 |
| |
IR Notes 39 — 7 octobre 2015
www.irshare.eu
|
|
|
| |
| |
Qui sommes nous?
IR Share est une
agence de partage d’informations, de documentations et de compétences
pour les managers RH et les représentants du personnel. L’agence IR
Share opère via des publications en ligne, des groupes de travail, des
formations consacrées à ces thématiques et un réseau d’experts.
L’équipe : ce
numéro a été préparé par Sylvain Nadalet et Frédéric Turlan. Retrouver
l’ensemble de l’équipe
de IR Share sur le site.
S’abonner à IR
Notes En quelques clics sur le site
IR Share ou par E-mail : frederic.t@irshare.eu
|
|
|
|
| |
Donnez-votre avis !
Participez à notre sondage en ligne !
Nous serions très
heureux si vous pouviez participer à un sondage en ligne et répondre à
nos 10 questions,
afin de nous aider à mieux répondre à vos besoins. Vous pouvez cliquer
pour ce faire sur ce lien. Toute l’équipe d’IR
Notes vous remercie de prendre les quelques
minutes nécessaires pour répondre aux questions.
|
|
|
|
| |
Interview
Jean-Christophe Sciberras, Directeur des Relations Sociales Groupe
Solvay
Pourquoi
avoir négocié une « charte
pour des pratiques de bonne collaboration en matière de
dialogue social » avec le CE européen (v. 3.
Entreprises) ? Ce que nous souhaitons
faire c’est de créer une dynamique entre le comité d’entreprise
(CE) européen et les comités d’entreprises locaux. L’accord organise
la collaboration entre ces deux niveaux de représentation des
salariés avec l’objectif d’aboutir à une position qui n’est pas
seulement celle du CE européen, mais celle du CE européen et des
comités d’entreprise locaux. Nous faisons le pari d’un dialogue
social renforcé dans lequel les représentants des salariés au niveau
local se sentiront partie prenante d’un processus d’information et
de consultation plus large. C’est bien sûr plus un processus de
« soft law ». Nous n’avons pas la prétention de passer par-dessus
les lois nationales et nous ne pouvons pas empêcher un comité
d’entreprise local de bloquer un projet.
Quelle
sera la différence par
rapport à l’actuel processus
d’information-consultation ? Jusqu’à
maintenant les processus étaient menés de façon parallèle. Il y
avait sans doute des échanges informels entre les deux niveaux. Mais
on pouvait aussi se retrouver avec des situations de blocage avec un
CE européen donnant son feu vert pour un projet et un comité
d’entreprise local qui bloque le processus. Avec cet accord, le but
est de faciliter une position de synthèse, que l’avis du CE européen
soit nourri des échanges avec les comités nationaux.
Le CE
européen a-t-il la légitimité pour orchestrer un tel
processus ? Pour que cela fonctionne,
il faut un CE européen arrivé à maturité et j’ai l’intuition que
c’est le cas. Nous venons de fêter des 20 ans et cet accord lui
donne un rôle important qu’il n’avait pas. De plus, le projet a été
discuté entre le secrétariat du CE européen et les représentants des
instances locales pendant tout l’été. Il reflète aussi une
convergence de vue entre le CE européen et ces instances.
Ne
risquez-vous pas de rendre plus complexe et bureaucratique
l’information et la consultation des représentants du
personnel ? Pour la direction, le
processus est sans aucun doute plus long. Cependant l’objectif est
de renforcer l’acceptabilité de nos projets sur le terrain. Nous
estimons qu’elle sera meilleure grâce au processus mis en place par
cet accord.
|
|
|
|
|
|
|
IR Notes est une lettre
diffusée tous les 15 jours, disponible en plusieurs langues européennes et
réalisée par IR
Share et son réseau d’experts. Elle propose une veille
européenne sur le droit du travail, les relations sociales et la politique de
l’emploi. Elle est en vente sur abonnement pour un montant de 15 euros HT par
mois sur le site. IR
Share. IR Share est une entreprise à capitaux privés,
indépendante et apolitique, dont l’objectif est d’informer et d’aider l’ensemble
des acteurs du dialogue social en Europe et au-delà. Elle est le correspondant
de la Fondation de Dublin, pour la France et le Luxembourg, depuis 2009, et pour
la Bulgarie depuis 2014.
|
|
|
À la Une
La
Confédération européenne des syndicats veut être un syndicat plus qu’une officine de
lobbying
Le 13e Congrès de la Confédération européenne des syndicats (CES), qui
s’est tenu à Paris, le 29 septembre au 2 octobre, a donné un mandat à la nouvelle équipe de
direction emmenée par Luca
Visentini du syndicat italien UIL, pour que la confédération se concentre
sur son rôle de syndicat, plutôt que de jouer le rôle de lobbyistes des intérêts des
travailleurs auprès des instances européennes. Le Congrès a adopté un document
politique – le Manifeste
de Paris – ainsi qu’un programme
d’action 2015-2019 ainsi qu’une série de résolutions notamment sur la crise
des réfugiés appelant à une réforme du droit d’asile et soulignant
l’engagement non équivoque du mouvement syndical contre les « comportements
populistes et xénophobes » (mais pas sans débat interne pour aboutir à ce résultat),
ainsi que sur la santé
et la sécurité au travail qui prie la Commission européenne de cesser de
vouloir évaluer et refondre toutes les directives sur la protection des
travailleurs. Reste à savoir, compte tenu des moyens alloués à la CES qui ont fondu
ces dernières années, comment la Confédération pourra à la fois conserver ce rôle
d’influencer sur les décisions européennes tout en investissant un rôle plus
revendicatif, afin d’être plus visible et comme l’a demandé Laurent Berger, le
secrétaire de confédération française CFDT, « apporter des résultats aux
travailleurs ». Il est en effet paradoxal de voir le peu de visibilité de la CES
comparativement à certains ONG alors qu’elle représente, via ses affiliés, environ
60 millions de salariés dans toute l’Union. Le Congrès en lui-même révèle les défis
de la CES : la nécessaire « re-syndicalisation » de travailleurs, car sans un
accroissement des effectifs syndicaux, le CES continuera à perdre en influence. Or,
la sociologie des participants au congrès montre que des progrès sont à faire pour
que les syndicalistes blancs de plus de 45 ans ne soient plus des seuls
représentants des travailleurs européens. Enfin, la CES n’échappera pas au débat de
fond sur sa capacité à parler au nom d’un syndicalisme européen, qu’il serait urgent
de définir et de faire vivre, ou de représenter le plus petit dénominateur commun
des 90 organisations syndicales et des 39 cultures nationales de relations sociales
qui la composent. Si la diversité est une richesse, en la matière, elle est
finalement gage d’inefficacité. La CES ne pourrait-elle pas devenir le creuset d’un
syndicalisme européen reposant sur la participation à la négociation collective, sur
l’implication des travailleurs dans la bonne marche des entreprises et la capacité
de mobilisation lorsqu’elle s’avère nécessaire?
|
1. Union
européenne
Actualité
sociale
- Le dumping social reste sur le devant de
la scène : le Comité économique et social européen a
adopté, les 16 et 17 septembre, deux avis importants, l’un sur le dumping social
dans l’aviation civile, (v. IR Notes 34), l’autre sur « le
marché intérieur du transport routier international de marchandises: dumping
social et cabotage » qui a été commandé par la présidence
luxembourgeoise de l’UE. Ces deux rapports sont d’une très bonne qualité et
décortiquent de façon claire les différentes pratiques qui vont de
l’optimisation de la législation à la fraude. En matière de cabotage le rapport
fait une proposition « pour éviter l’accumulation sans fin et systématique de
périodes de cabotage de sept jours, comme cela semble possible actuellement ».
Par ailleurs, la Fédération européenne des travailleurs du transport (ETF) a
présenté, le 29 septembre, une série
de mesures (en anglais) pour renforcer l’application de la législation
européenne dans le secteur des transports (v. communiqué,
en anglais). La veille, une « initiative citoyenne », portée par le mouvement
syndical, a été lancée pour récolter un million de signatures en faveur d’une
concurrence loyale et d’une égalité de traitement des travailleurs du transport
(v. communiqué).
|
Dialogue
social sectoriel
- Électricité : les
partenaires sociaux européens du secteur de l’électricité ont adopté, le
22 septembre, une position
commune proposant des mesures visant à atténuer les impacts sociaux liés
au changement climatique avant la conférence COP21 à Paris. L’objectif est
d’assurer « une transition sociale en douceur en faveur d’une économie durable
plus respectueuse de l’environnement » (v.
communiqué de presse ESPU, en anglais).
|
Jurisprudence
- Pas d’indemnité de précarité pour les
jeunes employés pendant les vacances scolaires : la Cour
de justice a rendu un arrêt concernant un jeune travailleur (CJUE
1er octobre 2015, aff. C‑432/14, O c/Bio Philippe Auguste)
qui s’estimait être victime d’une discrimination. Le Code du travail français
prévoit qu’à l’issue d’un contrat de travail à durée déterminée, un salarié
perçoit une indemnité de précarité (10 % de la rémunération totale brute perçue)
si la relation contractuelle ne se prolonge pas sous la forme d’un contrat à
durée indéterminée (article
L. 1243-8). Mais cette indemnité n’est pas due lorsque le « contrat est
conclu avec un jeune pour une période comprise dans ses vacances scolaires ou
universitaires » (article
L. 1243-10). Le jeune estime que cette disposition constitue une
discrimination liée à l’âge qui serait contraire au droit de l’Union. La Cour
souligne que le législateur national a « considéré que ces jeunes ne sont pas, à
l’expiration de leur contrat, dans une situation de précarité professionnelle »
puisqu’ils reprennent leurs études. Elle relève que leur situation « n’est pas
comparable à celle des autres catégories de travailleurs éligibles à l’indemnité
de fin de contrat ». Par conséquent, « le législateur national n’a nullement
outrepassé les limites de la marge d’appréciation dont il dispose en matière de
politique sociale ». La disposition privant ces jeunes de l’indemnité de
précarité n’est donc pas contraire au doit de l’UE.
|
2. États
membres
Italie
- Poursuite de la mise en œuvre du Jobs
Act : le gouvernement vient de publier au journal
officiel les quatre derniers décrets de mise en œuvre de la loi-cadre sur le
Jobs-Act (loi
n°183/2014). Le premier décret (n°148/2015)
étend les « amortisseurs sociaux » en cas de suspension des rapports de travail
(« cassa integrazione ») aux travailleurs et entreprises qui jusqu’ici ne
pouvaient en bénéficier. Le deuxième (n°149/2015)
réforme l’inspection du travail et regroupe ses services en une agence nationale
unique. Le troisième (n°150/2015)
réforme le service public de l’emploi géré par la nouvelle agence nationale pour
l’emploi (Anpal) ainsi que les relations entre celle-ci et les chômeurs. Le
dernier décret (n°
151/2015) rationalise et simplifie diverses obligations à la charge des
employeurs (travailleurs handicapés, démission, etc.) et introduit la
possibilité pour le salarié de céder ses congés à des collègues qui doivent
s’absenter pour des besoins familiaux.
|
Portugal
- Réduction temporaire du montant des
pensions : la Cour européenne des droits de l’homme a
rendu une décision concernant une retraitée qui avait vu le montant de sa
pension réduite de moins de 5 % sur deux années (CEDH, 24 septembre 2015,
n° 13341/14, da Silva Carvalho Rico c. Portugal, en anglais). Elle avait
considéré que le Portugal avait violé son droit de propriété garanti par la
Convention européenne des droits de l’homme. Cependant la Cour tient compte
« des intérêts généraux qui étaient en jeu au Portugal dans le contexte d’une
crise financière, ainsi que du caractère limité et temporaire des mesures
appliquées ». Elle juge que la réduction de sa pension a constitué une
restriction proportionnée du droit de la requérante à la protection de sa
propriété qui visait au redressement économique du pays à moyen terme.
|
3.
Entreprises
CE
européen
Solvay : le président du groupe
chimique belge Solvay(26000
salariés), Jean-Pierre Clamadieu, et le secrétaire du CE européen, Albert Kruft, ont
signé, le 11 septembre, une « charte
pour des pratiques de bonne collaboration en matière de dialogue social
» qui vise à concilier les procédures d’information et de consultation au niveau
européen et à l’échelle nationale. Cet accord expérimental signé pour deux ans
permet d’impliquer le CE européen et les instances nationales d’information et de
consultation dans la définition des politiques ressources humaines menées au niveau
du groupe. Le secrétariat du CE européen est informé en premier lieu avant que le
projet ne soit transmis aux responsables des relations sociales au niveau national
afin d’enclencher une procédure d’information et de consultation au niveau local.
Ces discussions se déroulent sur une période définie par accord entre la direction
du groupe et le secrétariat du CE européen. Au niveau européen, les discussions se
tiennent entre la direction et le secrétariat du CE européen en vue de « finaliser
le projet en temps utile avec un accord mutuel ». Dès lors les instances
représentatives locales et nationales s’emparent du projet en vue d’aligner et
d’harmoniser les nouvelles règles, procédures ou standards, en tenant compte de la
législation nationale.
|
Accord
transnational
Carrefour : le groupe français
de grande distribution Carrefour
(381227 salariés) a signé, le 30 septembre, un nouvel accord-cadre international
avec la fédération syndicale internationale UNI Global Union (v. communiqués de
presse de UNI
et de Carrefour. Ce
texte fait suite à un premier
accord-cadre sur le respect des droits fondamentaux au travail conclu en
2001. Le nouvel accord, plus complet que le précédent, est radicalement différent du
précédent qui mentionnait sur une page les conventions de l’Organisation
internationale du travail qui s’appliquent au groupe. Sur ses 18 pages, l’accord
aborde les droits fondamentaux en précisant les engagements du groupe en matière de
liberté syndicale, de lutte contre les discriminations ou encore de négociation
collective. Il contient également un chapitre sur la promotion du dialogue social
qui doit « porter sur les orientations stratégiques ». Il s’agit d’un accord
innovant dans le sens où il contient des concessions réciproques : le groupe entend
favoriser le dialogue social et la syndicalisation tout en se protégeant. En effet
cet engagement en faveur de « relations sociales de qualité » suppose « le respect
de la notoriété » et de « l’image » du groupe ainsi que de la « confidentialité »
des échanges tant dans l’exercice du dialogue social que dans le recours aux
« réseaux sociaux ».
|
Syndicalisme
- Sappi : le réseau syndical
formé par les syndicalistes du groupe papetier Sappi (13 500 salariés) a
demandé, début septembre, l’ouverture d’une négociation d’un accord-cadre
mondial. Le secrétaire du CE européen, Wolfgang Kamedler, rencontrera la
direction pour un premier échange sur ce sujet (v. communiqué
d’IndustriAll Global Union).
- Pirelli : un réseau
syndical mondial au sein du groupe italien Pirelli
(37561 salariés) a été mis en place. Les syndicalistes s’inquiètent de la montée
de l’entreprise publique chinoise ChemChina (140 000 salariés) à hauteur de 30%
dans l’actionnariat du groupe et des possibles conséquences en matière d’emploi.
(v. communiqué
d’IndustriAll Global Union).
- Shell : lors d’une réunion
organisée par IndustriAll Global Union à Singapour, les 29 et 30 septembre, une
soixantaine de syndicalistes de 22 pays ont décidé de créer un réseau syndical
mondial au sein du géant pétrolier néerlandais Shell (90000 salariés). Un plan
d’actions a été adopté et des moyens de communication seront mis en place, dont
une page Facebook. Le réseau veut constituer « une base de données » sur les
conditions d’emploi dans le groupe. La prochaine réunion aura lieu aux Pays-Bas
en 2016 et sera soutenue financièrement par la Fondation Friedrich Ebert (v. communiqué).
|
4. Études et
rapports
Écart salarial entre l’ouest
et l’est de l’Allemagne : alors que l’Allemagne fête les 25
ans de la Réunification, une étude publiée par
l’institut WSI de la Fondation Hans Böckler (proche de la confédération syndicale
DGB), souligne que l’écart salarial entre les conventions collectives conclues dans
les Länder de l’est et ceux de l’ouest est devenu très faible, de l’ordre de 3% en
défaveur des régions de l’est, contre 40% en 1991 ou encore 5% en 2006. En
revanche, en ce qui concerne les salaires pratiqués par les employeurs non soumis à
une convention collective, la différence entre l’ouest et l’est est encore de 17% en
2014 en défaveur des régions de l’est. L’étude entend ainsi souligner le rôle des
syndicats dans la réduction de cet écart et l’importance de la syndicalisation pour
négocier des accords collectifs.
|
|
|