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IR Notes 273 – 06 mai 2026
www.irshare.eu
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Une question à…
Jean-Philippe Lhernould, professeur de droit à l’Université de
Poitiers
Quelles sont pour vous les
principales modifications apportées à la révision des règles de
coordination des régimes de sécurité sociale (v. À la Une) qui
vont concrètement toucher les travailleurs
? Il est
important de souligner que l’adoption du texte révisant les
règlements 883/2004 et 987/2009 est, en soi, une victoire du droit
de l’Union. Après 10 ans de blocage, les États membres et le
Parlement européen ont montré qu’il était possible d’aller de
l’avant. Les réformes concernent le chapitre des prestations
familiales, celui des soins de longue durée ou encore le droit aux
prestations pour les inactifs. Trois autres thèmes méritent d’être
mis en lumière à travers quelques exemples. Le chapitre « chômage » était à l’origine de
blocages qui ont été levés à force de compromis. Les prestations de
chômage des frontaliers seront désormais, sous certaines conditions
(notamment, avoir travaillé au moins 22 semaines consécutives dans
le pays autre que celui de résidence), versées par l’État de dernier
emploi. Une période de transition qui pourra durer cinq ans a été
accordée au Luxembourg. Quant à la Suisse, autre pays employant
beaucoup de frontaliers, il faudra une entente au sein du comité
mixte de l’Accord de libre circulation des personnes (ALCP) pour
parvenir à une solution similaire. D’autres règles en matière de
chômage sont révisées, en particulier pour la « totalisation des
périodes » où il est mis fin à la règle dite des « un jour »
d’assurance qui donnait lieu à des abus au profit de migrants
retournant dans un pays dans le but d’y percevoir les allocations de
chômage. On se souvient des traders français de la City qui, lors
d’une grave crise financière, avaient été rapatriés de Londres à
Paris où ils avaient continué de travailler quelques jours avant
d’être licenciés, le but étant qu’ils puissent toucher plusieurs
milliers d’euros par mois d’allocations de chômage françaises.
Dernier exemple, les allocations de chômage seront exportables
pendant six mois (au lieu de trois), facilitant la recherche
d’emploi dans un autre État membre. Un autre changement notable concerne le
chapitre sur la loi applicable en matière de sécurité sociale. Parmi
les évolutions, la définition du détachement « sécurité sociale »
est alignée sur la définition retenue en droit du travail par la
directive « détachement », tandis que les certificats A1, qui
permettent de notifier un détachement auprès du pays d’accueil et
attestent que le travailleur est affilié à la sécurité sociale d’un
autre État membre, devront être demandés avant le départ pour un
autre pays de travail. Les « voyages d’affaires » ainsi que les
missions n’excédant pas trois jours seront toutefois exemptés de
notification préalable (sauf dans le secteur de la construction). Le
processus de dialogue entre les autorités compétentes de deux États
membres, en cas de doute sur la validité du certificat A1, est
amélioré. Quant à la pluriactivité, de nouveaux critères
apparaissent pour la définir, en lien avec l’identification du lieu
du siège social. Mais leur inclusion dans le préambule du règlement
en affecte la force juridique. Enfin, on notera que la lutte contre la
fraude est désormais inscrite dans les règlements, lesquels
comportent une définition de la fraude. Un cadre pour un échange
efficace de données entre États membres est posé, la digitalisation
étant également une priorité des textes révisés.
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À la Une
Enfin une
avancée pour la libre circulation des travailleurs dans l’UE
En discussion depuis le 13 décembre 2016, à la suite de
la proposition présentée par la Commission européenne, les représentants du Conseil
et du Parlement sont parvenus, le 22 avril, à un accord provisoire pour réviser les
règles relatives à la coordination des systèmes nationaux de sécurité sociale
prévues par les règlements n°
883/2004 et 987/2009 (v. communiqué
du Conseil). Cet accord a été confirmé par le Conseil, le 29 avril, avec une
majorité de 21 États membres. Il doit encore être formellement entériné par le
Parlement (v. communiqué
du Conseil). Sous ces termes un peu abscons, se cache en fait un élément essentiel
de la libre circulation des personnes dans l’UE, et en particulier des
travailleurs. L’UE n’a pas la compétence d’harmoniser les systèmes nationaux de
sécurité sociale, mais a pour mission d’en assurer une coordination afin de ne pas
désavantager les citoyens exerçant leur droit à la libre circulation. Ainsi, cette
coordination repose sur quatre principes : 1. Les citoyens sont couverts par la
législation d’un seul pays à la fois et ne paient donc de cotisations que dans un
seul pays. 2. Les
citoyens ont les mêmes droits et les mêmes obligations que les ressortissants du
pays où ils sont assurés. 3.
Lorsqu’un citoyen revendique une prestation, ses périodes
d’assurance, de travail ou de résidence antérieures dans d’autres pays sont prises
en compte, si nécessaire (principe de totalisation). 4. Un citoyen qui a droit à une
prestation financière d’un pays peut en général en bénéficier même s’il vit dans un
autre pays (principe d’exportabilité). La révision va notamment modifier les
règles concernant le versement des prestations de chômage dans les situations
transfrontalières, les règles de conflit de lois permettant de déterminer la
législation applicable aux travailleurs et celle concernant le détachement de
travailleurs effectué dans le cadre d’une prestation de services. Ainsi, les
demandeurs d’emploi qui étaient « actifs » dans un État membre autre que leur pays
de résidence pendant une période ininterrompue de 22 semaines auront droit à des
prestations de chômage de la part du pays de dernier emploi (et non plus du pays de
résidence), s’ils satisfont aux conditions prévues par la législation nationale du
pays pour avoir droit à de telles prestations. Concernant le détachement des
travailleurs, la notification préalable aux autorités compétentes est la règle. Des
exceptions concernent le cas de voyages d’affaires ou d’activités de courte durée
(au maximum trois jours consécutifs de travail sur une période de 30 jours
consécutifs). En revanche, ces exceptions ne s’appliquent pas au secteur de la
construction. En matière de détermination de la loi applicable aux personnes qui
exercent des activités professionnelles dans deux États membres ou plus, le texte
révisé « fournit des orientations supplémentaires sur l’identification du siège
social ou du siège d’exploitation de l’entreprise ou de l’employeur afin de
déterminer quelle législation nationale devrait leur être applicable », souligne le
communiqué. Ce texte, complexe, devra être analysé pour en tirer toutes les
conséquences pratiques. Il est d’ores et déjà salué par les partenaires sociaux
européens qui avaient, le 23 mars dernier, adopté une déclaration
conjointe suppliant les législateurs à enfin s’accorder sur un texte. Après
l’accord provisoire, BusinessEurope (v. communiqué)
et la Confédération européenne des syndicats (v. communiqué)
ont applaudi le résultat, tout comme les partenaires sociaux du secteur de la
construction (v. communiqué
commun FIEC, EBC et FETBB).
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1. Union
européenne
Actualité
sociale
CE européens : Le groupe
d’experts mis en place par la Commission européenne pour aider les États membres à
transposer la nouvelle directive
2025/2450 sur les CE européens doit rendre son rapport cet été. Ce rapport
pourra constituer une référence utile pour la transposition et l’interprétation de
la directive. Il pourra également être pris en considération par la Cour de
justice. En attendant, les minutes des réunions du groupe permettent déjà de
prendre connaissance des problèmes soulevés par les États membres ou les partenaires
sociaux, ainsi que des réponses délivrées par la Commission. Ainsi, les minutes
de la première réunion du 12 février évoquent la forme de la demande de mise en
place d’un CE européen : la Commission précise que la directive n’exclut pas la
présentation de demandes écrites sous forme numérique et que le délai des six mois
pour convoquer le groupe spécial de négociation court, en cas de dépôt séparé d’une
demande, à partir du moment où la demande valide a été soumise et non à la réception
du premier courrier. Les échanges ont aussi porté sur les exigences relatives à
l’équilibre entre les sexes ou encore les questions transnationales. La Commission
rappelle que « pour être efficace, la consultation doit porter sur des décisions qui
n’ont pas encore été prises et dont les effets ne se sont donc pas encore
matérialisés ». Les minutes des réunions suivantes (23 mars, 13 avril) seront mises
en ligne progressivement sur la page
du groupe d’experts.
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Simplification : Pressée par le
Conseil (v. conclusions
du 19 mars) qui veut renforcer le marché unique (« One Europe, One market
»), la Commission européenne a présenté, le 28 avril, « un plan pour des règles de
l’UE plus simples, plus claires et mieux appliquées » détaillé dans une communication
complétée par deux annexes (v. communiqué).
Elle vise « un cadre réglementaire efficient et efficace » en développant plusieurs
axes comme le principe de la « simplicité dès la conception » dans chaque
proposition ou bien le « nettoyage en profondeur » de l’actuelle
réglementation. Le champ social n’est pas abordé directement, à part le
détachement des travailleurs, mentionné dans une annexe à la communication, dans
laquelle la Commission annonce notamment vouloir renforcer le mandat de l’Autorité
européenne du travail et mettre en place la déclaration électronique de détachement
(« e-Declaration »).
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- Restructuration : La
Commission européenne a proposé, le 30 avril, une aide du Fonds européen
d’ajustement à la mondialisation de 2 millions d’euros afin de venir en aide à
803 travailleurs ayant perdu leur emploi à la suite de la faillite du fabricant
belge de vitres automobiles Soliver (v. communiqué).
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- Stagiaires : La
Confédération européenne des syndicats a adressé, le 30 avril, un courrier
aux ministres du Travail de l’UE pour les exhorter à adopter une directive
européenne sur l’encadrement des stages. Les discussions sur cette proposition
de directive devaient débuter, le 5 mai, entre les négociateurs du Conseil et du
Parlement.
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2. États
membres
Espagne
Santé et sécurité au travail :
Le Conseil des ministres a approuvé, le 28 avril, une réforme de
la loi sur la prévention des risques professionnels (Ley de Prevención de
Riesgos Laborales). Cette importante réforme s’inscrit dans la Stratégie de
prévention des risques professionnels 2023-2025, signée en février 2023 par le
gouvernement ainsi que les organisations syndicales (CCOO et UGT) et patronales
(CEOE et CEPYME). La réforme prend en compte l’impact de la numérisation et les
transformations de l’organisation du travail (v. communiqué).
Elle intègre explicitement les risques psychosociaux, les effets du changement
climatique et le droit à la déconnexion. Pour la première fois, la santé mentale est
explicitement reconnue comme une priorité. Les entreprises devront prévoir des
mesures spécifiques pour faire face aux catastrophes naturelles et aux phénomènes
climatiques extrêmes. La diversité des travailleurs est également placée au
cœur de la réforme : une attention particulière est accordée à l’égalité de genre,
aux conditions de travail des travailleuses enceintes et à l’âge et la longévité des
travailleurs. La prévention tiendra compte de la dimension de genre : tout poste de
travail pourra être occupé par des hommes ou des femmes, ce qui implique
l’obligation de prendre en compte leurs caractéristiques physiques, leurs mesures
anthropométriques, ainsi que d’autres caractéristiques biologiques susceptibles
d’influencer l’exposition aux risques. Un an après la promulgation de la loi,
elle sera complétée par un règlement d’application spécifique sur les risques
psychosociaux qui visera à promouvoir des environnements de travail sains et à
prévenir des situations graves, notamment les comportements suicidaires.
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France
Inclusion : L’institut de
sondage Ifop et l’association « L’autre cercle », ont publié, le 24 avril, l’édition
2026 du Baromètre de
l’inclusion des personnes LGBTQIA+ dans le monde du travail. Bien que les
données recueillies démontrent une hausse de la visibilité des personnes LGBTQIA+
dans le secteur professionnel, elles soulignent une augmentation significative des
cas de harcèlement ces deux dernières années. En effet, 36% des salariés interrogés
admettent avoir été victimes d’au moins une agression LGBTphobe au sein de leur
organisation, contre 28% en
2024 lors de la précédente étude et 37% auraient subi des
discriminations de la part de leur direction, contre 25% en 2024. Face à ce constat,
l’association souhaite alerter les entreprises sur l’importance de la prévention
afin de protéger tous les salariés, quel que soit leur genre, ou leur orientation.
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Suède
Congé parental : La part des
congés parentaux pris par les hommes continue de diminuer pour la deuxième année
consécutive, révèle l’indice d’égalité des sexes élaboré par le syndicat de
fonctionnaires TCO (1,2 million de membres) pour 2025. Cette inversion de la
tendance à l’égalité parentale est inédite depuis le démarrage des statistiques sur
l’égalité des sexes en 2006. Les femmes ont bénéficié de 68,5% des jours d’allocation
parentale et d’allocation de garde d’enfants en 2025 (v. 68,3% en 2024), contre seulement
31,5% pour
les hommes. « Depuis 2018, les progrès vers une plus grande égalité dans
l’utilisation de ces aides sont quasiment au point mort », note TCO (v. communiqué).
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3.
Entreprises
Comités
d’entreprise européens
Moyens des CE européens : Dans
le contentieux emblématique qui oppose le secrétaire du CE européen du groupe
américain Verizon à sa
direction européenne concernant la prise en charge de frais d’expertise et de
formation engagés par le CE européen, une nouvelle étape vient d’être
franchie. La Cour suprême irlandaise a accepté le pourvoi formé par la
direction contre l’arrêt de la Haute
Cour (High Court) qui avait ordonné au groupe de prendre en partie
en charge certains frais (v. IR Notes
263). Dans sa décision,
la Cour suprême laisse entendre que le sujet des moyens du CE européen, compte tenu
du nombre de contentieux en cours, mériterait d’être tranché par la Cour de justice
de l’UE. Elle souligne qu’un nombre important de salariés « ont le droit de savoir
clairement ce que la législation prévoit ou ne prévoit pas ». En outre, la
législation irlandaise qui doit être interprétée « transpose une directive de l’UE
qui ne semble pas avoir fait l’objet d’un examen ou d’une interprétation judiciaire
à ce jour. Son interprétation correcte revêt une importance d’intérêt général, ce
qui pourrait nécessiter un renvoi devant la CJUE. » Il est donc fort probable que la
juridiction suprême irlandaise adresse des questions préjudicielles à la Cour de
justice.
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Nouvel accord : La direction du
groupe Hamelin, les membres du
groupe spécial de négociation et les syndicats français CFE-CGC, CGT et FO ont
signé, le 6 septembre 2025, un nouvel
accord de CE européen. Ce texte se substitue à celui signé le 7 janvier
2013, qui encadrait jusqu’alors la création et le fonctionnement de cette instance.
Spécialisé dans la production et la commercialisation de fournitures scolaires et
professionnelles, le groupe Hamelin emploie environ 3 000 salariés dans le
monde. L’accord est entré en vigueur le 1er janvier dernier. Il
couvre tous les pays de l’UE, de l’EEE, le Royaume-Uni et la Suisse, où sont
employés au moins 10 salariés. Le CE européen se compose de neuf membres : trois
représentants pour la France, un pour la Pologne, un pour le Royaume-Uni, tandis que
les quatre autres sièges sont attribués à des représentants couvrant plusieurs pays
regroupés par zones géographiques. Le CE européen peut être informé d’un projet
concernant un seul pays, « dès lors que sur un ou plusieurs établissements, un
projet de licenciement collectif ou de réduction d’effectif concerne au moins 50
salariés ». La clause sur la confidentialité est particulièrement restrictive :
les membres sont tenus au secret professionnel et à l’obligation de discrétion à
l’égard des salariés du groupe qui ne sont pas membres du CE européen, ce qui limite
l’effet utile du CE européen.
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4. Études et
rapports
Risques psychosociaux : L’OIT a
publié, le 28 avril, un rapport
sur les risques psychosociaux (v. résumé)
qui évalue pour la première fois au niveau mondial l’impact de ces risques
responsables de plus de 840 000 décès par an dus à des maladies cardiovasculaires et
des troubles mentaux associés. Parmi ces facteurs de risques figurent les longues
heures de travail (i.e. plus de 48 heures de travail hebdomadaire, ce qui concerne
35% des travailleurs au niveau
mondial). Pour l’OIT, une autre préoccupation majeure est l’exposition à la
violence ou au harcèlement : 23%
des travailleurs dans le monde
ont été victimes d’au moins une forme de violence ou de harcèlement au cours de leur
vie professionnelle, la violence psychologique étant la plus répandue avec
18%. L’OIT regrette que seuls
18% des 338 accords conclus
entre 2000 et 2025 par les multinationales enregistrées dans sa base de données,
traitent explicitement de la santé mentale ou des facteurs psychosociaux dans leurs
dispositions relatives à la santé et la sécurité au travail. « Les risques
associés peuvent souvent être réduits en améliorant la conception, l’organisation et
la gestion du travail, souligne l’OIT. Cela implique de revoir la charge de
travail, la répartition des tâches, la supervision et d’autres éléments de
l’environnement de travail, tout en renforçant la capacité des travailleurs à
reconnaître les risques et à y faire face ».
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