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IR Notes 83 – 11 octobre 2017
www.irshare.eu
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Interview
Elisabeth Morin-Chartier, Questeur, Députée européenne (groupe PPE),
Quels sont les enjeux du vote qui
interviendra le 16 octobre prochain en commission emploi et
affaires sociales du Parlement européen sur le projet de rapport
que vous défendez avec votre collègue Agnes Jongerius, sur la
révision de la directive relative au détachement de
travailleurs ? Il s’agit à travers ce texte de réaffirmer
l’Union européenne en tant que marché intérieur dans lequel il faut
assurer, d’une part, la libre circulation des services, et d’autre
part, la protection des travailleurs. C’est extrêmement important
d’éviter que l’Europe se construise sur le dumping social et il est
tout aussi important que les entreprises puissent se développer dans
des conditions équitables dans une concurrence loyale. Il ne peut
pas y avoir de développement de l’Europe si l’on ne tient pas les
deux plateaux de cette balance, en recherchant un équilibre entre
protection des salariés et protection des entreprises. En tant que
rapporteur, je dois rechercher un tel équilibre, tout comme un
équilibre entre les exigences des pays d’Europe de l’ouest et ceux
d’Europe de l’est, ou entre l’intervention du niveau européen et le
respect des compétences nationales. Il s’agit, sur ce texte, de
construire une majorité la plus large possible, pour obtenir ensuite
un mandat de négociation clair et fort pour finaliser ce texte dans
la phase finale de discussion avec les représentants du Conseil,
donc des 28 États membres.
Quelles seront les mesures
incontournables que vous défendrez devant les représentants des
États membres dans le cadre de la négociation finale avec le
Conseil ? Ce
qui n’est pas négociable, c’est la sanctuarisation de la
rémunération. Les salariés détachés doivent recevoir le salaire
minimum du pays d’accueil y compris tous les bonus attachés, comme
la prime de panier, la prime de froid ou le treizième mois. De plus,
la rémunération ainsi établie ne doit pas être amputée de frais
prélevés par l’employeur au titre des frais d’hébergement, de
transport ou d’alimentation. Enfin, ces frais doivent être calculés
en prenant en compte le niveau de vie du pays d’accueil. Un salarié
bulgare envoyé en Allemagne doit recevoir de quoi prendre un repas
en Allemagne et non une allocation représentant le prix d’un
sandwich en Bulgarie.
Les accords collectifs
s’imposeront-ils aux travailleurs
détachés ? Ils s’appliquent déjà aux travailleurs
détachés. Il s’agit des accords collectifs d’application
universelle, qui s’imposent à tous les travailleurs et toutes les
entreprises d’un secteur déterminé. Mais nous ajoutons aussi les
accords collectifs nationaux ou mêmes territoriaux qui devraient
aussi être respectés, dès lors qu’un État membre en décide ainsi et
publie le texte sur une plateforme d’information en ligne afin de le
porter à la connaissance des entreprises qui détachent des salariés.
À défaut de publication, les entreprises ne pourraient pas être
pénalisées. Le but est que la feuille de paie d’un salarié détaché
soit identique à celle d’un salarié national. Elle doit comporter
les mêmes éléments, ce qui permet ainsi de concrétiser le concept
développé par le Président de la Commission européenne, Jean-Claude
Juncker, de « à travail égal, salaire égal, sur un même lieu de
travail ». On ne construira pas l’Europe sur le moins-disant social
et la concurrence déloyale.
Mais ce principe n’empêche pas le
maintien d’une distorsion de concurrence qui provient de
différents coûts de protection sociale des États
membres ? En
effet, il existe des différences de coût de protection sociale entre
les États membres, qui ont un impact sur le coût du travail, mais
cette question sera abordée dans le cadre des travaux en cours,
menés au niveau du Parlement par le député français Guillaume Balas
(S&D), sur la révision du règlement de coordination des régimes
de sécurité sociale.
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d’aider l’ensemble des acteurs du dialogue social en Europe et au-delà. Elle
est le correspondant de la Fondation de Dublin, pour la France et le
Luxembourg, depuis 2009, et pour la Bulgarie depuis 2014.
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À la Une
Le Parlement
européen doit se prononcer sur la révision de la directive détachement
La commission emploi et affaires sociales du Parlement européen doit se prononcer, le
16 octobre, sur le rapport établit par deux de ses membres les plus influentes, la
Française Elisabeth Morin-Chartier (PPE) et la Néerlandaise, Agnes Jongerius
(S&D), sur la révision de la directive relative au détachement de travailleurs.
Quelques jours plus tard, le 23 octobre, ce sera au tour des chefs d’État et de
gouvernement de se prononcer sur la proposition de révision, avant que le rapport
parlementaire voté en commission passe au vote devant l’assemblée plénière du
Parlement d’ici la fin de l’année. Les deux rapporteures ont fait leur possible pour
obtenir le plus large consensus possible sur un texte qui a profondément divisé les
Européens, avec une ligne de fracture en l’est, les pays d’envoi de travailleurs
détachés et ceux de l’ouest, qui les accueillent. Les principaux points avancés par
le rapport sont les suivants : 1/ Extension de la base juridique de la directive,
actuellement l’article concernant la libre prestation de services au sein de l’UE,
aux articles du traité relatifs à la politique sociale et aux conditions de travail
(article 151 et 153 du TFUE) « afin que ce texte soit appuyé sur ses deux pieds : la
libre prestation de service et la protection des travailleurs ».2/ Rappel que la
directive instaure des seuils minimums à respecter pour la protection des
travailleurs et qu’elle ne doit pas être considérée comme fixant des seuils
maximums. Elle doit aussi indiquer qu’elle ne peut affecter l’exercice des droits
fondamentaux de l’Union européenne. 3/ Indiquer que les travailleurs détachés
doivent recevoir une rémunération qui soit au moins égale au salaire minimum
applicable dans le pays d’accueil auquel il faut ajouter les compléments
obligatoires (v. interview). 4/ Préciser que les frais afférents au détachement et
qui concernent le transport, le gîte et le couvert ne peuvent être déduits de la
rémunération. 5/ Permettre aux États membres de faire appliquer leurs accords
collectifs régionaux et sectoriels aux travailleurs détachés (et non seulement les
accords d’application générale) dès lors que ces textes sont clairement publiés sur
un site Internet national unique précisant les droits du pays d’accueil qui doivent
être respectés et notamment en matière de rémunération. 6/ Appliquer le principe de
l’égalité de traitement entre les travailleurs détachés intérimaires et les
intérimaires locaux tout en réduisant les abus de détachement d’intérimaires en
cascade. Le vote qui interviendra en commission, le 16 octobre, sera une bonne
indication pour savoir si la révision sera soutenue par une large majorité du
Parlement y compris en termes de nationalités. Si tel est le cas, les négociateurs
du Parlement auront plus de poids pour contraindre les 28 États membres à un
compromis.
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1. Union
européenne
Projets
Révision de la législation antidumping
européenne : selon un accord informel conclu le 3 octobre,
entre le Parlement et le Conseil, à propos de la révision de la législation
antidumping, la législation de l’UE sur la défense commerciale prendrait en compte
les normes environnementales et de travail internationales. Les députés européens
soulignent que « toutes les parties impliquées, en particulier les syndicats »,
pourront « contribuer aux décisions relatives aux mesures de défense commerciale ».
Le texte doit maintenant être adopté formellement par les deux institutions (v. communiqué).
- Un cadre européen pour favoriser
l’apprentissage : la Commission européenne a adopté, le
5 octobre, une proposition
de « cadre européen pour un apprentissage efficace et de qualité ».
Cette initiative, qui prend la forme d’une recommandation du Conseil, invite les
États membres à prendre en compte 14 critères qualitatifs pour favoriser
l’apprentissage, comme celui de remettre un contrat écrit à l’apprenti qui doit
bénéficier d’une protection sociale ou encore de prévoir une rémunération ou une
indemnité (v. communiqué).
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Actualité
sociale
- Les députés européens demandent un revenu
minimum au niveau de l’Union : dans une résolution
adoptée, le 28 septembre, à une large majorité, la commission Emploi et Affaires
sociales du Parlement européen demande la mise en place dans tous les États
membres d’un revenu minimum afin de lutter contre le risque de pauvreté et
d’exclusion qui touche 119 millions de citoyens européens (25 % de sa population
totale) (v. communiqué).
- Intervention du Fonds d’ajustement en
Italie : la Commission européenne a proposé, le
26 septembre, de fournir à l’Italie une aide 3,3 millions d’euros du Fonds
européen d’ajustement à la mondialisation pour aider 1 610 anciens travailleurs
d’Almaviva Contact, un centre d’appels, à trouver de nouveaux emplois (v. communiqué).
- Protection des lanceurs
d’alerte : la commission des affaires juridiques du
Parlement européen a adopté à une large majorité, le 2 octobre, une résolution
qui réclame des règles européennes pour mieux protéger et soutenir les lanceurs
d’alerte (v. communiqué)
- Conditions de travail dans les compagnies
aériennes à bas coûts : lors d’un débat qui s’est tenu,
le 3 octobre, au Parlement européen à propos des annulations massives de vols
par Ryanair, plusieurs députés ont souligné que les conditions de travail des
transporteurs aériens à bas coûts devraient faire l’objet d’une enquête de la
Commission. Selon ces députés, la compétitivité ne peut pas se faire au
détriment des droits des travailleurs et des mauvaises conditions de travail
peuvent aussi entraîner des problèmes de sécurité. La commissaire européenne
Violeta Bulc s’est engagée à lancer une étude l’année prochaine sur les
conditions sociales et les droits des travailleurs mobiles dans le secteur de
l’aviation (v. communiqué).
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Dialogue
social européen
Réponses à la consultation sur la révision de
la directive « agents cancérigènes » : les partenaires
sociaux européens ont adressé leur réponse à la première phase de consultation
lancée en juillet dernier par la Commission européenne, sur une nouvelle série de
révisions de la directive 2004/37 du 29 avril 2004 concernant la protection des
travailleurs contre les risques liés à l’exposition à des agents cancérigènes ou
mutagènes. L’organisation patronale BusinessEurope
a pris acte de la volonté de la Commission de poursuivre les travaux de révision,
tandis que la Confédération
européenne des syndicats a fait part de ses exigences en termes de méthode
(fixer une norme d’exposition à ne pas dépasser et une norme plus protectrice à
atteindre progressivement) et revendique l’extension du champ d’application de la
directive aux agents reprotoxiques.
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2. États
membres
Royaume
Uni
- Une déclaration conjointe des partenaires
sociaux sur le Brexit : l’organisation patronale CBI et
la confédération syndicale britannique TUC ont adopté, le 28 septembre, une déclaration
conjointe, ce qui est rare dans le système de relations sociales
britannique, pour exiger que des garanties soient données par le gouvernement
britannique et les négociateurs de l’UE, « dans les semaines à venir », aux
citoyens expatriés concernés par le Brexit.
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3.
Entreprises
CE
européens
Essity : le groupe suédois
Essity (48 000 salariés), spécialisé dans la production et la commercialisation de
produit d’hygiène personnelle, d’hygiène papier et de santé, a mis en place, le
31 mai, un CE européen au niveau du groupe composé de deux sous-comités, couvrant
respectivement les activités « Tissue » et « Produits d’hygiène personnel » (accord disponible sur le site de
l’Institut syndical européen). L’ensemble des deux comités restreints de
chacun des sous-comités forme le CE européen du groupe Essity. L’accord précise que
la langue de travail est l’anglais. L’objectif est que tous les membres puissent
communiquer en anglais dans les deux années qui suivent l’installation du comité.
Les parties s’engagent à ce que les candidats à un siège au sein du CE européen
acceptent de se préparer à apprendre l’anglais. La direction s’engage à financer des
formations en anglais allant jusqu’à des séjours de cinq semaines au
Royaume-Uni.
- Kostal : la direction du
groupe familial allemand Kostal (17 075 salariés), spécialisé dans
l’électronique, a conclu, le 26 juin, un accord pour mettre en place un CE
européen (disponible sur le site de
l’Institut syndical européen). Le CE européen doit être consulté avant,
ou en même temps, que les instances représentatives du personnel au niveau
national. Il est précisé que si une filiale prévoit d’appliquer une mesure avant
que le CE européen ait été correctement informé et consulté, alors le comité est
en droit d’interpeller la direction centrale pour qu’elle effectue une
médiation. La direction doit alors s’assurer que de telles mesures ne seront pas
mises en œuvre avant la fin de la procédure d’information et de consultation
prévue dans l’accord relatif au CE européen.
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Accords
transnationaux
ASOS : la direction du site
britannique Asos,
spécialisé dans le commerce de vêtement et de cosmétique en ligne, a signé, le 3
octobre, un accord-cadre mondial avec la fédération syndicale internationale
IndustriALL Global Union afin d’améliorer l’application des normes internationales
du travail dans toute la chaîne d’approvisionnement mondiale d’ASOS composé de plus
de 600 fournisseurs de premier rang (v. communiqué
IndustriAll).
- H&M : prévus par l’accord-cadre
mondial signé entre le groupe textile suédois H&M et la fédération
syndicale internationale IndustriAll, les « comités nationaux de surveillance »
mis en place dans cinq pays (Bangladesh, Cambodge, Indonésie, Myanmar et
Turquie), se sont réunis les 1er et 2 octobre, à Bangkok. Ces comités
composés de syndicalistes présents chez les fournisseurs du groupe et de
représentants de H&M élaborent des plans d’actions à court et à long termes
veillant à ce que les fournisseurs mettent en œuvre l’accord-cadre mondial (v.
communiqué).
- Inditex : le groupe
textile espagnol Inditex et la fédération syndicale internationale IndustriALL
Global Union, ont célébré, le 4 octobre, à Madrid, lors d’une réunion au siège
de Conseil économique et social, le dixième anniversaire de l’accord-cadre
mondial qu’ils ont signé pour protéger et promouvoir les conditions de
travail dans l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement d’Inditex (v.
communiqués
Industriall et Inditex
qui relate les différentes étapes de la coopération entre Inditex et
IndiustriAll).
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Syndicalisme
SKF : plus de 40 délégués
syndicaux du groupe SKF se sont réunis, du 18 au 21 septembre, à Göteborg (Suède),
dans le cadre de la réunion du comité syndical mondialel, qui représente les
salariés de SKF de 20 pays. « Les opportunités et les défis de la quatrième
révolution industrielle ont été au centre des discussions » avec la direction, « de
même que l’analyse du climat social et les questions de santé et sécurité au
travail », souligne IndustriAll. Une réunion séparée du CE européen s’est tenue le
18 septembre (v. communiqué).
- DHL-DP : la direction de
Deutsche Post DHL Group (DPDHL), la Fédération internationale des ouvriers du
transport (ITF) et UNI Global Union ont conjointement demandé au Point de
contact national allemand de l’OCDE pour les entreprises multinationales
d’étendre le protocole signé en juillet 2016 jusqu’en 2019 afin de poursuivre un
dialogue régulier sur des sujets de relations sociales (v. communiqué
UNI Europa).
- Korian : des salariés et
des représentants syndicaux du leader européen des services d’accompagnement et
soins dédiés aux seniors, Korian (près de
47000 salariés), se sont réunis à Bruxelles, les 5 et 6 septembre, afin de mieux
coordonner leurs actions et leurs stratégies afin d’obtenir de meilleurs
salaires et conditions de travail pour salariés du groupe exerçant leur activité
dans quatre États membre (Allemagne, Belgique, France, Italie). Cette réunion
s’est faîte sous l’égide de la fédération syndicale européenne des services
publics qui développe une stratégie pour coordonner les syndicats au sein des
multinationales du secteur des soins de santé (v. communiqué).
- Shell : les syndicats
représentant les travailleurs de Shell de 14 pays se sont réunis les 25 et
26 septembre, à Vlaardingen (Pays-Bas) dans le cadre du réseau syndical mondial
Shell mis en place par IndustriAll Global Union. Les participants veulent que
Shell reconnaisse le réseau en tant que partenaire pour un dialogue social à
l’échelon mondial. Le réseau demande par ailleurs que Shell limite le recours au
travail précaire et applique partout dans le monde les mêmes normes et
procédures en matière de santé et de sécurité, tout en les imposant à ses
fournisseurs (v. communiqué).
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4. Études et
rapports
- Amélioration de la situation sociale dans
l’Union : le dernier rapport
trimestriel sur l’évolution de l’emploi et de la situation sociale en
Europe, publié le 5 octobre, par la Commission européenne, confirme une
amélioration tant de la croissance et de la situation de l’emploi au sein de
l’Union. Au cours du deuxième trimestre 2017, l’emploi a augmenté de 1,5 % dans
l’UE et la croissance a atteint 2,4% (v. communiqué).
Le rapport contient des données comparatives complètes sur l’évolution de
l’emploi et du chômage (qui reste à un niveau trop élevé pour le chômage de
longue durée).
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