Selon une étude publiée par Eurofound sur le maintien des travailleurs expérimentés au travail, les modalités de travail flexible et de recours au temps partiel, ne sont pas encore assez répandues et démocratisées dans les États membres, ce qui affecte de manière négative leur possibilité de rester insérés sur le marché du travail.
Le cas de la Tchéquie est représentatif de cette absence de modalités alternatives en matière de flexibilité du travail. Les travailleurs âgés qui “ne peuvent pas ou ne veulent pas travailler à temps plein, en raison de leur âge, de problèmes de santé ou d’autres causes, ont été chassés du marché du travail faute d’options de travail flexibles.” Les employeurs sont réticents quant aux formules de travail flexibles, ce qui enferme les personnes dans un (non) choix entre “travailler à temps plein ou de ne pas travailler du tout”. Le marché du travail doit donc devenir plus flexible pour répondre aux réalités sociales des travailleurs âgés et leur offrir l’opportunité d’y rester insérés. Le gouvernement cherche à encourager les employeurs à créer des postes à temps partiel, sans y parvenir. En effet, la réduction des cotisations sociales patronales pour les salariés à temps partiel de plus de 55 ans n’a pas été une mesure assez attractive pour les convaincre. En conséquence, ces salariés ont comme seule option de passer d’un travail à temps plein à une retraite totale sans aucune transition. Or, beaucoup préfèreraient rester sur le marché du travail s’ils pouvaient bénéficier de conditions d’emploi adaptées. La retraite progressive reste une exception alors qu’elle permet de préserver des liens sociaux et le sentiment d’avoir un but. Cette politique de “temps plein ou rien” participe à leur exclusion du marché du travail et à un isolement social.
Un défi additionnel concerne les technologies et compétences digitales. L’introduction des technologies numériques au travail affecte de manière disproportionnée les travailleurs âgés souvent en raison de stéréotypes intériorisés sur leurs compétences. Certaines de ces technologies ont été implantées pour “améliorer l’employabilité des travailleurs âgés”, mais elles peuvent devenir des barrières si elles ne sont pas “conçues de manière conviviale”. Ils ont besoin d’être introduits et formés à l’usage des nouvelles technologies. Des recherches menées en Autriche, au Danemark et en Pologne révèlent des préjugés persistants selon lesquels « les travailleurs âgés seraient incapables d’apprendre ou opposés aux nouvelles technologies ». Les enjeux les plus importants restent des facteurs comme “la qualité des systèmes et des données, l’adéquation organisationnelle et la formation.” Ils peuvent déterminer si la technologie est perçue comme un “facteur d’exclusion ou de valorisation professionnelle”.
La contribution des correspondants d’Eurofound pour la France (IR Share), pointe la discrimination liée à l’âge. Il est plus compliqué pour ces personnes expérimentées de réintegrer le marché du travail puisqu’elles font face à de la discrimination dans les opportunités d’emploi. Particulièrement, dans les domaines de la tech et des secteurs digitaux où les compétences numériques sont cruciales. Un groupe de salariés âgés a notamment intenté un action contre le groupe de services informatiques Atos “invoquant une discrimination fondée sur l’âge” dans le cadre d’une réorganisation privilégiant le départ des salariés âgés, “et affirmant que les actions de l’entreprise violaient le droit du travail français et les directives anti-discrimination de l’Union européenne.”
Parmi les recommandations faites à la France pour faire face à ces défis, les auteurs de la contribution nationale suggèrent d’investir “d’avantage et promouvoir les opportunités de perfectionnement et d’apprentissage (formations, cours, etc.).” Ainsi que “ jumeler les travailleurs plus âgés et les jeunes, afin de favoriser l’échange de connaissances tout en maintenant l’engagement des travailleurs plus âgés.”
