a été préparé par Pascale Turlan et Frédéric Turlan.
Retrouvez l’ensemble de l’équipe de IR Share sur le site.


S’abonner à IR Notes en quelques clics sur le site IR Share ou par E-mail : frederic.t@irshare.eu


> La lettre d’information IR Notes a été reconnue comme « service de presse en ligne » selon l’article 1er de la loi n° 86-897 du 1er août 1986 portant réforme du régime juridique de la presse. Outre la reconnaissance de la qualité d’IR Notes, le bénéfice du statut de « service de presse en ligne » nous permet de facturer (en France) les abonnements à IR Notes avec une TVA réduite de 2,1%.


Mentions légales. Editeur: IR Share SARL – 5, Les Compères – 89520 Fontenoy – +33 (0)6 81 41 53 95 – capital social 1500 euros – RCS (Auxerre) : 512 567 959. Directeur de la publication: Frédéric Turlan. Hébergeur: Ideal prod – 14 rue  Auguste Morel – 89100 Sens – Tel.: + 33 (0)3 86 83 21 21 – France. N° de CPPAP : 0626 Z 93933.

 
  Dictionnaire européen des relations sociales

Si vous souhaitez aller plus loin dans la lecture d’IR Notes nous mettons à votre disposition des liens vers le Dictionnaire européen des relations sociales, publié par Eurofound, et régulièrement mis à jour par IR Share, éditeur d’IR Notes. Les définitions des termes sont disponibles en anglais et facilement convertibles grâce à des outils de traduction en ligne.

 
  Soutenez-nous !

Si vous lisez cette lettre, c’est que vous êtes abonnés à IR Notes ou que vous appartenez à une organisation abonnée à la lettre. Il se peut aussi que vous la receviez de la part d’une une personne abonnée. Ce qui est d’une certaine façon une bonne nouvelle, car notre objectif est de toucher le plus grand nombre de lecteurs possibles mais cela représente également pour nous un manque financier. Vous le savez, la presse indépendante de qualité a un coût, tout comme la traduction vers les quatre langues proposées par IR Notes. C’est la raison pour laquelle nous avons besoin de votre engagement à ne pas diffuser IR Notes sauf occasionnellement et surtout à vous abonner. IR Notes ne dépend que de ses abonnés et ne reçoit aucune forme de subvention ni d’autres sources de financement. Le nombre d’abonnés est donc essentiel à la continuation d’IR Notes. Pour nous aider, vous pouvez nous faire connaître, diffusez notre plaquette, vous abonnez si ce n’est pas encore le cas, et bien sûr renouveler votre abonnement ou faire abonner votre organisation.

 

IR Share est une entreprise à capitaux privés, indépendante et apolitique, dont l’objectif est d’informer et d’aider l’ensemble des acteurs du dialogue social en Europe et au-delà. Elle est le correspondant de la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail (Eurofound) pour la France depuis 2009.

 

À la Une
Daimler Truck : première exportation d’un CE européen vers des pays tiers

Un cap a été franchi dans l’histoire des CE européens avec la mise en place du Comité européen et mondial de Daimler Truck. Pour la première fois, la procédure d’information et de consultation prévue par la directive 2009/38 sur le CE européen, sera également appliquée dans une entreprise aux projets transnationaux qui concernent un État membre et un ou plusieurs pays situés en dehors de l’Espace économique européen ou des projets qui touchent uniquement plusieurs de ces pays (v. communiqué d’IG Metall). Issu de la scission des activités de fabrication de poids lourds et de bus du groupe Daimler en 2021, le groupe Daimler Truck (100 000 salariés dans le monde) et son comité central d’entreprise ont conclu, en novembre, la négociation d’un accord qui met en place une instance de représentation des salariés qui couvre à la fois les pays de l’Espace économique européen et les pays tiers. « Chez Daimler, il était déjà courant auparavant que les thèmes européens et extra-européens soient traités ensemble”, nous explique Ralf Götz, le négociateur d’IG Metall), alors quand nous avons lancé les négociations pour mettre en place un CE européen dans la nouvelle entité Daimler Truck, notre objectif était de remplacer l’accord précédent selon l’article 13 par un accord où la directive CE européen s’applique intégralement. Il s’agissait donc de renforcer le droit européen. En outre, il s’agissait également de formaliser la procédure existante et d’inclure un champ d’application élargi dans l’accord CE européen, qui inclut les pays hors de l’UE ».
Formellement, l’instance est mise en place via un accord de CE européen dont le champ géographique intègre les pays tiers. Il sera signé prochainement entre la direction et le groupe spécial de négociation mis en place conformément à la directive 2009/38.
Au sein de ce comité, existent un bureau composé de cinq personnes, responsable de la coordination des affaires européennes et un comité exécutif de six membres (dont certains siègent aussi au bureau) qui prend en charge les questions mondiales. Les deux bureaux sont présidés par Michael Brecht (IG Metall) qui est aussi le président du comité central d’entreprise en Allemagne (v. Global works council). « Nous avons réussi à étendre les droits d’information et de consultation des Européens, clairement encadrés par la loi, aux pays hors Europe, se félicite Ralf Götz. Par conséquent, les pays en dehors de l’UE disposent des mêmes droits et obligations que ceux de l’UE, pour lesquels la directive CE européen est directement applicable. De notre point de vue, c’est un modèle, un exemple à l’échelle internationale et d’une importance capitale pour l’application des droits humains et syndicaux au niveau international ». Une référence aux droits humains et syndicaux plus que d’actualité puisque Daimler Truck a présenté, le 9 décembre, une Déclaration de principes sur la responsabilité sociale et les droits de l’homme, que la direction et le comité central d’entreprise ont signée avec le nouveau CE européen élargi et la fédération syndicale internationale IndustriAll Global Union (v. communiqué). La déclaration suit les principes directeurs des Nations unies sur les entreprises et les droits de l’homme et tient compte des nouveaux développements tels que le traitement de la protection des données et l’intelligence artificielle. Avec le nouveau CE européen élargi, qui comprend 23 pays représentés proportionnellement par rapport à leurs effectifs, par 38 membres au total, « nous disposons d’un réseau mondial de représentants des salariés, explique Michael Brecht, qui peuvent signaler au comité les violations des règles ou les griefs dans nos propres entreprises ou chez les fournisseurs » (v. interview). Enfin, autre grande première dans l’histoire des CE européens, l’un des 9 onglets du site corporate de Daimler Truck, situé au même niveau que les habituels Company, Investors, Products… est dénommé ‘Works council » et permet d’accéder à une présentation des instances représentatives du groupe, dont le CE européen. Parmi les entreprises du DAX40 en Allemagne, c’est un cas unique – probablement aussi en Allemagne et en Europe.


> Voir aussi : le communiqué d’IndustriAll Global Union sur la réunion du comité.



1. Union européenne
Actualité sociale

Révision de la directive CE européen : la commission Emploi et Affaires sociales du Parlement a adopté, le 30 novembre, le rapport législatif sur la révision de la directive 2009/38 sur les CE européens. Il devrait être adopté en plénière du Parlement lors de sa session de janvier. La Commission européenne est invitée à soumettre une proposition révisée de la directive avant le 31 janvier 2024. Adopté par une confortable majorité (33 voix pour, 6 contre et 8 abstentions), le rapport ne propose pas une réécriture complète de la directive. Habilement, il entend corriger trois principales faiblesses : 1/ la question transnationale est précisée. Le considérant 16 de la directive est intégré dans la définition des questions transnationales située dans le corps de la directive, cela lui donne une force obligatoire. Sont concernés, les cas où « on peut raisonnablement s’attendre » à ce qu’une question affectant un site ait ou puisse avoir dans un avenir prévisible, des conséquences pour les sites d’autres États membres, ainsi que les décisions envisagées par une entreprise qui sont prises dans un État membre autre que celui où les effets sont produits. 2/ La consultation est renforcée : elle se déroule de manière à permettre aux représentants des travailleurs d’obtenir en temps utile une réponse motivée de la direction centrale « avant l’adoption de la décision ». 3/ Le recours abusif à la confidentialité des informations est limité. Autre apport important : la volonté de faire respecter les droits à information et à consultation. Ainsi les États membres doivent mettre en place des « procédures judiciaires efficaces, accessibles en temps utile, permettant de demander et de mettre fin, y compris la possibilité de demander une injonction préliminaire, à la suspension temporaire des décisions de la direction centrale lorsque ces décisions sont contestées (…) ». De plus, le texte appelle à mettre en place des sanctions réellement dissuasives : les sanctions financières s’élèvent au maximum à 10 millions d’euros ou à 2 % du chiffre d’affaires annuel mondial total de l’entreprise au cours de l’exercice précédent, le montant le plus élevé étant retenu. Et en cas « d’infraction intentionnelle », l’addition est doublée. Une disposition forte qui explique en partie le vote « contre » des députés européens de Renew. En outre, le rapport veut en finir avec les « accords dérogatoires » : tous les accords existants « entrent dans le champ d’application de la présente directive sans obligation de renégociation ». Par ailleurs, un objectif de mixité minimale devra être fixé dans les accords de CE européens lors de leur négociation ou révision : les membres du sexe sous-représenté doivent détenir au moins 40 % des représentants du CE européen et 40% des postes dans les comités restreints.


> Voir aussi : les réactions très positives du mouvement syndical européen (communiqués d’IndustriAll Europe ou de NSZZ Solidarność). Pour Isabelle Schömann, secrétaire générale adjointe de la Confédération européenne des syndicats, les députés européens ont envoyé un signal clair à la Commission européenne pour qu’elle agisse afin de renforcer les CE européens et de faire respecter leur rôle légitime d’être informés et consultés » (v. communiqué).


2. États membres
Allemagne

  • Conventions collectives et appels d’offres : le gouvernement a lancé une consultation publique, le 7 décembre, en vue d’adopter une législation qui imposerait aux entreprises de respecter les conventions collectives lors de l’attribution des marchés publics par l’État fédéral. Le gouvernement entend par ce biais limiter la concurrence déloyale et renforcer la négociation collective (v. communiqué).

Espagne

Un guide sur la santé-sécurité : la confédération syndicale UGT a présenté, le 1er décembre, un guide sur les clauses conventionnelles de santé et de sécurité au travail à l’attention des négociateurs. L’objectif est d’insérer dans les accords collectifs des dispositions qui renforcent et précisent la législation applicable en ce qui concerne par exemple l’évaluation des risques professionnels, les risques psychosociaux, le retour au travail après un cancer, la prévention des conditions climatiques extrêmes, la déconnexion ou le télétravail. Le guide préconise aussi la prise en compte de la perspective de genre lors de l’évaluation des risques, ou encore une amélioration du crédit temps des délégués à la prévention (v. communiqué).



  • Réindustrialisation : le gouvernement a adopté, le 5 décembre, un important avant-projet de loi pour renforcer l’industrie et l’adapter aux défis de la numérisation, de la durabilité environnementale et de l’économie circulaire. Le texte entre dans le cadre du plan de relance et comporte un chapitre spécifique sur les processus de réindustrialisation. Il établit l’obligation pour l’entreprise, dans certaines circonstances, d’anticiper une fermeture ou une réduction d’activité qui implique une réduction significative de l’emploi. Les différents acteurs concernés disposent d’un délai pour rechercher une solution par le biais d’un comité de réindustrialisation dans lequel l’État intervient. De plus, le texte prévoit que les entreprises qui reçoivent des aides publiques devront s’engager sur le maintien des emplois pendant cinq ans (trois ans pour les PME) (v. communiqué et présentation).


3. États tiers
Royaume-Uni

Extension du travail flexible et clause d’exclusivité : le gouvernement a annoncé, le 5 décembre, qu’il soutiendrait un projet de loi qui autorise tous les salariés à demander un travail flexible à leur employeur (télétravail, horaire décalé, horaire flexible, annualisation…), dès le premier jour de travail, en supprimant l’actuelle condition d’ancienneté de 26 semaines. Si un employeur ne peut satisfaire une demande, il sera tenu de discuter d’autres options avant de la rejeter. Les salariés pourront introduire deux demandes par an et l’employeur disposera de deux mois pour donner sa réponse (au lieu de trois actuellement). Anticipant un effet positif sur le moral et la productivité des salariés, le gouvernement entend faire du travail flexible la nouvelle norme. Par ailleurs, la législation protégeant les travailleurs dont le revenu hebdomadaire est inférieur ou égal à 123 livres par semaine contre l’application de clauses d’exclusivité qui les empêchaient de travailler pour plusieurs employeurs est entrée en vigueur le 5 décembre (v. communiqué).



4. Enterprises
Comités d’entreprise européens

Restructuration dans plusieurs pays : l’Employment Appeal Tribunal (EAT), dans une décision du 13 décembre, a rejeté l’appel de la direction d’Adecco contre la décision du Central Arbitration Committee (CAC) favorable au CE d’Adecco (AEWC) et confirme ce que le CAC avait décidé en première instance (v. IR Notes 149), à savoir : 1/ la plainte du CE européen est recevable ; 2/ les licenciements qui ont lieu dans plus d’un pays sont une question « transnationale », créant une obligation pour la direction centrale de convoquer l’AEWC pour une réunion extraordinaire afin de fournir des informations et engager un processus de consultation ; 3/ il n’est pas nécessaire que les décisions relatives aux licenciements prises dans plus d’un pays reposent sur un seule et même motif. Les licenciements survenant à peu près au même moment constituent une question transnationale, même s’ils n’ont pas de « raison d’être commune ». Cette décision s’oppose ainsi frontalement à la « stratégie du salami » qui consiste à lancer des restructurations dans plusieurs pays, espacées de quelques mois, en prétendant qu’il ne s’agit que d’affaires nationales n’imposant pas une consultation du CE européen. Le jugement est assorti d’une sanction financière : une amende de 25 000 £ (29 088 €) pour avoir enfreint l’accord AEWC qui se décompose en 20 000 £ (23 270 €) pour la plainte relative aux licenciements et 5 000 £ (5 818 €) pour ne pas avoir fourni les données relatives aux ventes de l’entreprise pays par pays comme l’avait demandé l’AEWC (Décision [2022] EAT 183).



Avis défavorable : le CE européen du groupe Safran a rendu, le 9 novembre, un avis défavorable à un projet de réorganisation industrielle des sites européens de Safran Cabin en Allemagne et en Tchèquie. Après des visites sur place, de nombreux échanges avec la direction et une expertise, le comité dit douter que le redressement de « la situation économique et financière de Safran Cabin soit le seul objectif du projet ». L’avis négatif repose notamment sur « l’absence totale de garanties » sur le maintien du site allemand de Herborn et de bonnes conditions de travail pour les salariés tchèques qui devront absorber un transfert de production du site allemand (v. communiqué).


Société européenne

Échec des négociations : dans le cadre de sa transformation en société européenne (SE), le groupe JCDecaux, numéro 1 mondial de la communication extérieure, n’est pas parvenu à un accord pour mettre en place un comité de SE et devra donc instituer un comité sur la base des articles du code du travail français transposant les dispositions subsidiaires de la directive sur l’implication des travailleurs dans la SE. Selon l’expert désigné par la fédération syndicale européenne UNI Graphical, Frédéric Touboul (CGT), les propositions présentées par la direction étaient inférieures aux dispositions du Code du travail ce qui explique l’échec de la négociation en septembre dernier. Le groupe ne dispose pas de CE européen, bien que ses effectifs le fassent entrer dans le champ d’application de la directive (5 883 salariés en Europe dont 2 740 en France). « UNI Graphical a demandé une installation rapide du comité, explique Frédéric Touboul, doutant de la réelle volonté du groupe de mettre en place l’instance, sous peine d’une action en justice pour contester la transformation en SE ». De son côté, la direction affirme que « le comité est en cours de constitution ».


Accord transnational

Droits fondamentaux : la direction du groupe Teleperformance (440 000 salariés), leader mondial des centres d’appels, et la fédération syndicale internationale UNI Global Union, ont signé, le 1er décembre, un accord mondial, après des années de pressions exercées par la fédération syndicale (v. communiqué d’UNI Global Union, le texte de l’accord n’est pas public). L’accord, qui couvre 88 pays, contient les dispositions habituelles en matière de liberté syndicale ou de santé-sécurité au travail, avec un engagement à mettre en place des comités paritaires de santé et sécurité. Ces comités réaliseront des évaluations de risques et prendront en compte les risques accrus pour les travailleurs à distance, les salariés qui modèrent les contenus sur les réseaux sociaux, le harcèlement des clients ou prospects et les impacts de la surveillance sur la santé et la sécurité. Les signataires expliquent dans un communiqué questions-réponses transmis à IR Notes que les dispositions de l’accord qui vont au-delà des exigences légales de certains pays s’appliqueront immédiatement à la Pologne, à la Jamaïque, au Salvador, à la Colombie et à la Roumanie. En cas de différend, le litige est porté devant un « médiateur neutre », puis à défaut de résultat, devant un arbitre, pour obtenir une « résolution définitive et contraignante », conformément au Règlement d’arbitrage et de conciliation du travail international. La fédération syndicale se voit aussi reconnaître en tant que partie prenante au plan sur le devoir de vigilance prévu par la loi française. Après avoir dénoncé régulièrement l’attitude anti-syndicale du groupe et les risques en matière de santé et de sécurité au travail, Christy Hoffman se dit impatiente « d’établir la confiance et de poursuivre une relation constructive avec Teleperformance dans les années à venir. ».


5. Études et rapports

Violence au travail : l’OIT a présenté, le 5 décembre, une première enquête mondiale sur les données relatives à la violence et au harcèlement au travail. Plus d’une personne sur cinq (22,8%) ayant un emploi a été victime d’actes de violence et de harcèlement au travail, qu’ils soient physiques, psychologiques ou sexuels. L’enquête a été réalisée en 2021 auprès de 75000 personnes dans 121 pays. L’OIT appelle à une rapide mise en œuvre de la convention 190 (v. communiqué de presse). Si aucune région du monde n’est épargnée, de fortes différences sont constatées en les zones géographies, le sexe et le niveau de revenus. Ainsi le taux est de 16,2% pour le groupe des bas revenus, 24% pour le groupe des revenus intermédiaires et 32% pour celui des revenus les plus élevés. Ce sont les femmes aux revenus élevés qui sont les plus exposées (38,7%).

 


Désabonnement

IR Notes

Introduction

IR Notes est une note de synthèse indépendante, fiable et équilibrée sur les relations professionnelles et le droit du travail en Europe.

Publiée en 6 langues et vendue sur abonnement, cette newsletter vous donne accès à des informations concises, ciblées et pratiques sur les enjeux majeurs de l'Europe sociale et du dialogue social transnational.

Avec l'appui de nos experts et de nos correspondants nationaux, nous adoptons une approche dynamique, pratique et utile de la veille sociale européenne.

Ainsi, nous sélectionnons les sujets les plus pertinents, qui constituent une véritable source d'idées transversales et inspirantes.

Chaque numéro comprend:

  • Une interview d'un professionnel des relations sociales qui offre sa perspective unique sur un enjeu social d'actualité, un accord ou un exemple de bonnes pratiques.
  • Le point sur les évolutions législatives et jurisprudentielles de l'UE.
  • Le suivi de l'actualité du droit du travail dans les États membres de l'UE.
  • Des mises à jour sur les dernières évolutions concernant les comités d'entreprise européens (CEE) et les comités d'entreprise SE.
  • Enfin, IR Notes vous tient informé des principales études et recherches menées sur le monde du travail.

IR Notes
Construire ensemble une Europe sociale

La newsletter IR Notes offre à tous en Europe l'accès à une source d'information indépendante, fiable et impartiale sur les sujets liés aux relations sociales.

Three questions for Delphine Rudelli

Three questions for Delphine Rudelli

Three questions for Delphine Rudelli, Director General of CEEMET (*) On the delays in transposing the ‘pay transparency’ directive “We are calling for the application of the directive to be suspended while we assess what can be simplified – not to reduce rights, but...

read more...
European Union – Social update

European Union – Social update

European Works Councils The Expert Group set up by the European Commission to help Member States transpose the new Directive (EU) 2025/2450 on European Works Councils is due to submit its report this summer. This report may constitute a useful point of reference when...

read more...
A step in coordination of national social security systems

A step in coordination of national social security systems

At last, a step forward for freedom of movement for workers in the EU On 22 April, representatives of the Council and Parliament reached a provisional agreement on revising the rules on coordination of national social security systems, as provided for by regulation...

read more...
Picture of Nora Krokovay

A question for… Nora Krokovay

A question for…Nora Krokovay, Senior Analyst at Kopint-Tárki What changes can we expect in terms of social dialogue and labour law in Hungary following the elections that brought an end to Viktor Orbán’s 16-year leadership? The atmosphere was very euphoric and joyful...

read more...
Improvements in job quality

Improvements in job quality

Eurofound notes improvements in job quality in Europe Now that the European Commission has announced its intention to present a bill on job quality by the year end, the results of the latest European Working Conditions Survey (EWCS) will be scrutinised very...

read more...
Is pay transparency the new enemy to be targeted?

Is pay transparency the new enemy to be targeted?

After seeing off the corporate sustainability reporting and due diligence directives, Member States appear ready to tackle the pay transparency directive, which is due to be transposed in Member States by 7 June 2026.Not only are many countries behind schedule, but a...

read more...
A question to… Lidia Gil Otero

A question to… Lidia Gil Otero

A question for…Lidia Gil Otero, PhD Assistant Professor in Labour and Social Security Law at Santiago de Compostela University In the context of the Digilare project (*), you advocate using the transposition of the Platform Work Directive, which is due to be completed...

read more...