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IR Notes 69 – Accélération de la croissance des salaires minimaux

  IR Notes 69 – 15 février 2017
www.irshare.eu
 
 
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L’équipe : ce numéro a été préparé par Alain Lefebvre, Sylvain Nadalet et Frédéric Turlan.
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  Interview
Karel Fric, Chargé de recherche à la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail

Pouvez-vous estimer combien d’années il faudra pour réduire significativement la différence entre le salaire minimum le plus bas, et le salaire minimum le plus élevé, dont le ratio actuel est de 1 à 8,5 ?
C’est une question difficile, car nous ne pouvons pas prévoir les développements économiques et politiques futurs. Si les taux de croissance actuels se maintiennent, il faudra environ 10 ans pour que le salaire minimum légal en Bulgarie atteigne le quart de celui du Luxembourg. Mais les taux de croissance actuels pourraient ne pas être économiquement et politiquement tenables. Nous voyons maintenant déjà que dans certains pays, le salaire minimum a augmenté rapidement, la proportion de personnes gagnant le salaire minimum s’avère plus élevé dans les pays ayant des taux de croissance modérés. Si la croissance future du salaire minimum n’est pas accompagnée par une croissance suffisante de la productivité du travail, l’emploi dans certains secteurs pourrait être mis sous pression à long terme. Si les choses restent inchangées, cela pourrait prendre encore 10 à 15 ans pour que le salaire minimum le plus bas dans un pays UE atteigne un quart du salaire minimum le plus élevé dans l’UE.


Votre rapport souligne une augmentation de la collaboration avec les partenaires sociaux et les comités d’experts pour fixer le salaire minimum. Cette approche collaborative pousse-t-elle les gouvernements à augmenter le salaire minimum davantage qu’auparavant ?
Je ne pense pas que l’approche collaborative mène nécessairement à des augmentations plus importantes du salaire minimum légal. Je crois plutôt qu’un système de fixation du salaire minimum avec des règles transparentes offre plus de clarté au secteur du business concernant le futur développement du salaire minimum légal. En outre, il est moins sensible au cycle politique et à ses effets. De la même façon, la fixation d’un salaire minimum légal ne s’effectue pas dans un vide, et dans de nombreux pays, cela a des implications importantes pour le réseau de sécurité sociale et/ou est influencé par le système de taxation et les changements qui y sont apportés. L’implication de plusieurs parties dans la fixation du salaire minimum ne rend pas le processus nécessairement plus aisé, mais le résultat reflète la nécessité de plusieurs partis mieux que si le salaire minimum était fixé uniquement par le gouvernement. D’autre part, une augmentation de l’implication de comités experts signifie aussi que les partenaires sociaux perdent une certaine partie de leur autonomie pour la fixation des salaires.


Quels sont les principaux obstacles à l’adoption d’un salaire minimum à l’échelon UE, tel que souhaité par Jean-Claude Juncker?
Certains pays n’ont pas de salaire minimum légal (comme l’Autriche, le Danemark, la Suède, etc.), et l’introduction d’un tel instrument les obligerait à changer considérablement leur système de fixation du salaire minimum. Dans de nombreux pays, le salaire minimum est fixé au niveau sectoriel dans un accord entre les partenaires sociaux. Les partenaires sociaux sont souvent opposés à l’introduction du salaire minimum légal, qui pourrait affaiblir leur position. Si la proposition incluait la fixation d’un salaire minimum par rapport au salaire moyen, par exemple, il y aurait également de l’opposition à la proposition de Juncker dans les pays où une approche pan-européenne potentielle pourrait entraîner une hausse considérable du salaire minimum. Cela pourrait être le cas dans certains nouveaux États membres. Dans ces pays, les employeurs et peut-être aussi les partis politiques conservateurs seraient parmi les plus opposés à une approche pan-européenne.

 
  Agenda

16 février
Strasbourg

Réunion extraordinaire de la commission emploi et affaires sociales du Parlement européen consacrée à la présentation du rapport sur la proposition de révision de la directive détachement.


2 mars
Paris

Débats d’Eurogip sur le thème “La santé-sécurité au travail, un levier de performance pour l’entreprise“, avec l’intervention des partenaires sociaux européens.



3 mars
Luxembourg
Conseil « Emploi, politique sociale, santé et consommateurs ».


9 et 10 mars
Bruxelles
Conseil européen.


3 et 4 avril
La Valette
Conseil informel Emploi et Affaires sociales.


28 avril
Paris
Conférence de l’AFDT sur la mesure de la représentativité syndicale et patronale.


29 avril
Bordeaux
Le Comptrasec (UMR 5114 – CNRS-Université de Bordeaux) organise une manifestation internationale et interdisciplinaire sur l’innovation et la protection de la santé au travail, avec le professeur Robert Karasek, père du modèle d’évaluation du stress au travail Job demand/Control.


4 mai
Paris
Conférence de haut niveau organisée par l’OCDE et la Fondation pour l’amélioration des conditions de vie et de travail sur la mobilité sociale et l’égalité des chances.


15 et 16 juin
Bruxelles
Conseil Emploi et Affaires sociales

 

IR Notes est une lettre diffusée tous les 15 jours, disponible en plusieurs langues européennes et réalisée par 
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IR Share. IR Share est une entreprise à capitaux privés, indépendante et apolitique, dont l’objectif est d’informer et d’aider l’ensemble des acteurs du dialogue social en Europe et au-delà. Elle est le correspondant de la Fondation de Dublin, pour la France et le Luxembourg, depuis 2009, et pour la Bulgarie depuis 2014.

 

À la Une
Accélération de la croissance des salaires minimaux


La Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail (Eurofound) a livré, le 9 février, son étude annuelle sur l’évolution des salaires minimaux dans l’UE (en anglais). Le rapport souligne : 1/ Une accélération de la progression des salaires minimaux, avec de fortes hausses dans les nouveaux États membres, ce qui entraîne une lente convergence entre les niveaux de salaire minimum. 2/ Une disparité encore très forte, le salaire minimum luxembourgeois étant huit fois et demi plus élevé que le salaire minimum bulgare. 3/ Un salaire minimum légal existe dans 22 des 28 États membres, mais les pays non couverts appliquent des salaires minima conventionnels. 4/ L’étude décèle une approche plus collaborative dans la détermination des salaires minima dans un certain nombre de pays avec une implication des partenaires sociaux et l’intervention de comités d’experts.  Des résultats corroborés par Eurostat qui a publié, le 10 janvier, son état des lieux sur les salaires minimaux. Au 1er janvier 2015, Eurostat constatait un écart d’1 à 10 pour les salaires minima au sein de l’UE qui se réduit de 1 à 4 en tenant compte du pouvoir d’achat (v. communiqué). Dans sa nouvelle publication, Eurostat souligne qu’au 1er janvier 2017, l’écart brut est passé de 1 à 9 tandis que l’écart exprimé en tenant compte du pouvoir d’achat s’est réduit de 1 à 3 (communiqué). Par ailleurs, l’étude permet de confronter à la réalité le projet soutenu par le Parlement européen de mettre en place un salaire minimum dans tous les pays de l’UE fixé à 60% du salaire brut médian de chacun des pays. Selon Eurostat, le salaire minimum atteint ou dépasse les 60% dans seulement trois pays : Portugal (64%), France et Slovénie (62% chacun). Si neuf autres États membres ont des taux compris entre 50% et 60%, en revanche certains sont très éloignés de l’objectif – Slovaquie (46%), Espagne (45%), Irlande (45%), Estonie (40%), République tchèque (39%). Atteindre les 60% nécessiterait donc un important effort de convergence. Ces deux études vont donc éclairer les débats, qui auront lieu dans le cadre des discussions sur la mise en place du socle des droits sociaux européens, en vue de mettre en place un salaire minimum européen, un objectif encore répété par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, le 23 janvier dernier (v. IR Notes 68).



1. Union européenne
Législation

  • Conditions de travail dans le secteur de la pêche : publication au JOUE de la directive 2017/159 du 19 décembre 2016 transposant l’accord des partenaires sociaux européens du secteur de la pêche, du 21 mai 2012, sur la mise en œuvre de la convention OIT sur le travail dans la pêche.

  • Exposition aux agents chimiques : publication de la directive 2017/164 du 31 janvier 2017 établissant une quatrième liste de valeurs limites indicatives d’exposition professionnelle pour 31 agents chimiques dangereux.


Jurisprudence

Le repos hebdomadaire pris dans un camion n’est pas du repos : l’avocat général de la Cour de justice, dont l’avis (« les conclusions ») est très souvent suivi par la Cour de justice lorsqu’elle rend son jugement, s’est prononcé dans une affaire belge ayant un impact important pour le secteur du transport routier (CJUE, concl., aff. C-102/16, Vaditrans BVBA). L’affaire concerne une entreprise de transport qui contestait une amende sanctionnant le fait que l’un de ses chauffeurs avait passé son repos hebdomadaire dans son camion. La question est de savoir si la législation sociale européenne en matière de transport routier autorise cette pratique. Plusieurs États membres, qui ont intégré dans leur législation une interdiction de faire prendre ce repos hebdomadaire à bord du véhicule, estiment que le repos doit être pris en dehors du camion, tandis que d’autres, comme l’Estonie ou l’Espagne, soutiennent qu’un chauffeur peut très bien prendre son repos dans son camion, compte tenu notamment de l’évolution du confort des cabines. L’avocat général a interprété la disposition européenne applicable : l’article 8, paragraphes 6 et 8 du règlement n° 561/2006. Il en déduit que « le conducteur ne peut pas prendre les temps de repos hebdomadaires normaux visés à l’article 8, paragraphe 6, à bord du véhicule ». La fédération syndicale européenne ETF, qui avait dénoncé dans un courrier adressé à la Commission européenne la pratique de faire prendre le temps de repos dans le véhicule, a salué les conclusions de l’avocat général dans un communiqué.


Dialogue social sectoriel

  • Employabilité dans le sport et loisirs actifs : les partenaires sociaux européens du secteur du sport et des loisirs ont signé une position commune sur le « renforcement de l’employabilité dans le secteur du sport et des loisirs actifs ».


2. États membres
Belgique

  • Texte de l’accord interprofessionnel : les partenaires sociaux ont signé, le 2 février, l’accord interprofessionnel 2017-2018 évoqué dans notre dernier numéro. Le texte de l’accord est désormais disponible.
    > v. aussi communiqués des confédérations syndicales FGTB et CSC, et de l’organisation patronale FEB.


Italie

Luxembourg

  • Accroissement de la flexibilité du temps de travail : la loi du 23 décembre 2016 sur l’organisation du temps de travail est entrée en vigueur au 1er janvier 2017. Une des principales mesures permet aux employeurs d’accroître la période de référence légale d’un mois actuellement à quatre mois. En contrepartie, ils doivent accorder des jours de repos supplémentaires aux salariés en fonction de la durée de la période de référence. Cependant, comme auparavant, les partenaires sociaux peuvent négocier une convention collective de travail pour allonger la période de référence jusqu’à 12 mois, tout en négociant des contreparties adaptées aux besoins de l’entreprise et des salariés. Les employeurs jugent cette réforme trop rigide et coûteuse pour les entreprises (v. Guide pratique édité par la Fedil).
    >Pour une synthèse de la loi, v. analyse du cabinet d’avocat Arendt&Medernach.


3. Entreprises
Comités d’entreprises européens

Eiffage : le groupe français de construction et de concessions, Eiffage (70 000 salariés), a signé, le 30 décembre 2016, un nouvel accord de CE européen. Le comité qui compte 22 membres (avec un plafond fixé à 30) se réunit deux fois par an. Le comité restreint comporte cinq personnes (trois non-Français) qui se réunissent tous les trimestres. Un représentant de la fédération syndicale européenne FETBB peut assister aux réunions. Entre deux plénières, l’accord encourage la direction à communiquer des informations intermédiaires au comité restreint « afin de contribuer à associer plus étroitement le comité à l’actualité transnationale et aux évolutions du groupe ». Le CE européen peut également solliciter des informations auprès de la direction sur les chantiers internationaux du groupe. En cas de circonstances exceptionnelles, le comité restreint « est préalablement informé et convoqué pour une réunion à l’initiative » de la direction. Pour cela, il faut qu’une décision concerne soit au moins deux pays et un pourcentage significatif des effectifs de chaque entité affectée lorsqu’il s’agit d’un problème d’emploi ; soit un seul pays, mais lorsque cet événement, par son importance, a une incidence nationale ou transnationale manifeste eu égard aux effectifs. Des membres du comité restreint peuvent se rendre sur les sites concernés. Le CE européen dispose d’un budget de fonctionnement de 60000 euros.



  • Geberit : le CE européen (« Forum européen ») du groupe suisse Geberit se réunira les 2 et 3 mars prochains, à Munich, pour une réunion d’information et de consultation sur un projet de restructuration menaçant deux sites de production en France et 250 emplois. La production serait principalement transférée au Portugal, mais aussi en Pologne et en Italie. Une réunion tardive obtenue par l’avocat de l’intersyndicale des deux sites français, puisque ce projet a été initialement présenté aux représentants des salariés français en mai 2016. La procédure française n’est pas terminée et le contentieux en cours entre les représentants syndicaux et la direction pourrait aboutir à ce que celle-ci doive reprendre la procédure au début.

  • Syndex : fort d’avoir formé plus de 300 syndicalistes et membres de CE européen depuis 2015, dans le cadre d’un projet européen intitulé « Agir ensemble pour la reprise européenne : la participation des travailleurs dans l’avenir des sociétés comme pierre angulaire », le cabinet de consultants Syndex a mis en ligne une « boîte à outils » (www.syndex.eu), en plusieurs versions linguistiques, qui peut servir de support de formation pour les membres de CE européen. Ce projet a été piloté par Syndex en partenariat avec les quatre fédérations syndicales européennes ETF, FSESP, IndustriAll Europe et UNI Europa.


Syndicalisme

  • Axa : l’alliance syndicale d’Axa, mise en place par la fédération syndicale européenne UNI Europa Finance, a dénoncé les « attaques sur les droits sociaux des salariés d’Axa » dans un communiqué, à propos de la récente dénonciation par la direction d’un accord de groupe français sur le compte-épargne temps.


Accord d’entreprise 


  • Unicredit : un accord a été signé entre la direction de la banque italienne UniCredit et les cinq organisations syndicales affiliées à UNI Finance, sur l’impact social du plan de transformation de la banque qui se traduit par 3900 départs volontaires avec mise en place d’une retraite anticipée, 54 mois avant l’âge de départ à la retraite (v. communiqué UNI Finance, en anglais, et de l’intersyndicale, en italien).


4. Études et rapports

Un coup de frein sur les délocalisations : selon un rapport de la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail (Eurofound), le nombre de cas de restructurations liés à une délocalisation d’activités recensés dans l’Union est en diminution depuis la crise économique et financière (v. synthèse). L’étude souligne que les délocalisations n’ont jamais été une « source importante de perte d’emplois, en dépit de prédictions alarmantes selon lesquelles un très grand nombre d’emplois en Europe et ailleurs dans les pays développés étaient potentiellement délocalisables ». Ainsi, selon l’outil de veille sur les restructurations d’entreprises (ERM) développé par Eurofound, « entre 2003 et 2007, la délocalisation a représenté 7 % de l’ensemble des pertes d’emplois annoncées dans l’ERM. Ce taux est revenu à 4 % au plus profond de la récession (2008-2010) et a continué de baisser pour atteindre moins de 3 % en 2015-2016 ». L’ERM constate aussi une diminution des délocalisations dans les anciens Etats membres dans l’industrie manufacturière – les pertes d’emplois associées passant de 14 à 7 % des pertes totales entre 2003–2007 et 2015–2016, alors qu’elles ont quadruplé dans les nouveaux Etats membres, passant de 4 à 15 % sur ces mêmes périodes. Les productions partant vers des pays où les coûts du travail sont plus faibles.

 


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